RA. PC - H I S 'J LES "r.oÇBÊS sc.'F ::ces naturel ;. ::s depuis 178a. li-. .. RAPPORT HISTORIQUE SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES NATURELLES. ^y.rsit.7: jl RAPPORT HISTORIQUE SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES NATURELLES DEPUIS 1789, ET SUR LEUR ÉTAT ACTUEL, Présenté à Sa Majesté l'Empereur et Roi, en son Conseil d'état, le 6 Février 1808 , par la Classe des Sciences physiques et mathéma- tiques de l'Institut, conformément à l'arrêté du Gouvernement du 1 3 Ventôse an x ; Rédigé par M. Cuvie r, Secrétaire perpétuel de la Classe pour les Sciences physiques. IMPRIME PAR ORDRE. DE SA MAJESTÉ. A PARIS, DE L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. M. DCCC. X. •mm AVERTISSEMENT. Malgré les efforts que dévoient inspirer au rédacteur de ce Rapport, et l'importance du sujet, et les hommes respectables dont il y est fait mention, et le corps célèbre au nom duquel on y parle, et sur-tout le Prince auguste à qui il a été présenté ; malgré les soins qui ont été pris pour recueillir tous les faits et pour profiter de toutes les lumières , il n'a pas été possible, dans une matière aussi vaste, d'éviter ni toutes les erreurs , ni toutes les omis- sions; et ce n'est qu'en tremblant qu'on soumet au public un ouvrage encore si imparfait. On espère du moins que le respect pour les savans à qui nous devons tant de découvertes, et le désir de rendre justice à leurs travaux et d'en faire sentir l'utilité aussi-bien que les difficultés, s'y montreront par- tout, et contribueront à faire accorder quelque indulgence aux imperfections qui y restent. L'auteur doit témoigner ici sa reconnoissance pour les membres de la Classe qui l'ont aidé de leurs conseils et de leurs renseignemens : nommer MM. Guy ton, Chaptal, Vauquelin, de Jussieu, Viij AVERTISSEMENT. Olivier, Desfontaines, Ramond, Thouin, Tessier, Parmentier , Silvestre , comme ayant fourni des notes nombreuses et intéressantes sur leurs sciences respectives ; dire que M.Hallé a remis un mémoire détaillé sur la médecine et les sciences qui s'y rap- portent; que MM. Laplace, Berthollet, de Rum- ford, Haùy, Fourcroy, Halle, Lacépède, ont bien voulu lire diverses parties , et communiquer leurs remarques à l'auteur, c'est assez faire sentir com- bien cet écrit auroit pu devenir utile à l'histoire des sciences , si tant d'hommes illustres avoient trouvé un organe plus digne d'eux. TABLE TABLE Des Articles qui composent ce Rapport. 1 NTRODUCTION page Difficultés de ce travail ibid Idée générale de l'objet et delà marche des sciences .... 3 Nature et limites des sciences naturelles 4 Leurs principes généraux .' 6 Vains efforts pour augmenter leur certitude 8 Plan de ce Rapport 10 Vf PARTIE. Chimie. . 13. Lois générales de l'attraction moléculaire. ( Chimie générale. ) ibid. Dans les substances homogènes . ( Théorie de la cris- tallisation. ) ibid Histoire de cette théorie ibid Rome de l'Islc 1 4 Bergman et Gahn ibid Idées de M. Ha'ùy , et leur application a tous les cristaux. 1 5 Objections , et leur réfutation 18 Dans les substances hétérogènes. (Théorie des affinités.) 1 ç Anciennes idées sur ce sujet ibid Idées nouvelles de M. Berthollet. . . , ;i Sciences physiques. ' h x TABLE Circonstances qui modifient l'attraction moléculaire. (Agens chimiques impondérables.), page 25. Lumière ibid. Action chimique de la lumière 26. Son union avec la chaleur dans les rayons solaires î JjicJ. Chaleur 27. Sources de la chaleur ibid. Sa propagation 2 S . Chaleur rayonnante et chaleur engagée ibid. Effet des surfaces sur le rayonnement ibid. Lois du rayonnement par rapport au temps 29. Faculté conductrice de la chaleur engagée 30. Dans les solides ibid. Dans les liquides et dans les fluides ibid. Effets de la chaleur. 31. Sensation du chaud et du froid ibid. Dilatabilité des corps par la chaleur 32. Dilatabilité des liquides. ( Thermomètres. ) ibid. Maximum de dtnsité de l'eau 33. Dilatabilité des solides. ( Pyromètres. ) ibid. Dilatabilité des fluides élastiques 34. Restitution de la chaleur par les corps comprimés ; son absorption par ceux qu'on dilate ibid. Combinaisons de la chaleur. ( Chaleur latente et libre. ). 35. Capacité pour la chaleur 36. Table des capacités 38. Calorimètre ibid. Action chimique de la chaleur 30. Pression 4o. Théorie des vapeurs 4,. Electricité 43. DES ARTICLES. xj Son Mlion chimique page 4j- Sa production par le contact des corps hétérogènes. ( Galva- nisme. ) 44- Arc métallique ou. excitateur de Galvani 45- Pile de Volta 46. Action chimique de la pile 48- Effets de l'attraction moléculaire dans les substances diverses. (Chimie proprement dite.) 52. Théorie de la combustion ibid. Son histoire 5 > • Jean Rey ibid. Boyle ibid. Mayow 5 4- Becchcr et Stahl ibid. Découvertes sur les airs , pendant la première voitié du xviii.' si'ccle 55- Priestley ibid. Bayen 5 6. La voisier ibid. Cavendish et Monge 57- Berthollct 5 8 - Réunion des chimistes François 6o. Objections anciennes et nouvelles contre cette théorie 6 i . Théorie de W'interl 63. Nouvelle nomenclature 67. Précision mathématique introduite dans les expériences. . 69. Etude des différais élémens et de leurs combinaisons. (Chimie particulière. ) 70. Nouveaux élémens métalliques 72. Nouveaux élémens terreux 74- Nouveaux acides 76. b 2 xij TABLE Nouvelles études des combinaisons salines P a g e 8 ' Décomposition du sel marin ; extraction de la soude . . 83. Etude des exides métalliques 84- Combinaison des acides et des oxides avec des substances combustibles ° 5 • Poudres fulminantes îL>id. Recherches sur les alliages 80. Recherches sur les carbures. (Crayon; acier.) 87. Recherches sur les phosphures , les sulfures 88. Etude des combinaisons galeuses îbid. Application de la dioptrique à l'analyse des substances transparentes o-- Recherches sur le diamant 9 3- Etude des produits des corps organisés. ibid. Produits nouvellement découverts 96. Transformation de ces produits les uns dans les autres . 98. Analyse des mixtes des corps organisés > 00. Théorie des fermentations • 105. Fermentation vineuse ibid. Fermentation acéteuse 108. Ethers et éthérif cation ibid. Fermentation putride 110. II." PARTIE. Histoire na turelle m, Histoire naturelle de l'atmosphère. (Météorologie.) . . . 1 15. Ses difficultés ibid. Essais pour déterminer quelques rapports entre les météores et les mouvemens des astres 1)7. Instrumens propres à mesurer les variations atmosphé- riques ~ 11S. 12 1, *> "> . >• DES ARTICLES. xiij Détermination de la composition galeuse de l'atmos- phère p a g e ' 2 °- Pierres atmosphériques Histoire naturelle des eaux. ( Hydrologie. ) Histoire naturelle des minéraux Minéralogie proprement dite ibid. Méthodes minéralogiques ibid. Perfectionnemens du catalogue des minéraux i 29. Combinaisons minérales nouvellement découvertes . . . . ibid. Nouvelles analyses des minéraux connus 131. Nouveaux minéraux déterminés physiquement. 1 3 2. Géologie 133. Céologies particulières des divers pays ibid. Géologie générale positive '37- Terrains primitifs ibid. Terrains secondaires ibid. Volcans 1 4 1 • Alluvions .' 1 44- Fossiles et pétrifications 1 4 S . Géologie hypothétique ou explicative 1 49- Histoire naturelle des corps vivans 151. Histoire générale de leurs fonctions et de leur structure. 1 5 2. Partie chimique 1 5 3 . Chimie générale du corps vivant considéré dans son ensemble ibid. Dans les végétaux ibid. Dans les animaux ' 5 5 • Chimie particulière des sécrétions 156. Partie anatomique > J 7- Anatomie générale ibid. J)uns les animaux , ibid. xvj TABLE DES ARTICLES. Art vétérinaire page 276. Médecine des végétaux ibid. Agriculture 277. Nouvelles espèces ou variétés introduites en agriculture. 279. En végétaux ibid. En animaux 280. Nouveaux soins imaginés pour des espèces ou races connues. 281. Perfectionnement des assolemens 282. Technologie , ou connoissance des arts et métiers 28 j. Tableau des principaux perfectionnent eus qu'ils ont reçus de la chimie et de l'histoire naturelle ibid. Conclusion et récapitulation rapide 292. Quelques idées sur les moyens d'entretenir l'émulation de ceux qui cultivent les sciences naturelles , et d'en perfectionner l'enseignement 296. Réponse de sa Majesté 2 99« FIN DE LA TABLE. RAPPORT RAPPORT SUR LES SCIENCES PHYSIQUES. •IRE, INTRODUCTION. Dans l'honorable tâche que votre Majesté impériale Difficultés de a prescrite à l'Institut, de vous présenter un tableau gé- néral des progrès des connoissances humaines pendant les vingt dernières années , il n'est point de partie plus étendue , et par conséquent il n'en est point de plus délicate , que celle qui embrasse les sciences purement physiques ou naturelles ; et ce ne seroit, en quelque sorte . qu'en tremblant que nous approcherions de votre trône, pour exercer un ministère où il est si difficile que notre Sciences physiques. A î SCIENCES PHYSIQUES, justice soit toujours éclairée , si nous ne comptions sur l'équité des hommes de mérite dont nous ne sommes obliges de nous faire un instant ies juges, que pour nous voir bientôt soumis nous-mêmes à leur jugement et à celui du public et de la postérité. Votre Majesté, dont le génie s'élève au-dessus des rivalités nationales , a senti que les sciences sont la pro- priété commune de tout le genre humain ; elle nous a ordonne de comprendre dans cette histoire les travaux des étrangers, comme ceux de ses sujets; et s'il y a, en effet, une circonstance où la générosité Françoise doive être portée à rendre à nos émules les témoignages qui leur sont dus, c'est lorsqu'il s'agit de parler publiquement de nos propres succès. Mais, pendant quinze années de guerres et de défiance, les difficultés naturelles que la différence des langues oppose à la propagation des découvertes, ont été aug- mentées par la cessation presque absolue de tout com- merce littéraire , et cela peut-être à l'époque où le zèle pour les sciences a été le plus général, et où les contrées ies plus reculées semblent s'être fait un devoir de leur fournir quelque important tribut. L'impartialité que vous nous avez prescrite, et qui s'accorde si bien avec nos propres sentimens, ne pourra donc pas toujours nous préserver d'une injustice appa- rente envers ceux dont les écrits nous sont moins fami- liers ; idée plus pénible que jamais , dans cette occasion solennelle où le génie demande à connoître et à honorer le génie, où le Héros qui a porté la gloire militaire et politique au-delà de toutes les bornes que lui assignoient INTRODUCTION. } les exemples de l'histoire et les clans les plus hardis de l'imagination , veut rapprocher de lui et couronner de ses mains toutes les sortes de gloire. Et même dans les ouvrages que nous avons rassem- bles , parmi des efforts si nombreux de persévérance et de sagacité , comment saisir toujours avec précision ceux qui ont conduit à des vérités nouvelles l Comment , dans ce vif éclat dont brillent aujourd'hui les sciences , faisceau composé de la réunion de tant de lueurs éparses, distinguer et réfléchir vers chaque auteur les rayons qu'il a fait jaillir? Comment sur -tout retracer nette- ment, dans un récit rapide, des travaux si diversifiés, en composer un tableau uniforme , et faire sentir d'une manière également claire leur objet général et leurs liens communs ? Ils se lient cependant tous; car les sciences ne sont Héegénérale ., f , r . h r • de l'objet et de que 1 expression des rapports réels des êtres : elles doivent | a marc h e des donc former un ensemble comme les êtres eux-mêmes ; ^ c ' mcei - l'univers est leur objet commun ; si elles se divisent, ce n'est que pour l'envisager par différentes faces. Leur marche est donc tracée ; les points où elles doivent se réunir, sont fixés ; l'édifice qu'elles ont à construire, est en quelque sorte dessiné d'avance , et son plan toujours sous les yeux des hommes qui se consacrent à cette noble entreprise. Mais c'est précisément pour cela que chacun d'eux peut opérer isolément, et placer à son gré quelques matériaux, laissant à ses successeurs ou à ses émules à remplir les vides qui les séparent. En suivant une autre comparaison, nous pouvons nous représenter la nature et les sciences comme deux vastes A 2 4 SCIENCES PHYSIQUES. tableaux , dont l'un devroit être la copie de l'autre. Tous deux sont divises en une infinité de compartimens que les divers ordres de savans semblent s'être partages, et qui n'en composent pas moins un seul et même système. Mais, dans celui qu'a forme la nature, tout est plein, tout est lié : dans celui que les hommes ont essayé de faire, une grande partie des cases est encore absolument vide ; une autre n'est remplie que d'images incorrectes, et qui n'ont avec l'original qu'une ressemblance grossière; enfin, il faut l'avouer, tous les efforts de ceux qui ont cultive' les sciences, ne sont encore parvenus à reproduire avec fidélité qu'un bien petit nombre des traits de l'im- mense et sublime ensemble des êtres naturels. 11 n'y a toutefois dans ces idées rien de décourageant, quand on songe qu'à peine les premières étincelles des sciences remontent à trente siècles, et que leur lumière, loin de s'être propagée sans obstacle, a été interrompue par une nuit profonde pendant près de la moitié d'un si court intervalle. L'espoir s'étend au contraire, quand on considère qu'elles marchent aujourd'hui avec une rapidité toujours croissante ; que les deux derniers siècles ont plus iait pour elles que tous les précédens, et que les trente dernières années ont peut-être à elles seules égalé les deux derniers siècles. C'est, du moins, ce que nous pouvons affirmer par rapport aux sciences naturelles, objet de cette partie de notre Rapport. Nature et li- Placées entre les sciences mathématiques et les sciences mites des scien- , , ces naturelles, morales , elles commencent ou les phénomènes ne sont plus susceptibles d'être mesurés avec précision , ni les INTRODUCTION, j résultats d'être calculés avec exactitude ; elles finissent, lorsqu'il n'y a plus à considérer que les opérations de l'esprit et leur influence sur la volonté. L'espace entre ces deux limites est aussi vaste que fertile, et appelle de toute part les travailleurs par les riches et faciles moissons qu'il promet. Dans les sciences mathématiques , même lorsqu'elles quittent leurs abstractions pour s'occuper des phéno- mènes réels , un seul lait bien constaté et mesuré avec précision sert de principe et de point de départ ; tout le reste est l'ouvrage du calcul : mais les bornes du calcul sont aussi celles de la science. La théorie des affections morales et de leurs ressorts s'arrête plus promp- tement encore devant cette continuelle et incompréhen- sible mobilité du cœur, qui met sans cesse toute règle et toute prévoyance en défaut , et que le génie seul , comme par une inspiration divine, sait diriger et fixer. Les sciences naturelles , qui n'ont que le second rang pour la certitude de leurs résultats, méritent donc, sans con- tredit , le premier par leur étendue; et même, si les sciences mathématiques ont l'avantage d'une certitude presque indépendante de l'observation , les sciences na- turelles ont en revanche celui de pouvoir étendre à tout, le genre de certitude dont elles sont susceptibles. Une fois sortis des phénomènes du choc, nous n'avons plus d'idée nette d,es rapports de cause et d'effet. Tout se réduit à recueillir des faits particuliers, et à chercher des propositions générales qui en embrassent le plus grand nombre possible. C'est en cela que consistent toutes les théories physiques; et, à quelque généralité qu'on ait 6 SCIENCES PHYSIQUES, conduit chacune d'elles, il s'en faut encore beaucoup qu'elles aient été ramenées aux lois du choc, qui seules pourroient les changer en véritables explications. i curs prin- Il existe cependant quelques-uns de ces principes ou de ces phénomènes élevés, déduits de l'expérience générali- sée , qui , sans être eux-mêmes encore expliqués rationnel- lement, semblent donner une explication assez générale et assez plausible des phénomènes inférieurs, pour contenter l'esprit, tant qu'il ne cherche pas une précision rigoureuse dans les relations qu'il saisit. Telles sont sur-tout l'attrac- tion et la chaleur combinées avec les figures primitives que l'on peut admettre dans les molécules des corps , et que l'on peut y considérer comme constantes et uni- formes pour chaque substance. L'attraction générale , si bien établie entre les grands corps de l'univers par les phénomènes astronomiques, pa- roît , en effet, régner aussi entre les particules rapprochées de matière qui composent les différentes substances ter- restres ; mais, aux distances énormes où les astres sont les uns des autres, chacun d'eux peut être considéré comme si toute sa matière étoit concentrée en un point, tandis que dans l'état de rapprochement des molécules des corps terrestres, leur figure influe sur leur manière d'agir, et modifie puissamment le résultat total de leur attraction. De là les particularités de l'attraction moléculaire, et la possibilité d'attribuer d'une manière géijérale à son action , limitée par celle de la chaleur et par quelques autres causes analogues, les phénomènes de la cohésion et ceux des affinités chimiques. Ces derniers expliquent à leur tour la formation des minéraux et toutes les altérations de INTRODUCTION. y l'atmosphère , lesmouvemens des eaux et leur composition. Les corps vivans eux-mêmes laissent apercevoir clairement, dans une multitude de leurs phénomènes, l'influence de l'affinité qu'ont entre eux , et avec les substances exté- rieures, les élémens qui les composent; et beaucoup de ces phénomènes n'échappent peut-être encore aux expli- cations déduites de l'affinité, que parce qu'il nous échappe aussi plusieurs des substances qui prennent part aux mou- vemens multipliés de la vie. Toujours voit-on que, dans ces cas compliqués, les principes dont nous parlons sont plus propres à reposer l'imagination qu'à donner une raison précise des phé- nomènes, et que même, dans les cas plus simples où nui ne peut méconnoître leur influence, on est bien éloigné encore d'en avoir réduit l'appréciation à la rigueur des lois mathématiques. Nous sommes dans l'ignorance la plus absolue de la figure des molécules élémentaires des corps ; et quand nous la connoîtrions , il seroit impossible à l'analyse d'en cal- culer les effets dans les attractions à petites distances qui déterminent les affinités diverses de ces molécules. Par conséquent, les seuls principes généraux qui pa- roissent dominer dans les sciences physiques , sont aussi ce qui les rend rebelles au calcul , et ce qui les réduira long-temps à l'observation des faits et à leur classement. En d'autres mots, nos sciences naturelles ne sont que des faits rapprochés , nos théories que des formules qui en embrassent un grand nombre; et, par une suite nécessaire, le moindre fait bien observé doit être accueilli , s'il est nouveau , puisqu'il peut modifier nos théories les mieux 8 SCIENCES PHYSIQUES. accréditées, puisque l'observation la plus simple peut ren- verser le système le plus ingénieux, et ouvrir les yeux sur une immense série de découvertes dont nous séparoit le voile des formules reçues. C'est-là ce qui donne aux sciences naturelles leur carac- tère particulier, et ce qui, ôtant du champ qu'elles par- courent tout obstacle et toute limite, y promet des succès certains à tout observateur raisonnable qui, ne s'élevant point à des suppositions téméraires, se borne aux seules routes ouvertes à l'esprit humain dans son état actuel; mais c'est aussi là ce qui multiplie, comme nous l'avons dit, au-delà de toute mesure , les travaux particuliers qui méritent d'entrer dans cette histoire. Le genre de certitude qui résulte de l'observation bien faite, s'applique, en effet, à tout ce qui est observable; et comme les tables astronomiques, rédigées seulement d'après les remarques long-temps continuées des astro- nomes, constitueroient déjà une science très-importante ,' quand même Newton n'auroit pas créé l'astronomie phy- sique , nous avons aussi , sur tous les objets naturels , depuis la simple agrégation des molécules d'un sel, jus- qu'aux mouvemens les plus compliqués des animaux , jusqu'à leurs sensations les plus délicates, des espèces de tables moins précises à la vérité, et dont sur-tout les prin- cipes rationnels sont encore loin d'être découverts, mais dont la partie empirique, ou purement expérimentale, ne s'en perfectionne et ne s'en étend pas moins chaque jour. Vainscfforts Au reste, si nous continuons à rapporter ainsi toutes pour augmen- . . in / . r / r • / „'„„*. ,cr leur emi- nos sciences physiques a 1 expérience généralisée, ce nest ludc pas INTRODUCTION. 9 pas que nous ignorions les nouveaux essais de quelques métaphysiciens étrangers pour lier les phénomènes na- turels aux principes rationnels, pour les démontrer 1, tion molécul." 5 la cristallisation des substances homogènes, ou 1 union ° , CHIMIE de leurs molécules selon certaines lois , pour constituer générale ces corps d'une figure polyèdre déterminée , que l'on J™ 1 ". 1 "^"' r t) I J ' * homogènes. nomme des cristaux. ^ Théorie de h La partie de ce phénomène qui tient aux divers arran- cristallisation. gemens que ces molécules prennent entre elles, est deve- nue, dans les mains de l'un de nos confrères, M. Haùy, l'objet d'une science toute entière. Depuis long-temps on savoit que plusieurs sels, plusieurs Histoire de pierres, affectent, jusqu'à un certain point, des formes cette théorie, constantes dans chaque espèce. On avoit même observé qu'un cube de sel marin, par exemple, se compose de la réunion d'une infinité de cubes plus petits. Néanmoins un premier embarras naissoit de ce que d'autres sels , d'autres pierres , se présentent aussi sous des formes infiniment variées , et qui ne paroissoient pas faciles à ramener à une origine unique. ■4 SCIENCES PHYSIQUES. Un minéralogiste François, Rome de i'isle (i), fît en [.772 un premier pas, mais bien foible encore, vers la vérité.' Ayant rassemble et décrit un grand nombre de cris- taux dirférens de chaque substance, il reconnut, dans presque tous , une forme générale , propre à chaque espèce , et dont il est aisé de déduire toutes les autres formes, en supposant que ses angles ou ses arêtes sont tronquées plus ou moins profondément. Mais les cristaux, comme tous les minéraux, croissent, parce que de nouvelles couches les enveloppent : on ne peut donc supposer que la nature, après leur avoir donné leur forme primitive, leur enlève ensuite leurs parties saillantes , pour les tailler, en quelque sorte, en cristaux secondaires. Le célèbre chimiste Suédois Bergman , de son côté," avoit fait un pas de plus , et l'avoit dû au hasard (2). Un de ses élèves , M. Gahn , s'aperçut qu'un cristal secon- daire , le spath à double pyramide par exemple, se laisse aisément casser en lames régulièrement posées les unes sur les autres, et que, si l'on enlève successivement les lames extérieures, on finit par arriver à un noyau central, qui est précisément la forme générale et primitive com- mune à tous les spaths calcaires. Cette remarque étoit applicable à tous les cristaux : la pratique , nommée clivage par les joailliers , montroit qu'en effet tous les cristaux pierreux sont composés de (1) Essai de cristallographie, &c; 1." édit., Paris, i 77 z , 1 vol, in-S.° ; 2.' édh. i 7 fij , j vol. (z) De la forme des cristaux; Aléin. d'Upsal, 177J. CHIMIE GÉNÉRALE. ,5 lames , et une expérience aisée en apprenoit autant pour les sels. Mais Bergman se trompa, dès qu'il voulut étendre fa découverte deGahn. Au lieu d'observer immédiatement la disposition des lames dans les cristaux des autres espèces, il voulut l'imaginer, et n'arriva à rien de précis. M. Haiiy est donc le seul véritable auteur de la science mathématique des cristaux. Le hasard lui fit faire un jour la même remarque qu'à Gahn, sans qu'il eût été informé de celle du Suédois , et il sut en tirer un tout autre parti (1). Un cristal secondaire , dit-il , ne diffère donc de son noyau que parce que les lames qui enveloppent celui-ci, diminuent de largeur, selon certaines proportions régulières; et les divers cristaux d'une même espèce, for- més tous sur un noyau semblable , diffèrent les uns des autres , parce que le décroissement des lames s'est fait dans chacun d'eux selon des proportions et des direc- tions différentes. Mais chaque lame, supposée la plus mince possible," peut être considérée comme une couche des molécules de la substance placée côte à côte, et formant des compar- timens réguliers. Chaque lame nouvelle sera donc moindre que la pré- cédente , si elle a une ou plusieurs rangées de molécules de moins, soit sur ses bords, soit sur ses angles; et en sup- posant que toutes les lames successives diminuent suivant la même loi, il doit résulter des espèces d'escaliers repré- sentant, pour l'œil, des surfaces nouvelles qui modifient (1) Essai d'une théorie de la structure des cristaux; Paris, 17S4, 1 vol. in-S.' ,6 SCIENCES PHYSIQUES. la forme primitive, et qui sont précisément ce que Rome de l'isle appeloit des troncatures. Mais, toute lumineuse que cette théorie paroissoit , M. Haiïy ne s'est point contenté de ces généralités : suivant l'exemple de tous ceux qui ont véritablement servi les sciences, il a confirmé sa théorie, en montrant qu'elle explique réellement d'une manière rigoureuse les phénomènes connus , et qu'elle prévoit avec précision les phénomènes possibles. Pour cet effet, il a déterminé, par l'analyse ou cassure mécanique, et par une mesure exacte des angles, les formes des noyaux et des molécules élémentaires de tous les cristaux connus; puis, au moyen d'un calcul trigo- nométrique , il a montré qu'en admettant un nombre assez borné de lois de décroissement , et en les combinant ensemble de diverses manières, on peut en faire dériver un nombre déterminé, mais très-considérable, déformes secondaires possibles. Examinant enfin les formes secon- daires découvertes jusqu'à présent dans la nature, il a fait voir qu'elles rentrent toutes dans celles que les élémens précédens démontrent possibles pour chaque espèce. C'est ainsi que M. Haiiy (i) a créé l'ensemble et les détails d'une science nouvelle, qui appartient presque toute entière à l'époque dont votre Majesté nous a ordonné de lui tracer l'histoire, et qui est d'autant plus satisfai- sante , d'autant plus honorable pour l'esprit humain , qu'elle n'a rien d'hypothétique ni de vague, et que tout y est déterminé par une heureuse réunion du calcul et de l'observation immédiate. (i)l raittdcmincralogie, par M. Haii)-; Paris , 1801,4vol. in-8.' elin-4.' Deux CHIMIE GÉNÉRALE. i 7 Deux cas seulement offrent quelque chose d'arbitraire. Le premier est celui des cristaux à noyau prismatique: la division mécanique n'y donne point par elle-même la proportion de la hauteur du prisme à la largeur de sa base; mais on admet alors celle qui satisfait aux formes secondaires connues, au moyen des lois de décroissement les plus simples. Lé second est celui où les joints naturels des lames se multiplient assez pour intercepter des espaces de diverses figures : probablement alors les uns sont seuls occupes par des molécules solides ; les autres sont des vides ou des pores : mais on ne sait auxquels attribuer cette qualité. Au reste, c'est une chose indifférente , pourvu qu'il y ait toujours un noyau constant. Quant à la cause qui détermine dans chaque variété telle loi de décroissement plutôt que telle autre , elle est encore couverte d'un voile épais. Feu Leblanc étoit bien parvenu à faire cristalliser à volonté l'alun sous la forme primitive d'octaèdre , ou sous la forme secondaire de cube , en saturant plus ou moins (i). Mais il ne paroit point que les formes secondaires des autres sels dépendent ainsi des proportions de leurs com- posans , et les innombrables variétés de spath calcaire n'ont donné aucune différence sensible à l'analyse qu'en a faite M. Vauquelin. Indépendamment de cet intérêt général que la science des cristaux offre à l'esprit , en sa qualité de doctrine précise (i) Essai sur quelques phénomènes relatifs à la cristallisation des sels j Journ. de phys. t. XXVIII , p. jj/. Sciences physiques. C iS SCIENCES PHYSIQUES, et démontrée , son utilité directe pour la connoîssance des minéraux est très- grande : elle leur fournit des caractères faciles à saisir ; elle a souvent aide à en distin- guer que l'on confondoit , et plusieurs fois elle a précédé à cet égard l'analyse chimique. Nous verrons, à l'article de la minéralogie, l'heureux emploi qu'en alait M. Haiïy pour éclairer cette science importante. Objections On a élevé, dans ces derniers temps, la question, si une a «mue m ^ me substance doit avoir constamment la même mole- n.::.- thtorie. cule primitive et le même noyau ; et l'on a cité l'exemple de l'arràgonite , qui cristallise tout différemment du spath calcaire , quoique la chimie trouve les mêmes principes dans l'un et dans l'autre , malgré tous les soins que M. Vauqueiin , et plus récemment encore MM. Biot et Thenard , ont donnés à leur comparaison analytique et à celle de leur force réfractive. Mais peut-être cette difficulté se résoudra-t-elle ou par la découverte de quelque nouveau principe chimique, ou parce que l'on s'apercevra que des circonstances passa- gères ont influé sur la cristallisation , comme il y en a qui influent sur les combinaisons, ainsi que nous le dirons bientôt d'après M. Berthollet, ou parce qu'enfin le paral- lélipipède rhomboïde, regardé jusqu'à présent comme la molécule primitive du spath, doit lui-même être subdi- visé en molécules d'une autre forme. On conçoit, en effet, que lorsqu'on trouve de nouveaux joints dans un cristal, on est obligé d'en conclure une autre forme pour ses mo- lécules , et qu'alors celles-ci peuvent constituer des noyaux ou formes primitives qu'on n'avoit pas calculées d'abord. Ce sont là, comme on voit , des difficultés qui tiennent CHIMIE GÉNÉRALE. 19 à l'imperfection momentanée de l'observation , et qui n'affectent en rien les principes fondamentaux de la science. Les combinaisons des substances diverses, et leurs sépa- Dansfessul ,, • . , /t. . , tances hctévo- rations , ou ce que ion nomme le jeu des ajjimtes, sont • s un autre effet de l'attraction moléculaire, beaucoup plus ( Théorie dc< varié et jusqu'à présent beaucoup plus obscur que la cris- affinités. ) tallisation , quoiqu'on l'ait étudié beaucoup plutôt. On s'en faisoit , il y a très-peu d'années encore, des Anciennes idées extrêmement simples. Deux substances différentes , '^" s dissoutes et mélangées , s'unissent en un composé bi- naire, mais homogène, qui manifeste des qualités diffé- rentes de celles des substances composantes : voilà ce que l'on nommoit affinité'. Une troisième substance mise dans cette dissolution s'empare de l'une des deux premières et laisse précipiter l'autre: c'est, disoit-on, qu'elle a avec la première plus d'affinité que n'en avoit la se- conde. Essayant ainsi toutes les substances par rapport à une seule , on les avoit rangées d'après leur plus ou moins d'affinité pour celle-ci : c'était la table des affinités. Chaque substance choisirait , dans un grand nombre, celle pour qui elle auroit le plus d'affinité', et l'attireroit de préférence : de là le nom ^affinités élec- tives. On ne peut détruire une combinaison binaire que par une substance qui ait avec l'un de ses deux élémens une affinité plus forte qu'ils n'en ont ensemble ; mais , si cette affinité pour le premier est trop foible ; on peut l'aider en donnant à la substance décompo- sante , pour auxiliaire ,. une quatrième substance qui agisse sur la seconde du premier composé. Alors les C 2 20 SCIENCES PHYSIQUES. «Jeux composes binaires, tires en quelque sorte chacun en deux sens, se décomposent à-la-fois pour en reformer deux nouveaux, ou, en d'autres termes, ils font un échange de leurs bases; ce qui se reconnoit quand l'un de ces deux composés nouveaux se précipite ou se dégage en vapeur : voilà ce qu'on nommoit iifftnitc's doubles. 11 pouvoit y en avoir de triples , &c. Ces idées, ainsi vaguement énoncées, n'avoient pu échap- per long-temps aux anciens chimistes , puisqu'elles résul- tent plus ou moins immédiatement de tous les phéno- mènes de la chimie, et qu'elles en donnent à-peu-près la solution générale. Le François Geoffroy (i) imagina le premier de réduire les affinités en tables; et cette heureuse idée, éclaircie et développée par Senac et par Macquer, devint le principe fondamental de tous les travaux des chimistes. Bergman sur-tout , par des recherches assidues que guidoit un génie élevé, avoit fait des affinités un corps de doctrine extrêmement séduisant, et qui sembloit dé- mêler et représenter clairement la marche des phénomènes les plus compliqués. Cependant on négligeoit une foule de considérations importantes ; on admettoit au moins tacitement plusieurs suppositions évidemment erronées , et l'on confondoit sous un même nom plusieurs effets très-différens. Ainsi, quoique l'on connût l'influence de la chaleur et de quel- ques autres circonstances extérieures pour altérer l'ordre des affinités, on n'en avoit point fait d'application géné- rale, ni à cet ordre même, ni à la proportion des élémens (i) Mémoires de l'Académie des sciences pour 1718. CHIMIE GENERALE. 21 de chaque combinaison ; l'on regardoit à-peu-près celles-ci comme constantes; dans les décompositions par affinité simple, on supposoit que la substance intervenante s'em- pare entièrement de l'élément qu'elle attire , pour laisser l'autre entièrement libre ; enfin, dans les décompositions par affinités doubles, on croyoit pouvoir toujours déter- miner la formation des deux nouveaux composés et leur séparation par un calcul rigoureusement appréciable des affinités prises deux à deux. C'est contre cette doctrine trop absolue que s'est élevé Idées nou- récemment M. Berthollet dans plusieurs mémoires , et juJkdlet dans son grand ouvrage de la Statique chimique , où il a en quelque sorte imposé des lois toutes nouvelles aux affinités, en leur créant une véritable théorie (1). Il a commencé par faire voir que les précipitations ne fournissent que des indices très -équivoques de la supé- riorité d'affinité, et ne tiennent, dans le cas des affinités simples comme dans celui des affinités doubles, qu'à la moindre dissolubilité de l'une des combinaisons définitives. Cette remarque a conduit M. Berthollet à examiner la force par laquelle les molécules des solides tiennent en- semble et résistent à leur dissolution. C'est l'affinité Je cohésion qui unit les molécules de même nature et qui opère la cristallisation : loin d'être identique avec {'affinité Je combinaison , qui tend à former un composé homogène des molécules de nature différente , elle s'oppose à son action et la contrebalance ; elle paroît agir au contact des molécules seulement et dépendre de leurs surfaces et de (1) Essai de Statique chimique, par C. L. Berthollet ; Paris , iSoj , 2 vol. in-8.° 22 SCIENCES PHYSIQUES, leur figure, tandis que l'affinité de combinaison, s'exerçant à quelque distance, laisse moins d'influence à ces modifi- cations pour en donner davantage à la masse. C'est ainsi, selon l'ingénieuse comparaison de M. Delaplace , que, dans les phénomènes astronomiques, les corps très-éloignés n'agissent les uns sur les autres que par leur masse, que l'on peut considérer comme réduite en un point, tandis qu'il faut avoir égard à la figure dans les attractions des corps plus rapprochés. Passant ensuite à l'examen de l'affinité de combinaison elle-même, qui ne s'exerce, comme on sait, qu'entre des substances dissoutes ou au moins broyées ensemble ,' M. Berthollet a vu dans cette propriété d'agir à distance la source d'une foule de variations dans sa force. Ainsi , la quantité relative d'une substance qui ne change point la cohésion, influe sur les affinités. Les mo- lécules semblent s'aider mutuellement ; et telle matière qui n'agiroit point sur une autre, si elle ne lui étoit présentée que dans une certaine quantité, exerce de l'action quand elle devient plus abondante. La quantité influe sur le pou- voir de décomposer comme sur celui de dissoudre. Tout ce qui peut écarter ou rapprocher les molécules,' peut changer les affinités de combinaison : de là l'influence de la chaleur, de la pression, du choc, de la tendance à l'élasticité ou à l'efflorescence, pour opérer des unions ou des séparations. 11 faudrait donc autant de tables d'affinité différentes qu'il pourroit y avoir de changemens dans ces diverses circonstances ; et il n'y a peut-être pas de variation ima- ginable dans les affinités que l'on ne parvint à effectuer,; CHIjMIE GÉNÉRALE. 23 si l'on étoit le maître de faire varier à son gré ces circons- tances accessoires. Chaque substance pourrait devenir sus- ceptible de se combiner à toute autre dans une multitude de proportions différentes. M. Berthoilet, par exemple, a réussi à saturer complètement les alcalis d'acide carbo- nique en s'aidant de la pression. Il n'y a non plus presque jamais de séparation absolue dans les décompositions, quand elles résultent du contact d'une troisième substance ; mais il s'y fait ordinairement un partage de l'une des trois avec les deux autres, selon la force des affinités que donnent respectivement à celles- ci , tant leur propre nature, que l'ensemble des circons- tances étrangères que nous venons d'énoncer. Ainsi, les précipités sont des combinaisons variables qui exigent une analyse particulière : aussi verrons -nous que la plupart des analyses ont besoin d'être revues. Pour remplacer à quelques égards cet ancien ordre des affi- nités , M. Berthoilet considère les rapports des substances entre elles sous un point de vue nouveau qu'il nomme ca- puche de saturation : il entend par ces mots la quantité qu'il faut de l'une à l'autre pour être complètement saturée , c est-à-dire, pour que ses propriétés soient entièrement mas- quées dans lacombinaison.il a reconnu avec MM. Rich ter (1) et Guyton (2) que c'est une force constante , et que s'il faut, par exemple , à une base deux fois plus d'un certain acide qu'à une autre pour être saturée , il lui faudra aussi pour pela deux fois plus de tout autre acide, et réciproquement. ( 1 ) Stéchiométrie de Richtcr , sect. 1." , p. 124., (2) Mémoire sur les tables de com- position des sels, &c. Mémoires de l'Institut , Sciences mathématiq et physiques, t. ll,p. jz6, 24 SCIENCES PHYSIQUES. Ainsi , selon M. Berthollet , il n'y a point d'affinité élective absolue; l'affinité n'est qu'une tendance générale d'un corps à s'unir à d'autres, dont la force, par rapport à chacun de ceux-ci, se mesure par la quantité qu'il peut en saisir, et augmente avec sa propre quantité: cette iorce continueroit d'agir, lorsqu'on mêle trois ou plusieurs corps, si elle n'étoit contrebalancée par des forces opposées , comme l'indissolubilité de l'une des combinaisons résul- tantes, ou sa plus grande tendance à cristalliser ou à se vaporiser, ou enfin à effleurir; ce sont ces dernières causes qui produisent les séparations ou décompositions , et celles- ci ne sont point des effets immédiats de l'affinité : enfin la chaleur et la pression sont à leur tour z vol. in-S.' (2) Traité chimique de l'air et du feu , trad. fr. ijyj , 1 vol. in-jz. CHIMIE GÉNÉRALE. 29 Les expériences de ces deux physiciens ont été con- firmées par celles de M. Pictet (1). M. ie comte de Rumford (2) en a fait récemment , qui prouvent que les qualités de surface qui aident ies corps à prendre de la chaleur , les aident aussi à perdre celle qu'ils ont, et qu'en général la facilité de donner, connue celle de recevoir, est inverse du pouvoir de réfléchir. On devoit s'y attendre en effet , puisqu'autrement l'équilibre de la chaleur ne pourroit s'établir entre les corps. M. de Rumford a imaginé, pour- ces expériences, un instrument qu'il a nommé thermoscopc , et qui est propre à faire apercevoir les moindres différences de chaleur. C'est un tube de verre horizontal , dont les deux extré- mités sont redressées et terminées par des boules. Tout l'appareil est plein d'air, et le milieu du tube horizontal contient une bulle de liquide coloré. On ne peut échauffer l'air de l'une des boules , sans que la bulle soit chassée vers l'autre ; et elle est si sensible , que l'approche de la main suffit pour la faire marcher. M. Leslie obtenoit, de son côté , les mêmes résultats en Angleterre avec un instrument à-peu-près semblable, qu'il nomme thermomètre différentiel. Ces expériences nous apprennent que beaucoup d'enveloppes et d'enduits accé- lèrent le refroidissement , au lieu de le retarder. Un corps plus échauffé que l'air où il se trouve, perd, par le rayonnement , une partie déterminée de chaleur dans chaque portion de temps. Loisdurayon- nementparrap. port au temps. (1) Essais de physique, par Marc- Auguste Pictet; Genève , îjyo , 1 vol. in-S.' (2) Mémoires sur la chaleur ; Paris, iSoj, 1 vol, in-S." 3» SCIENCES PHYSIQUES. C'est une ancienne loi fixée par Newton , et confirmée par Lambert, que dans des intervalles égaux le refroidis- sement se fait en progression géométrique. !.. . : on- La chaleur engagée dans un corps s'y répand plus ou duci : la mo j |ls f ac i[ement, et en sort plus ou moins nromptement, chaleur cnga- • » * gcc. selon la nature intime du corps. Une barre de métal , échauffée par un bout , l'est bien vite à l'autre ; on peut, au contraire, tenir impunément l'extrémité d'un bâton qui brûle par l'extrémité opposée. C'est ce que l'on nomme des corps bons et mauvais conducteurs de la chaleur; dis- tinction fort ancienne, dont Richman s'étoit occupé, que Franklin et Ingenhous ont développée, et d'après laquelle ils ont cherché les premiers à comparer les corps entre eux avec quelque précision. Dans les so- En supposant une barre , bonne conductrice , plongée par un bout dans un foyer d'une chaleur constante, et sus- pendue dans de l'air plus froid , la chaleur se distribuera sur sa longueur, suivant une certaine loi que M. Biot (i) a calculée et vérifiée par l'expérience. Des thermomètres dont les distances étoient en progression arithmétique , sont montés suivant une progression géométrique décrois- sante. Cette règle donne un moyen de calculer la chaleur du foyer, quelque violente qu'elle soit, d'après celle de quelque endroit de la barre où elle diminue assez pour être mesurable. Lambert s'étoit aussi occupé de cette ques- tion ; mais il l'avoit envisagée sous d'autres rapports, et il n'avoit pas mis la même exactitude dans ses expériences. Dans les !i- La distribution de la chaleur dans les liquides et dans «jnides et dans (l) Bulletin des sciences, messidor an iz, n.° 88, lidct, les fluides, CHIMIE GÉNÉRALE. 31 les fTuiJes n'a pas lieu de la même manière que dans les solides. M. de Rumford a fait voir, par des expériences multi- pliées , que leurs molécules ne se transmettent entre elles que très-difficilement la chaleur qu'elles ont acquise , et qu'une masse liquide ou fluide ne prend une température uniforme qu'autant que chacune de ses molécules , après s'être échauffée par le contact immédiat du foyer , se dé- place pour en laisser venir d'autres s'échauffer à leur tour; c'est ordinairement leur dilatation qui les déplace , en les rendant plus légères et en les élevant. Les conséquences de ce fait dans tous les arts qui em- ploient la chaleur , dans l'économie domestique , l'archi- tecture , les vêtemens , sont très-grandes ; et M. de Rumford les a poursuivies avec une patience et une sagacité qui ne le sont pas moins. Notre propre corps prend part , comme les autres , à effets ne h cette distribution générale de la chaleur libre, en même Sem j tion temps qu'il dégage constamment de la chaleur nouvelle ; chaud « mais les impressions qui résultent pour nos sens des chan- gemens qui lui arrivent en ce genre , sont très-infidèles. En général , la sensation que nous appelons le chaud , n'indique pas toujours que nous recevons de la chaleur du dehors , mais seulement que nous en perdons moins dans un instant donné que dans l'instant immédiate- ment précédent : la sensation du froid indique le con- traire. De là les impressions différentes que nous donnent les corps de diverses capacités , ou plus ou moins con- ducteurs, ou enfin l'air libre comparé à l'air en mouve- ment , quoique échauffés tous au même degré ; de là " .1 du 32 SCIENCES PHYSIQUES. aussi l'influence des diverses sortes de vêtemens. M. Seguin a le premier bien développé (.cite idée (i). Dilatai ilitc L'effet le plus anciennement connu de la chaleur libre * s J°J spirU sur les corps qu'elle pénètre, est de les dilater par degrés, en s'y accumulant jusqu'à ce qu'elle leur fasse changer d'état, et de les dilater indéfiniment; lorsqu'ils sont une lois à l'état élastique, bien entendu tant qu'elle ne les décompose pas. En effet, quoique nous n'ayons pas les moyens de faire changer d'état à tous les corps, il est probable que c'est faute de pouvoir augmenter ou dimi- nuer la chaleur à notre gré. Déjà BufFon a volatilisé , par le miroir ardent, l'or et l'argent, qui restent fixes aux feux ordinaires de nos fourneaux; et M. Fourcroy assure avoir fait cristalliser, par un froid de 4o° , l'ammo- niaque, l'alcool et l'éther, que l'on n'avoit point vu geler jusque-là. En ne considérant que la simple dilatation, on trouve à établir encore des lois particulières, d'autant plus im- portantes, que la justesse des mesures thermométriques en dépend. Dilatabilité On peut faire, en effet, des thermomètres solides, des liquides. liquides ou élastiques. On a observé que les liquides ne se dilatent pas tous à proportion des quantités de chaleur qu'ils reçoivent. Plus ils approchent de l'instant de la va- porisation, plus leur dilatation croît rapidement. Ceuxqui y arrivent le plus tard , sont donc les meilleurs thermo- mètres pour les degrés élevés. De là la qualité précieuse du mercure. M. Deluc l'a constatée le premier (2) par (il Annales de chim. VIII, iSj. I fions de l'atmosphère; Paris, 17(2, (2) Recherches sur les modifica- | et 2. c éd. 17S4, 4 vol, in-S.° des CHIMIE GÉNÉRALE. 3; des mélanges d'eau de chaleur différente. M. Gay-Lussac vient de la confirmer , en comparant les dilatations du mercure à celles de l'air. Les liquides éprouvent aussi de l'irrégularité, lorsqu'ils Maximum ée approchent de leur congélation. L'eau , par exemple , dcnS!tcdeleau - que la gelée dilate, commence à éprouver cette dilata- tion un peu avant le moment où elle se gèle : ainsi ce nest pas à o du thermomètre, mais à quelques degrés au-dessus, que l'eau est à son maximum de densité. L'Aca- démie de Florence l'avoit remarqué, il y a long-temps. M. Lefévre-Gineau a constaté, lorsqu'il s'est agi de fixer 1 étalon des poids, que ce maximum est à quatre degrés quatre dixièmes (centigrades) ; et M. de Rumford l'a confirmé depuis par des expériences d'un autre genre. D'autres liquides, et sur-tout le mercure, éprouvent un effet contraire ; ils se contractent fortement à l'approche de la congélation , ainsi que l'a fait voir M. Cavendish. Ceux qui gèlent le plus tard, comme l'esprit de vin, sont donc à préférer pour la mesure du froid. Les thermomètres solides prennent le nom de pyro- Dilatabilité mètres , quand ils sont employés à mesurer de très-hauts degrés de chaleur. La difficulté n'est que de les placer sur une échelle qui ne se dilate point; car autrement on ne pourroit savoir de combien ils ont varié. C'est ce qu'on cherche à faire , en réunissant une barre de métal à une échelle d'argile cuite : MM. Guyton et Brongniart s'oc- cupent de cet instrument, qui seroit bien important pour les arts qui emploient le feu. En attendant le succès de leurs expériences , on y supplée imparfaitement, en com- parant , comme l'a imaginé Wedgwood , le retrait que Sciences physiques. E des solides ( py- romètres]. 3-4 SCIENCES PHYSIQUES. prennent des morceaux d'argile homogène exposes aux divers degrés de feu. Dilatabilité Depuis long-temps on avoir essayé des thermomètres iimteeias- j~ a ; r . j| avo j t J onc { a [\ u f a | re et Bulk-tin des sciences, r. tôse an //. Voyez aussi les Essais- rométrie de Saussure. Son action chi- mique. CHIMIE GÉNÉRALE. 43 On sait assez l'heureux emploi que l'on fait de la va- peur comme force mouvante. Les recherches délicates dont nous venons de parler ont prodigieusement augmenté ie parti qu'on tire de cet agent puissant ; la multiplication des pompes à feu , les emplois infinis auxquels on les applique , la force incroyable que l'on est parvenu à leur donner, doivent être mis au nombre des preuves les plus frappantes de l'influence que le perfectionnement des sciences peut avoir sur la prospérité des nations (i). L'électricité est encore un de ces principes impondé- Électricité, râbles, qui jouissent du pouvoir de modifier les affinités. Sa production par le frottement , sa transmission au travers des différens corps, sa distribution le long de leur surface, la répulsion mutuelle de ses molécules, les deux fluides que l'on croit y pouvoir admettre , son analogie avec la foudre, sont déjà des découvertes un peu anciennes. Les lois mathématiques qui la gouvernent, ne sont point de notre ressort; mais son action chimique, sa produc- tion par le contact de divers corps , c'est-à-dire, le galva- nisme et la nature différente de ses effets dans cette cir- constance , rentrent complètement dans le cercle de notre Rapport. Non -seulement l'étincelle électrique brûle les corps combustibles ordinaires, tels que l'hydrogène, parce qu'elle produit de la chaleur, peut-être en comprimant l'air; elle en brûle encore qui résistent à toute autre flamme : (1) Nous regrettons que notre plan ne nous ait pis permis d'exposer les hypothèses théorétiques. Celle de l'é- quilibre mobile du calorique , par JVL Prévôt, eut tenu, dans l'article de notre Rapport qui concerne la cha- leur, une place distinguée. Voyr^ le Journal de physique de 1791 , et la Bibliothèque Britannique , t, XXI et XXVI. F 2 44 SCIENCES PHYSIQUES, tel est l'azote qu'elle combine avec l'oxigène pour former l'acide nitreux, selon la belle découverte de M. Caven- dish; et depuis que l'on connoît l'action chimique de la pile galvanique pour décomposer l'eau et les sels , on est parvenu à opérer les mêmes effets par l'électricité ordinaire, en la taisant arriver en grande masse par des conducteurs très-déliés. MAI. Plaff et Van-Alarum (i) ont fait cette expérience d'une manière, et Al. "Wollaston l'a faite d'une autre. Sa production L'électricité galvanique est peut -être de toutes les a" corpThété- Dranc he s de la physique celle qui a excité le plus vive- rogènes. ment la curiosité, qui a donné le plus d'espoir, et qui a (Galvanisme.) occasionné le plus de travaux et d'efforts dans ces der- nières années. L'intérêt que votre Alajesté a pris à ces recherches , et l'honorable récompense qu'elle a promise à ceux qui s'y distingueraient , a réveillé le zèle; et chaque jour semble faire entrevoir quelque influence nouvelle de ces phéno- mènes dans leurs liaisons étendues à presque toute la nature. On peut diviser l'histoire du galvanisme en trois époques principales, d'après les trois grandes propriétés qui le caractérisent et qui n'ont été découvertes que suc- cessivement. La première est son effet sur l'économie animale, aperçu par Cotugno et développé par son maître Galvani (2); ( 1 ) Extrait d'une lt ttre de M. Van- Marum au cit. Berthoilet; Ann. de chimie, tome XLl , j'age yy. (2) Journal encycl. de Bologne , iyS6, n.° S; De viribns eleclricitatis in motu musculari commentarius , Mémoires de l'Institut de Bologne, tome VII. CHIMIE GENERALE. 45 la seconde , sa nature et son origine démontrées par M. Volta ; la troisième, son action chimique si particu- lière , reconnue par MM. Ritter , Carlisle , Davy et Nicholson. Si l'on réunit quelques nerfs du corps d'un animal avec quelque partie de ses muscles par un conducteur formé de métaux différens , les muscles éprouveront des con- vulsions. Galvani en fit d'abord l'essai sur des grenouilles, dont les muscles sont fort irritables. Divers physiciens, et principalement M. Aldini , neveu de Galvani (i), M. de Humboldt (2), M. Rossi (3), M. Nysten (4), &c. l'ont étendu depuis à tous les animaux et à toutes leurs parties, sur-tout par le moyen de l'énergie de la pile. On a vu des grenouilles mortes sauter à plusieurs pieds; des membres séparés du corps se fléchir et s'étendre avec violence; des têtes décollées grincer les dents, re- muer les yeux d'une manière effrayante : les vivans ont éprouvé des sensations fortes , quelquefois même très- douloureuses. Mais , en dernière analyse , tout se réduit a avoir trouvé un excitant d'un nouveau genre, plus subtil et plus actif à-la-fois que ceux qu'on avoit possédés jusque- là : aussi dit-on en avoir tiré quelque parti dans certaines pa- ralysies. M. de Humboldt l'a employé pour distinguer dans les animaux quelques parties d'une nature douteuse ; et MM. Tourde et Circaud croient avoir produit par son moyen, dans cette partie du sang qu'on nomme lu fibrine, ( 1 ) Essai sur le galvanisme , par J. Aldini; Paris , 1804, 1 vol. 111-4.° (2) Essai sur l'irritation muscu- laire, en allemand ; Berlin, 1797, 1 vol. in-S." (3) Mémoires de l'Académie de Turin, tome VI , de 1792 à iS<:o. (4) Nouvelles Expériences galva- niques, par P. H. Nysten; Paris, iin 11. Arc métalli- que ou excita- teur. 46 SCIENCES PHYSIQUES. des mouvemens assez analogues à l'irritabilité Jes fibres vivantes (i). On soupçonna de bonne heure que l'électricité entroit pour quelque chose dans ces singuliers phénomènes; mais on ne voyoit point clairement la cause qui la produisoit : les uns la cherchaient dans les nerfs, d'autres dans les muscles ; d'autres enfin supposoient quelque nouveau fluide. M. Volta le premier dit : L'électricité naît du seul contact des deux métaux; les convulsions ne sont que des effets ordinaires de ce fluide ; c'est dans sa manière de naître , ou plutôt d'être mis en mouvement , que consiste tout ce que vos expériences ont de particulier. Pilede Volta. Pour mieux convaincre les physiciens de cette produc- tion d'électricité par le simple contact de substances di- verses, il importoit de la rendre tellement intense, qu'elle ne pût rester soumise à aucune de ces conjectures vagues qui servent toujours d'auxiliaires au doute. La découverte que M. Volta avoit faite quelque temps auparavant de l'influence des matières demi -conductrices , pour faire accumuler l'électricité dans l'instrument nommé conden- sateur, lui indiqua le moyen qu'il cherchoit. Multipliant un grand nombre de fois les plaques des deux métaux, et les séparant par des plaques de carton mouillé , il vit se manifester à l'instant, à l'une des extrémités de cette pile, l'électricité vitrée, à l'autre la résineuse; il obtint des attractions, des répulsions et des commotions toutes semblables à celles de la bouteille de Leyde ; en un mot, il eut un instrument qui s'électrise constamment lui- même , et qui , par cette action continuée , exerce les (i) Bulletin des sciences, pluviôse an u , n.° yi, CHIMIE GÉNÉRALE. 47 effets les plus inattendus et les plus importans pour la chimie et pour la physiologie (i), et deviendra peut-être, pour l'une et pour l'autre, ce que le microscope a été pour l'histoire naturelle, et le télescope pour l'astronomie. Aussi les sciences compteront-elles parmi leurs époques les plus brillantes , celle où ce grand physicien , honoré publiquement du suffrage de votre Majesté , fut cou- ronné dans l'Institut. On a rendu .compte , dans la partie mathématique de ce Rapport, de la théorie de la pile donnée par M. Biot. Divers physiciens, comme feu Gautherot et MM. Pfaff et Davy , ont varié les substances des piles, et reconnu que les métaux n'y sont pas nécessaires. If suffit de com- biner des plaques de deux natures ; observation qui peut devenir de la plus grande importance pour expliquer plu- sieurs phénomènes physiologiques. M. Aldini , dans ses expériences sur les animaux, a aussi remplacé l'arc métallique par des parties animales ou par des corps vivans. MM. Biot et Fréd. Cuvier (2) ont montré que l'oxidation des plaques métalliques n'est point la cause essentielle de i'électrisation , quoiqu'elle la favorise ; mais c'est par cette oxiuation que la pile altère l'air où on la renferme. MM. Fourcroy, Thenard et Hachette (3), ayant fort agrandi le diamètre des plaques, ont enflammé des con- ducteurs de fil de fer : c'est un effet de la grande masse d'électricité dans un conducteur mince. Mais les commo- (i) Transactions philosophiques, 1790; et Bibliothèque Britannique, t. XV, p.;. [ 2 ) Bulletin des scknces , par la Société philoraatique, thermidor an g. (3) Journal de physique, messidor an y. 4S SCIENXES PHYSIQUES, tions qui tiennent à la vitesse de l'électricité, dépendent du nombre des plaques, et sont en raison inverse de leur largeur, ainsi que M. Biot l'a fait sentir. Al. Van-Marura a bien comparé et constaté ces divers effets. On remplace aussi la pile., par des tasses pleines d'eau que réunissent, en y plongeant, des lames recourbées de deux métaux. Cet appareil commode est également de M. Volta , qui l'a imaginé par imitation de l'appareil électrique de la torpille. C'est encore une belle expérience que celle de la pile secondaire imaginée par M. Ritter : formée d'un seul métal et de cartons mouillés , elle n'engendre point l'élec- tricité par elle-même ; mais si l'on fait communiquer ses deux bouts avec ceux de la pile ordinaire , ils prennent leurs électricités opposées, et les conservent à cause de la difficulté qu'oppose le carton mouillé à la communication. M. Volta avoit reconnu une distribution semblable dans un simple ruban ; Gautherot, dans des fils conducteurs qui venoient dêtre séparés de la pile primitive ; et il paroît qu'elle se fait de même dans beaucoup de con- ducteurs imparfaits. L'institut vient de récompenser , au nom de votre Majesté , d'autres expériences de M. Erman , desquelles il résulte que quelques-uns de ces conducteurs , quand on les fait communiquer à-la-fois avec les deux pôles de la pile , ne transmettent que l'une des deu\ électricités seulement, encore quand on lui donne une issue vers le sol (i). Action cfiimi- Mais de toutes les propriétés de la pile , son action i]ucdelapil«. . \i) Nouveau Bulletin des sciences , n." j et suiv. chimique CHIMIE GÉNÉRALE. 4 9 chimique est certainement la plus importante. M. Ritter, en Allemagne , et MM. Carlisle et Nicholson (i), en Angleterre, ayant plonge dans l'eau deux fils métalliques, qui communiquoient chacun avec l'un des pôles de la pile, remarquèrent qu'il se manifestoit à l'un et à l'autre beau- coup de bulles d'air; et ayant examiné la nature des gaz qui les formoient, ils trouvèrent que celles du pôle positif t'toient de l'oxigène, .et celles du fil opposé de l'hydrogène. M. Davy et M. Ritter virent chacun de leur côté ces gaz naître dans deux vases séparés , pourvu qu'ils com- muniquassent ensemble par le corps humain , par une fibre animale, par de l'acide suifurique ou tel autre con- ducteur. Nous exposerons ailleurs ce que l'on a cru pou- voir conclure de ce phénomène contre la théorie de la composition de l'eau. Quelques personnes vouloient égale- ment en déduire une différence de nature entre le fluide galvanique et l'électricité ; mais cette opinion est réfutée ,' depuis que MM. Pfaff, Van-Marum et Wollaston ont aussi décomposé l'eau par l'électricité ordinaire. M. Cruikshank aperçut, dès les premières expériences, des traces d'acidité et d'alcalinité. M. Pacchiani (2) crut voir qu'il se formoit de l'acide muriatique du côté po- sitif, et en conclut que cet acide est de l'hydrogène moins oxigéné que l'eau. On trouvoit ordinairement aussi de la soude du côté opposé. Mais MM. Thenard, Biot, Simon , (0 Bibliothèque .Britann. t. XV, (2) Histoire du galvanisme, t. IV, p. 2S2. Extrait d'une nouvelle Lettre du docteur Pacchiani à M. Fabroni , par M. Darcet; Annales de chimie, t. LVI,p. 111. Cette Histoire du gal- vanisme, par M. Sue, Paris , 4. vol. in-S." , peut, en général , être consul- tée avec beaucoup de fruit pour tout ce qui tient aux progrès de cette nou- velle branche de la physique. Sciences physiques. G ^ SCIENCES PHYSIQUES. PfafFet plusieurs autres physiciens, constatèrent bientôt qu'il n'y a point d'acide ni d'alcali quand on emploie de l'eau bien pure , et quand on éloigne soigneusement de l'appareil tout ce qui pourroit fournir du sel marin ; pré- caution très-difficile à prendre complètement , car il n'est pas jusqu'à la peau des doigts qui n'exhale de ce sel. Enfin MM. Davy et Berzelius , ainsi que MM. Riffault et Chompré, de la Société galvaniqw de Paris, viennent de montrer que tous ces phénomènes tiennent à la propriété qu'a la pile de décomposer les sels de la mèifie manière que l'eau, semblant entraîner aussi l'un de leurs principes d'un vase dans l'autre , au travers de la fibre ou du siphon qui unit ces vases , et cela de manière que i'oxigène ou les substances oxigénées sont attirées vers le pôle positif, et l'hydrogène et les alcalis vers le négatif. Dans la plupart des expériences qui avoient lait d'abord illusion, il se trouvoit un peu de sel marin, fourni par les fibres animales, ou par les autres moyens de communication que l'on établissoit entre les deux vases ; souvent c'étoit le verre qui avoit fourni la soude ; le tube même de l'alambic où l'on distille l'eau , peut lui communiquer quelque principe propre à induire en erreur. Cette action sur les sels étoit reconnue depuis quelque temps par M. Ritter : M. Vassali-Eandi en avoit trouvé une sur l'alcool et les acides; M. Klapreth, sur l'alcali volatil. On s'explique ces phénomènes, en supposant que, dans tous ces cas, l'un des élémens de la substance qui se décom- pose est repoussé par l'un des pôles de la pile, pendant que l'autre élément se dégage , et que le contraire arrive au pôle opposé; enfin, que la décomposition se continue de CHIMIE GÉNÉRALE. 51 molécule à molécule, jusqu'à un point intermédiaire où ces élémens , repoussés de part et d'autre, se combinent entre eux de manière que le résidu reprend toujours sa composition primitive. Mais il faut admettre aussi que ce transport d'un élément d'un vase dans l'autre a lieu avec tant de force , qu'un acide traverse , par exemple, une dissolution alcaline sans y laisser la moindre trace de combinaison , et réciproquement. 11 résulte toujours de cette grande découverte , cette vérité aussi nouvelle qu'importante , que le simple contact des substances hétérogènes a le pouvoir d'altérer l'équilibre électrique , et que cette altération peut en occasionner dans les affinités chimiques de tous les corps environnans. Il est aisé de concevoir à quel point cette action tran- quille et continue peut influer sur ce qui se passe à la surface du globe et dans son intérieur, et contribue peut- être aux mouvemens les plus compliqués de la vie , et quelle abondante source de lumière ce nouveau corps de doctrine doit ouvrir à toute la philosophie naturelle. Aussi l'Institut n'a-t-il cru pouvoir mieux placer en 1807 le prix annuel fondé par votre Majesté impériale pour le galvanisme, qu'en le décernant à M. Davy , qui a su apprécier avec le plus d'exactitude les lois de cette puissance singulière (1). C'est ici que viendroit se placer l'action cachée que l'on attribue aux métaux, au charbon et à l'eau, sur le corps humain , action par laquelle on cherche à expliquer et (1) Lorsque ce Rapport a été rédigé, ies expériences qui paroissent annon- cer la décomposition des alcalis par la pile, n'étoient pas encore connues à Pans. G x 5 i SCIENCES PHYSIQUES, à remettre en crédit la baguette divinatoire : mais nous ne pouvons nous permettre de ranger parmi les progas réels et constatés des sciences, des expériences équivoques , et que l'on avoue ne réussir que sur quelques personnes privilégiées. Le pendule métallique de Fortis , auquel on a prétendu trouver de l'analogie avec la baguette, et dont on assure qu'il vibre en des sens différens , selon les subs- tances sur lesquelles on le suspend , n'a point donné à nos physiciens les résultats que des étrangers , d'ailleurs gens de mérite, assurent en avoir obtenus (1). Effets de rat- De tous les effets qui peuvent résulter, soit des affi- traction mole- ... , .. , i-r .■ • t culaire dans les nites immédiates, soit de ces modifications instantanées substances di- qu'y apportent la chaleur, l'électricité ou d'autres circons- verses. \ , . i i i • T , . . , , tances, la combustion est non-seulement le plus important I ncone de la * tion. pour nous , en ce que nous en tirons toute la chaleur artificielle dont nous avons besoin dans la \ie commune et dans les arts; mais c'est encore celui dont l'influence est la plus générale dans tous les phénomènes de la na- ture comme dans ceux de nos laboratoires. Nous ne lui donnons guère le nom de combustion que quand c'est la chaleur qui l'occasionne et qu'elle est ac- compagnée de flamme ; mais elle peut aussi être amenée par une foule d'autres causes, ou n'aller point jusqu'à cet excès : et lorsqu'on la prend ainsi dans son acception la plus étendue, on peut dire qu'elle précède, qu'elle ac- compagne ou qu'elle constitue la plupart des opérations chimiques et des fonctions vitales ; il n'en est presque (i)On ne peut, en général, trop tairede physique deM. Hatty , Paris, recommander, snrtouteslesquestions r&ofj 2 volt in-8.*; et celle de la Phj- physiques mentionnées jusqu'à ce' en- skjne mécanique de Fischer, traduite droit, la lecture du Traité élémen- par M.""' Biot , Paris, iSo(, 1 v. in-S.* CHIMIE GÉNÉRALE. 53 aucune où quelque corps ne se trouve, soit brûlé, soit débrûlé ; si l'on peut employer ce terme expressif: en un mot, c'est presque de la manière de concevoir ce qui se passe dans la combustion , que dépendent toutes ies diver- sités des explications que l'on peut donner en chimie; et par les mots de théorie chimique , on n'entend guère autre chose que théorie de ia combustion. Aussi tout le monde sait-il que la nouvelle théorie de la combustion est la plus importante des révolutions que les sciences naturelles aient éprouvées dans le xvm. e siècle. Elle coïncide à- peu- près avec le commencement de Son histoire l'époque dont nous avons à rendre compte à votre Majesté; mais ce n'est guère que pendant le cours de cette époque même qu'elle a obtenu l'assentiment universel des savans. D'ailleurs , elle a eu trop d'influence sur les découvertes postérieures , elle est trop honorable à la nation Françoise, pour que nous n'en rappelions pas l'histoire en peu de mots; histoire bien singulière, et qui remonteroit bien haut, si la tradition des idées n'avoit pas été interrompue pendant un siècle et demi. Un médecin du Périgord, nommé Jean Rey (1), avoit Jean Rey. eu, dès 1630, sur la calcination de l'étain et du plomb, qui n'est qu'une sorte de combustion , des idées toutes semblables à celles de la nouvelle chimie; mais son écrit étoit tombé dans l'oubli le plus profond. L'un des créa- teurs de la physique expérimentale, l'illustre Robert Boyïe, Boyle. avoit aussi reconnu, dès le milieu du xvn. c siècle, une (1) Essais de Jean Rey, docteur en médecine, sur la recherche de la cause pour laquelle i'ctain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine ; nouvelle édition , Paris , 1777 , 1 vol, in-8,' i i SCIENCCS PHYSIQUES. grande partie des faits qui servent aujourd'hui de base à cette chimie nouvelle ; ii savoit que la combustion et la respiration diminuent le volume de l'air et le rendent insalubre, et il n'ignoroit point l'augmentation de poids que les métaux acquièrent par la calcination. Son disciple ,w. Mayow avoit appliqué ces faits à la respiration et à la production de la chaleur animale, presque comme nous le ferions aujourd'hui. L'appareil que nous appelons pneu- maio-chimique , étoit connu de l'un et de l'autre; ils avoient déjà distingué différentes sortes d'air. Mais, par une fatalité inconcevable, ces hommes cé- lèbres n'avoient point saisi les conséquences immédiates de leurs expériences. Boyle , sur-tout, n'avoit vu dans cette augmentation de poids que la fixation du feu , et depuis eux les chimistes proprement dits avoient presque perdu de vue les fluides élastiques. Beccher a Beccher et Stahl, ne donnant d'attention qu'à la facilité Sulil. , 1 de ramener toutes les chaux métalliques à l'état de régule par une matière grasse ou combustible quelconque, ima- ginèrent, l'un sa terre sulfureuse, l'autre son phlogistique, principe commun, selon eux, à tous les corps combus- tibles , qu'ils perdent en se brûlant et reprennent en se ré- duisant : cette hypothèse, développée et appliquée à presque tous les phénomènes par les travaux successifs d'un grand nombre d'habiles gens, sembloit avoir reçu ses derniers perfectionnemens par les travaux briiians de Scheele et de Bergman ; elle avoit acquis un tel crédit , qu'elle domina constamment ceux même des physiciens de la Grande-Bretagne dont les expériences ont le plus contri- bué a l'ébranler. Découieric> sur les airs miéretnoitiédu XV1JI. C sk le. CHIMIE GENERALE. 55 En effet, les recherches sur les fluides élastiques furent continuées dans cette île presque sans interruption depuis rendant fa P Boyle. Haies (1) montra dans combien d'occasions de l'air fixé et retenu dans les corps recouvre son volume et son élasticité. Black (2) reconnut l'identité de celui qui s'élève des liqueurs fermentées, avec la vapeur qui se manifeste lors de l'effervescence de la pierre calcaire et des alcalis , vapeur dont la privation les met dans l'état appelé caus- tique. M. Cavendish (3) détermina la pesanteur spécifique respective de l'air fixe et de l'air inflammable; il montra l'identité du premier avec la vapeur du charbon et sa nature acide. Priestley (4) sur-tout, par des expériences multipliées avec une patience admirable, étudia toutes les circonstances où ces deux airs se forment, fixa les carac- tères de celui qui reste après la combustion dans l'air commun , et qu'il nomma phlogistiqué , découvrit l'air nitreux et sa propriété de mesurer la salubrité de l'air commun en absorbant toute sa partie respirable, obtint enfin séparément cette partie respirable , cet air pur , le seul qui entretienne la combustion et la vie. Cependant nos François n'étoient pas restés entière- ment inactifs. Prie :' ( 1 ) La Statique des végétaux et l'Analyse de l'air, par M. Haies; trad. de l'anglois, par M. de Buffbn ; Paris, 17 j j t 1 vol. in-j.." (2) Transactions philosophiques, années 1766 a 1767. (3) Expériences sur l'air, Mémoires lus à la Société royale de Londres les 15 janvier 1783 et 2 juin 1785, trad. par Pelletier, et insérés dar:r le Jour- nal de physique, /. XXV, p. 417 , t. XXVI, p. 38, et t. XXVI I, p. 107. (4) Expériences et observations sur différentes espèces d'air, traduites de l'anglois ; Berlin , 1775 , tvol, in-S." Expériences et observations surdif férentes branches de la physique, avec une continuation des observations sur l'air, ouvrage traduit de l'anglois, par M. Gibelin ; Paris, çr8z f JVol. in-S/ 5 phlogisùqué , qui reste de l'air commun après la combus- tion, et que toutes les matières animales, toutes celles des végétales qui donnent cet alcali en se brûlant ou en pour- rissant , contiennent de l'air phlogistiqué : c'étoit à ce nouvel élément qu'étoient dues les fermentations putrides et les modifications si désagréables de leurs produits. Les expériences du même chimiste, jointes à celles de Priestley , pouvoient encore faire présumer un emploi important de cet air, celui de former l'acide du nitre en se combinant avec l'air pur plus intimement qu'ils ne le font dans l'atmosphère ; et M. Cavendish ne tarda pas à changer ces soupçons en certitude , en composant cet acide immédiatement par l'étincelle électrique (i). On peut dire qu'alors la théorie nouvelle s'étendit sur toutes les branches importantes de la science. Elle n'est, comme on voit , qu'un lien qui rapproche heureusement des faits particuliers reconnus en des temps et par des hommes très-différens. La découverte de la chaleur latente par Black ; celle du dégagement de l'air des chaux de mercure réduites sans addition , par Bayen ; celle de la production de l'air fixe dans la combustion du charbon , et de l'eau dans celle de l'air inflammable, par Cavendish , sont des portions intégrantes de la nouvelle chimie , tout comme l'augmen- tation de poids des métaux calcinés, déjà annoncée par Libavius , et l'absorption de l'air dans les calcinations , reconnue dès le temps de Boyle. Mais c'est précisément la création de ce lien qui cons- titue la gloire incontestable de Lavoisier. Jusqu'à lui, les (i) Voya les Mémoires cités plus haut. H 2 6o SCIENCES PHYSIQUES. phénomènes particuliers de la chimie pouvoient se com- parer à une espèce de labyrinthe dont les ailées profondes et tortueuses avoient presque toutes été parcourues par beaucoup d'hommes laborieux ; mais leurs points de réunion, leurs rapports entre elles et avec l'ensemble, ne pouvoient être aperçus que par le génie qui sauroit s'élever au-dessus de l'édifice et en saisiroit le plan d'un ctil d'aigle. C'est ce qu'a fait Lavoisier dans cette science ; c'est ce qu'ont fait, chacun dans la leur, tous ceux dont les grandes théories ont éclairé la nature. Ici , comme dans toutes les autres branches , c'est à l'expression la plus générale des faits que se reconnoît la force du génie. Réunion des L'Europe fut témoin , à cette époque , d'un spectacle touchant, dont l'histoire des sciences offre bien peu d'exem- ples. Les chimistes François les plus distingués , les con- temporains de Lavoisier, ceux qui avoient le plus de droits à se regarder comme ses émules , et particulièrement MM. Fourcroy, Berthollet et Guyton , passèrent franche- ment sous ses drapeaux , proclamèrent sa doctrine dans leurs livres et dans leurs chaires , travaillèrent avec lui à l'étendre cà tous les phénomènes et à l'inculquer dans tous les esprits. C'est par cette conduite noble, autant que par l'impor- tance de leurs propres découvertes , qu'ils méritèrent de partager la gloire de cet heureux génie , et qu'ifs firent donner à la nouvelle théorie le nom de chimie Françoise, sous lequel elle est adoptée aujourd'hui de toute l'Europe. Ce n'est pas sans combats qu'elfe y est parvenue. Les partisan.-, de l'ancienne doctrine recoururent à mille chimistes Fran çois CHIMIE GÉNÉRALE. Cx ressources pour défendre le phlogistique : les uns lui attri- buèrent une pesanteur négative ; les autres le regardèrent comme identique avec l'air inflammable. M. Kirwan , le plus habile de ceux qui soutinrent cette dernière modifi- cation de la théorie de Stahl , fut cependant si complète- ment réfuté par les chimistes François , qu'il s'avoua vaincu, et qu'il passa solennellement dans leur parti (i). On peut dire, en effet, que les objections que la nou- velle théorie chimique excita dans son origine , ont toutes été combattues avec succès : elles tenoient ou à l'imper- fection des expériences que l'on alléguoit , ou à quelque élément que l'on négligeoit d'apprécier. C'est à l'une ou à l'autre de ces deux classes que l'on peut rapporter celles de Priestley (2), de Wiegleb, de Goettling. On en a fait nouvellement quelques autres, tirées de la Ohjcrti r , . , . . nouvelles ex.. météorologie ou des découvertes du galvanisme : c'est ici tre cette théo le lieu d'en dire un mot, et de faire voir qu'elles ne mé- rie ' ritent pas véritablement le nom d'objections, mais qu'elles indiquent seulement des développemens ultérieurs dont la théorie est peut-être susceptible, et auxquels on doit donner une grande attention. M. Deluc est celui qui a le plus insisté sur les premières. Il arrive très-souvent , quand on est sur des montagnes , qu'on voit naître des nuages à des hauteurs où l'hygro- mètre n'annonce point d'eau dissoute ni suspendue , et on s on- (1) Essai sur le phlogistique et sur la constitution des acides, traduit de l'anglois de JV1. Kirwan, avec des notes de MM. de Morveau , Lavoi- sicr,DelapIace, Monge, Berthollet, et de Fourcroy ; Paris, îySS, i v. in-8,' (2) Réflexions sur la doctrine du phlogistique et la décomposition de l'eau , ouvrage traduit de l'anglois par P. A. Adet , Paris , ijyS , i vol. in-8." , et plusieurs Mémoires particu- liers. 62 SCIENXES PHYSIQUES, où d'ailleurs il ne peut, y avoir d'air inflammable. D'où vient donc l'eau qui forme ces nuages, à moins qu'elle n'ait fait partie intégrante des gaz qui composent l'atmos- phère (i)! Les objections tirées du galvanisme tiennent à la dé- composition de l'eau parla pile deVolta, découverte par MM. Ritter, Carliste etNicholson. Deux fils métalliques communiquant avec les deux bouts de la pile, et plongés dans de l'eau, en tirent continuellement, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'un de l'oxigène, l'autre de l'hy- drogène , et cela même quand ils plongent dans deux vases séparés, pourvu que ceux-ci soient joints par une fibre animale, le corps humain, ou tel autre conducteur. L'eau d'un vase semble devoir se changer toute entière en oxigène, celle de l'autre en hydrogène. Ces deux gaz ne seroient-ils donc pas chacun une combinaison de l'eau avec l'un des principes électriques excités par la pile î On répond que, dans toutes les expériences, il y a de l'eau intermédiaire, et qu'elles s'expliquent par ce que nous avons dit ci-dessus, d'après M. Davy. Même lorsque M. Ritter a obtenu de l'oxigène sans hydrogène , en mettant, d'un côté, de l'acide sulfurique, il s'est précipité du soufre; ce qui prouve que l'hydrogène de l'eau alloit enlever l'oxigène de l'acide. 11 est d'ailleurs évident que, si ces conjectures venoient à se vérifier, la nouvelle théorie, loin d'être renversée, aurait fait un pas de plus , et que, quelle que soit la (î) Introduction à la physique ter- nouvelle théorie chimique considérée restre par les fluides expansibles , précédée de deux Mémoires sur la sous differens points de vue ; Paris , 1803 , z vol. in-S." CHIMIE GÉNÉRALE. 6} composition de i'oxigène , il n'en remplirait pas moins, dans les combustions de tout genre, le rôle que cette théorie lui assigne ; mais il est évident aussi que l'on ne peut regarder ce nouveau pas comme entièrement fait, qu'autant que les propositions qui en résulteraient , se- raient établies sur des expériences aussi exactes et sur des conclusions aussi rigoureuses que celles des créateurs de la chimie Françoise, et que des suppositions tirées des phénomènes de la science jusqu'à préa,£iit les plus obscurs, non-seulement à l'égard des points en question, mais encore par rapport à toutes les circonstances qui peuvent les précéder, les accompagner ou les suivre, ne peuvent être mises au même rang que des faits circons- tanciés, faciles à reproduire à volonté, et dont on mesure avec précision tous les détails. Nous devons en dire autant des développemens d'un autre genre que des savans étrangers , et sur-tout des Allemands , ont cherché récemment à donner à la théorie chimique. M. Winterl, professeur à Pesth, en est le principal auteur (i). II se fonde d'abord sur un point incontes- table ; c'est que I'oxigène n'est pas le principe général de i acidité, puisqu'on ne l'a point encore extrait de plu- sieurs acides, et que des combinaisons où if n'entre cer- tainement point, agissent à la manière des acides, ainsi que cela est reconnu de tout le monde pour l'hydrogène Thcom :': Wintcil. (0 Prolusiones in diemiam seculi decimi noni , auctore Fr, Jos. Wirfterlj l8oo, i vol. in-8.° — Matériauxd'une chimie du XIX." sièeîe','en allemand, par GErstedt; R'atisb, rtfoj. — Exposé des quatre élémens de la nature inorganique , en allemand , put Schuster ; Berlin, 1S06. 64 SCIENCES PHYSIQUES. sulfuré, tandis que plusieurs de celles où il entre, comme les oxides métalliques , se comportent à la manière des alcalis. Rangeant alors, d'un côté, avec les acides, toutes les substances qui agissent comme eux, et parmi lesquelles il compte jusqu'au soufre et à la silice, et de l'autre , sous le nom de luises, toutes celles sur lesquelles les acides réagissent, comme alcalis, terres, oxides, &c, il attribue les qualités respectives de ces deux ordres de corps à deux principes qu'il nomme à\ic idité et de basicité ' , et dont la tendance mutuelle à s'unir occasionne , selon lui, toutes les combinaisons chimiques. Les corps sont tous originairement composés d'atomes semblables, et les caractères particuliers à chacun dépendent de son degré d adhérence au principe de basicité ou d'acidité; adhé- rence dont M. Winterl fait encore un troisième principe immatériel, qui peut se perdre, se reprendre, et se trans- mettre d'un corps à l'autre. Une matière douée du principe d'adhérence, et qui ne demande que l'un des deux autres pour devenir active, s'appelle un substratum. Pour ne rien dire des difficultés métaphysiques qui résulteraient de cette admission des principes immatériels, et principalement île celle du dernier, qu'il est bien diffi- cile de se représenter autrement que comme une relation, et pour nous en tenir au pur examen physique, il est clair qu'une simple ressemblance des qualités des corps n autoriserait pas à leur attribuer des principes communs. Aussi M, Winterl cherche-t-il à prouver, par des expé- riences , l'existence de ceux qu'il établit; il assure que si CHIMIE GÉNÉRALE. 65 s! l'on fait sortir d'une combinaison par la simple cha- leur non rouge, soit l'acide, soit la base, le premier n'en ressort pas aussi acide, ni la seconde aussi alcaline, ou, comme il s'exprime, aussi base qu'ils y sont entrés. C'est qu'une partie des deux principes s'étoit détachée au mo- ment de la combinaison , pour produire la chaleur, qui se manifeste presque toujours, lorsqu'on unit un acide aune base; et toute chaleur résulte, selon lui, de l'union du principe de l'acidité et de celui de la basicité. Cet affoiblissement n'est pas sensible , quand on dé- compose par un acide ou par une base , parce que la substance qui entre en combinaison, cède le superflu de son principe à celle qui s'en va. L'oxigène est lui-même un acide, et l'hydrogène une base , qui ont l'eau pour substratum commun : c'est-à- dire que l'eau acidifiée, ou saisie, et, comme M. Winterl s'exprime, animée par le principe d'acidité, est de l'oxi- gène ; et l'eau basifiée, ou animée par le principe de basicité, de l'hydrogène. On ne s'étonne donc plus que ces deux gaz donnent de l'eau en brûlant, et l'on devine déjà que les deux électricités contiennent les deux prin- cipes , ou plutôt sont ces principes eux-mêmes, et que c'est ainsi que la pile a l'air de décomposer l'eau et les sels. Aussi faut-il avouer que M. Winterl avoit, en quel- que sorte , prévu ses effets chimiques , avant que MM. Ritter et Davy les eussent découverts. La différence du galvanisme à l'électricité vient de la faculté qu'a le premier de com- muniquer aux corps le principe d'adhérence et de leur faire retenir par-là les deux principes actifs. Le maximum possible de chaleur naît de la combustion de l'hydrogène Sciences physiques, I 66 SCIENCES PHYSIQUES, par i'oxigène tire des oxides au moyen, de la chaleur, i.° parce que celui-ci est le plus acidifié possible, beau- coup plus que celui qu'on tire de l'air commun; i.° parce que les deux gaz sont entièrement désanimés dans l'opé- ration ; 3. parce que la diminution de capacité du pro- duit vient se joindre aux deux autres causes. Mais, comme à la longue une réunion complète de toutes les portions des deux seuls principes actifs rédui- roit toute la matière à son inertie naturelle, M. Winterl fait intervenir la lumière pour les séparer en certaines occasions et les rendre aux divers substratum dont elle les dégage aussi quelquefois. On entrevoit sans doute, dans ce court exposé, qu'en alliant ces vues avec les nouvelles lois de l'affinité et avec celles des combinaisons de la chaleur, on doit arriver à une explication assez plausible de la plupart des phéno- mènes chimiques, et même que l'on pourroit en éclaircir quelques-uns de ceux qui restent encore obscurs pour la théorie reçue : cet avantage, et le rapport qu'on a cru aper- cevoir entre les deux principes actifs de M. Winterl et le système métaphysique du dualisme aujourd'hui fort en vogue en Allemagne , ont donné du crédit en ce pays- là aux idées du chimiste Hongrois. Mais le système le plus séduisant , l'édifice le plus in- génieux, ne peut subsister, s'il n'est fondé sur l'expérience. Tant que les pertes de force que M. Winterl prétend causées aux acides et aux bases par leur simple passage à létat de combinaison, n'auront pas été généralement démontrées, ses deux principes ne pourront être recon- nus. Or, M. Berthollet vient de répéter les principales CHIMIE GÉNÉRALE. 67 expériences sur lesquelles M. Winterl s'appuie pour éta- blir ce point capital, et il les a trouvées fausses. Ce qui les rendoit suspectes d'avance, c'est que quelques autres que M. Winterl a mises en avant sur des sujets plus particu- liers , n'ont également pu encore être vérifiées par ceux qui les ont tentées, et spécialement par MM. Guyton de Morveau et Buchohz (1). Nous voulons sur -tout parler de Xandron'ia et de la thelyka , deux substances auxquelles M. Winterl fait jouer un grand rôle dans les phénomènes particuliers , et qu'il ne paroît pas qu'on ait pu reproduire en suivant les pro- cédés qu'il indique. Pour reprendre le fil de l'histoire de la chimie, nous Nouvelle dj, 1 .... nomenclature , irons que 1 un des moyens qui ont le plus puissamment ,-3, contribué à faciliter l'enseignement de la science en général , et à préparer l'adoption universelle de la théo- rie nouvelle, c'est la nomenclature créée par cette société de chimistes François dont nous avons parlé plus haut. Les termes de la chimie se ressentoient encore, à la fin du xvm. e siècle, des temps déplorables où cette science a commencé à naître ; plusieurs étoient entièrement bar- bares ; la plupart conservoient cet air mystique ou mer- veilleux qui leur avoit été donné par des charlatans ; presque aucun n'avoit le moindre rapport d'étymologie avec l'objet qu'il désignoit , ni avec les noms des objets analogues : si quelque chose en justifioit l'usage , c'étoit l'impossibilité de faire mieux , tant qu'on n'avoit point d idée nette de la composition de la plupart des subs- tances. (1) Annales de chimie de 1807. I 2 63 SCIENCES PHYSIQUES. Donner au\ ci mens des noms simples ; en dériver, pour les combinaisons, des noms qui exprimassent l'es- pèce et ia proportion des élémens qui les constituent , c'étoit offrir d'avance à l'esprit le tableau abrégé des résultats de la science , c'étoit fournir à la mémoire le moyen de rappeler par les noms la nature même des objets. C'est ce que M. Guyton de Morveau proposa le premier dès i 78 i , et ce qui fut complètement exécuté par lui et par ses collègues en 1787 (1). Il falloit s'attendre que la plupart des anciens chimistes ne se résoudraient qu'à regret à étudier un système entier de dénominations nouvelles ; mais il falloit espérer que les jeunes gens se trouveraient heureux de recevoir une instruction simplifiée par la fusion des noms et des défini- tions. La nouvelle nomenclature n'est en effet que cela : il serait ridicule de vouloir en faire un instrument de décou- vertes , puisqu'elle n'est que l'expression des découvertes faites; mais il est juste de voir en elle un excellent instru- ment d'enseignement. Sans doute elle ne peut, comme toute définition, rendre que ce que l'on savoit à l'époque où on l'a faite : ainsi les acides dont on ignofre le radical, ceux dont on n'a point déterminé le degré d'oxigénation , ny portent encore que des noms provisoires; peut-être aussi auroit-on dû donner à l'acide nitrique son véritable nom , puisqu'on savoit dès-lors de quoi il est formé; l'am- moniaque ne devoit pas non plus y porter un nom simple, des que l'on connoissoit sa composition. Mais une partie de ces défauts tient à l'état de la (1) Méthode de nomenclature chi- I veau , Lavoisier , BerthoIIet et de inique proposée par MM. de Mor- | Fourcroy; Paris, 17S7 , 1 vol. in-8.' CHIMIE GÉNÉRALE. 6 9 science ; les autres peuvent aisément être corrigés , et ils notent rien à l'utilité de la nomenclature méthodique ni au mérite de ses inventeurs. On se tromperoit cependant, si l'on attribuoit entière- Précision ma- r ' thématique m- ment à la nouvelle nomenclature, ou même à la nouvelle traduite dans théorie de la combustion, l'état brillant où la chimie est '«expériences, arrivée de nos jours. Il en est une cause encore plus essentielle, à laquelle même on doit , à proprement parler , et cette théorie nouvelle, et les découvertes qui l'ont fait naître, aussi- bien que celles qui l'ont suivie. Nous l'avons déjà indi- quée en général ; mais il est bon d'en parler encore dans cette occasion où son importance est si frappante. C'est l'esprit mathématique qui s'est introduit dans la science," et la rigoureuse précision qu'on a portée dans l'examen de toutes ses opérations. Bergman en avoit donné l'exemple dans ses méthodes d'analyse minérale ; Priestley s'y étoit fort attaché dans ses expériences sur les airs; M. Cavendish sur-tout, que nous avons déjà nommé tant de lois , avoit procédé cons- tamment en géomètre profond , autant qu'en chimiste ingénieux. Les nouveaux chimistes François se sont plus rigou- reusement encore astreints à cette marche sévère , qui pouvoit seule donner à leur doctrine le caractère de la démonstration ; et c'est sur-tout dans cette partie qu'ils ont eu à se louer du concours de quelques-uns de nos géo- mètres les plus distingués , et que l'on a pu juger de l'heureux effet de cette association des divers genres d'études. Nous avons déjà parlé du calorimètre imagine par 7 o SCIENCES PHYSIQUES. Lavoisier et par M. Delapiace. Le gazomètre dû aux recherches de Lavoisier et de Meunier n'est pas moins important. Déjà auparavant l'appareil pneumato-chimique de Mayow , de Haies et de Priestley, et l'appareil de Woulle pour la séparation des différens gaz , avoient rendu les plus grands services : ce dernier a été depuis extrêmement perfectionné par M. Welther. C'est dans le Traité élémentaire de Lavoisier (i) que l'Europe vit pour la première fois avec étonnement le système entier de la nouvelle chimie, et cette belle réunion il instrumens ingénieux, d'expériences précises et d'expli- cations heureuses, présentées avec une clarté et dans un enchaînement qui n'étoient guère moins admirables que leur découverte. Ce livre ayant paru précisément en 1785), on peut dire que tous les travaux de chimie particulière dont nous avons maintenant à rendre compte, se sont exécutés sous son influence; et c'est le point de départ le plus conve- nable que nous puissions choisir, puisqu'il fait véritable- ment l'une des plus grandes époques de l'histoire des sciences. chimie Nous sommes loin aujourd'hui de la doctrine bizarre PARTICLLIÈKE. j , . , des anciens , qui pretendoient composer tous les corps Nouveaux ,./-,. ... , , éicmens métal- avec quatre elcmens ou modifications primitives de la iiques. matière : celle des chimistes du moyen âge , avec leurs terres, leurs soufres, leurs sels et leurs mercures , s'est écroulée aussi devant l'expérience et une saine logique. (1) Traité élémentaire de chimie, I d'après les découvertes modernes, par présenté dans un ordre nouveau, et | M. Lavoisier; Paris, 1789, îv. in-8.' CHIMIE PARTICULIÈRE. 7 , Tout ce que nous ne pouvons décomposer est un clément pour nous; et chaque fois que nous rencontrons une nou- velle matière rebelle à notre analyse , nous nous croyons en droit de l'inscrire sur la liste des substances simples , bien entendu que nous ne les considérons comme telles que relativement à l'état actuel de nos connoissances. Ces substances non encore décomposées vont aujourd'hui a près de cinquante , et les métaux de toute espèce y oc- cupent un rang considérable. Les anciens , comme on sait , n'en possédoient que sept ; et l'identité de ce nombre avec celui de leurs pla- nètes et avec celui des notes de la gamme et des couleurs de l'iris, avoit donné lieu à une foule d'idées superstitieuses ou ridicules. On découvrit, pendant le moyen âge, quel- ques demi-métaux, l'antimoine, le bismuth, le zinc, le cobalt, le nickel (i), dont les noms tudesques attestent encore aujourd'hui l'origine. Les chimistes de l'école de Stahl constatèrent la nature métallique et particulière des deux derniers, ainsi que celle de l'arsenic, du molybdène (2), du tungstène (3) et du manganèse (4). Leurs longues recherches parvinrent à purifier le pla- tine, et à nous montrer en lui un nouveau métal noble, le plus pesant et le plus inaltérable'de tous. On comptoitdonc en 1 780 dix-sept métaux, soit cassans, (1) Découvert depuis long-temps , mais reconnu pour un métal parti- culier, en 1752, par Croistedt. (2) Schefele en détermina l'acide en 177,;: Hielm, disciple de Berg- man , le métal. (3) L'acide en fut reconnu par Scheele en 1781 ; Bergman soup- çonnoit sa nature métallique. MM. d'Elhuyar l'ont réduit les premiers. (-;) Gahn l'a réduit le premier. Bergman et Scheele en soupçon - noient la nature. 7 i SCIENCES PHYSIQUES. soit ductiles : dès cette année, M. Klaproth en découvrit un dix-huitième, l'urane (i). Il y en ajouta, en 1705 , vin dix-neuvième, le titane, que M. Gregor avoit soupçonne dans une substance du pays de Cornouailles, et qui s'est retrouvé dans une foule de minéraux. Son oxide compose seul ce que l'on nom-, moit sc/iorl rouée et sclwrl octaèdre. Muller, Bergman et Kirwan avoient aussi soupçonné un métal dans quelques mines d'or de Hongrie ; M. Kla- proth l'y a démontré en 1798, et l'a nommé tellure (2). M. Vauquelin a fait en ce genre, en 1797, une décou- verte qui efface , pour ainsi dire , toutes les autres , par le rôle brillant que son métal joue dans la nature, et par son utilité dans les arts : c'est le chrome. Son oxide est d'un beau vert, et son acide d'un beau rouge ; il sert de mincralisateur au plomb rouge de Sibérie, et de principe colorant à l'émeraude et au rubis. Il y en a en abondance de combiné avec du fer, et on le retrouve jusque dans les pierres météoriques. La porcelaine, pour laquelle on 11 'avoit point jusqu'ici de vert qui pût soutenir le grand feu, en reçoit un de l'oxide du chrome, aussi beau dans son genre que le bleu qu'elle tire du cobalt ; on s'en sert pour imiter parfaitement la couleur des émeraudes ; et l'acide du chrome , combiné avec le plomb , donne un rouge inaltérable aussi beau que le minium (3). Les travaux presque simultanés de MM. Fourcroy,' (1) Ann. de chimie, t.IV,p, 161, (2) Annales de chimie , t, XXV, /'• zyj ,- meta, lu à, l'Académie de Berlin, le 25 janvier 1798. (3) Annales de chimie, t. XXV, p. 21 ; mém. lu à l'Institut, le 1 1 bru- maire an 6. Vauquelin, CHIMIE PARTICULIERE. 73 Vauqueliu , Descotils , Wollaston et Smithson-Tennant, viennent de mettre au jour (en 1805 et 1806) quatre métaux distincts et très-remarquables , qui se trouvent mélanges avec le platine brut. L'un d'eux, le palladium, ressemble à l'argent par l'éclat, la couleur et la ductilité, mais il est plus pesant et plus inaltérable ; un autre , l'osmium, a la propriété singulière de se dissoudre dans l'eau , de lui donner une saveur et une odeur fortes , et de s'élever avec elle en vapeurs ; le troisième , l'iridium , est remarquable par les couleurs vives qu'il communique à ses dissolutions ; le quatrième enfin , le rhodium , les colore toutes en rose (1). Cette découverte presque subite de quatre substances métalliques dans un minéral où on les soupçonnoit si peu , et où elles sont accompagnées de sept autres déjà connues, peut faire croire qu'il en reste encore beaucoup à distinguer dans la nature : une foule de différences phy- siques des minéraux exigent en quelque sorte , pour être expliquées, que l'on y découvre de nouveaux principes. Déjà M. Hatchett a retiré, en 1 802, d'un minerai des États-Unis, un métal particulier qu'il a nommé columhium. MM. Hisinger et Berzelius en ont trouvé un autre , le cerium , dans un minerai de Suède (2); et M. Ekeberg, un troisième en 1801 , le tantale , dans deux minerais du même pays (3). Mais ces trois métaux ont des propriétés moins saillantes que les précédens ; et l'on annonce que le tantale n'est qu'une combinaison de l'étain. ( 1 ) Bulletin des sciences , Jloréal et fructidor an u , germinal et fructidor an 12 , et vendémiaire an ij. (2) Journal de physique, t. LIV, fi. 8f, 16$, j6t. (3) Ibid. t. LV,p. 2jS, 28 r. Sciences physiques, K aux clé- mcns terreux. 7 4 SCIENCES PHYSIQUES. La liste des substances métalliques iroit donc aujour- d'hui à vingt-huit, ou vingt -sept en retranchant le tantale. Celle des élémens terreux n'est pas aussi considérable. Les anciens et les chimistes du moyen âge n'en admet- toient qu'une seule espèce , qu'ils désignaient par les noms vagues de terre et de caput mortuum. * C'est dans l'école de Stahl seulement qu'on a commencé à distinguer la terre calcaire, la siliceuse et l'argileuse; encore beaucoup de minéralogistes les regardoient-ils en ce temps -là comme des modifications d'une substance commune. Les travaux de Black et de Margraf y ajoutèrent la magnésie; et ceux de Scheele et de Gahn , la baryte ou terre pesante. Ainsi l'on connoissoit cinq terres en t 7^5). M. Klaproth se présente encore le premier parmi ceux qui ont augmenté cette liste. Il découvrit la zircone en 178c} dans la pierre dite jargon de Ceylan ( 1 ), et la re- trouva ensuite dans une variété d'hyacinthe. M. de Mor- veau prouva qu'elle entre essentiellement dans toutes les \éiitables gemmes de ce nom (2). M. Klaproth distingua en 1793 la strontiane, que l'on avoit confondue jusqu'à lui avec la baryte. M. Fourcroy a fait voir que l'une et l'autre jouissent éminemment des propriétés alcalines (3). M. Vauquelin se montra aussi bientôt un digne émule de M. Klaproth dans ce genre de recherches, en décou- (1) Mémoires de la Société des amis scrutateurs de la nature , de Berlin. (2) Ann. de chimie,?. XXI, p. 72. (3) Journal de physique, t. XL V, p. 56. CHIMIE PARTICULIERE. 7 <, vrant en 1798 la glucine, qui fait la base du beril et de l'émeraude : son nom vient de ia saveur sucrée des sels qu'elle forme avec les acides (1). Enfin M. Gadolin a reconnu encore en 1794. dans une pierre de Suède , une terre particulière qu'il a no m m Je ittria. Ainsi la chimie possède aujourd'hui neuf terres dis- tinctes qu'il n'a pas été possible de convertir les unes dans les autres , et dont aucune n'a pu être réduite à l'état métallique, quoi que l'on ait fait pour cela, et malgré ia ressemblance frappante qu'a la baryte avec les oxides; il faut donc les conserver dans la liste des substances simples pour nos instrumens. L'heureuse détermination des principes de l'alcali volatil par M. Berthollet pouvoit faire espérer que l'on parvien- drait à décomposer également les deux alcalis fixes; mais toutes les tentatives faites jusqu'à présent pour cela ont été vaines , et l'on doit aussi les laisser dans la liste des élémens (2). Les chimistes dévoient de même être encouragés, par la découverte du radical de l'acide nitrique, à la recherche de ceux des trois autres acides minéraux non décomposés, savoir, du fTuorique , du boracique et du muriatique : mais ils n'y ont pas eu plus de succès que dans l'analyse des alcalis fi\es ; et si l'on ne place pas également ces acides dans (1) Analyse de l'aiguë marine, &c. pas connues lors de la rédaction de lue à l'Institut le 26 pluviôse an 6; Annales de chimie, tome XXVI , page iss- ce Rapport : au reste, on est encore en doute si le produit d'apparence métallique qu'elles donnent, résuite 2) Nous avons déjà remarqué que 1 delà décomposition desalcalis, oude les expériences de M, Davy n'étoient ) leur combinaison avec le charbon. K 2 Nouveaux acides. -6 SCIENCES PHYSIQUES. la série Jes principes élémentaires, c'est que l'anal ie n'a guère permis jusqu'à présent de clouter qu'ils ne soient, comme les autres, formes de la combinaison d'un radical quelconque avec Poxigène. On a été plus heureux à découvrir des acides nou- veaux; l'école de Stahi en avoit déjà obtenu plusieurs (i). On sait, en effet, que l'acide sulfurique, le nitrique et le muriatique étoient seuls connus des chimistes du moyen âge : le sulfureux fut distingue par Stahi lui- même; le boracique, par Homberg; le phospliorique, par Margraf; le carbonique, par Black, Cavendish et Berg- man; le ffuorique, par Scheele. Ce dernier fit connoître deux acides à base métallique, ceux du molvbdène et du tungstène, et éclaircit la nature de celui de l'arsenic. Ce même Scheele, dont les découvertes en ont tant préparé à ses successeurs, ayant oxigéné, ou, comme on b'exprimoit alors , déphlogistiqué l'acide muriatique , pro- duisit l'acide muriatique oxigéné , dont les propriétés étonnantes ont été pour les chimistes une source si féconde de vérités nouvelles , qui tiennent presque toutes a la facilité avec laquelle cet acide abandonne son oxigène surabondant. La période dont nous avons à rendre compte n'a fourni que deux nouveaux acides à base métallique ; le chro- mique, trouvé en même temps que le chrome par M. Vatt- quelin, et le columbique , par M. Hatchett : on n'y a (i) Voye^f en général, l'excellent article Acide , dans l'Encyclopédie méthodique, par M. de Morveau; et les chapitres sur le même sujet, dans les Systèmes de chimie de M. Four- croy et de M. Thomson. CHIMIE PARTICULIERE, reconnu aucun acide nouveau qui soit indécomposable ; mais les acides à bases compliquées, binaires ou ternaires, se sont multipliés davantage, soit qu'on les ait découverts déjà tout formés dans les végétaux ou dans les animaux , soit qu'on les y ait produits par l'oxigénation. Les anciens possédoient au fond presque tous les acides animaux et végétaux naturels, tels que celui du vinaigre, celui du citron et celui du sel d'oseille ; mais ils étoient loin de les distinguer nettement , et plus loin encore d'avoir des idées justes de leur composition. Bergman (i) fit faire un grand pas à leur théorie, et même à toute la chimie des corps organisés, en montrant qu'il étoit possible d'en préparer artificiellement. En traitant le sucre par l'acide nitrique, il obtint un acide végétal , que Scheele reconnut pour le même que celui du sel d'oseille. Scheele en produisit à son tour un nouveau, en traitant de la même manière le sucre de lait ; c'est l'acide saccolactique ou muqueux. Ce même chimiste en- seigna à obtenir purs les acides du benjoin et du tartre,' que l'on connoissoit depuis long-temps (2) ; il découvrit la nature acide du calcul de la vessie et celle du principe astringent de la noix de galle. Hermstaedt (3) caractérisa l'acide des pommes , qui s'est retrouvé dans presque tous les fruits rouges, et que M. Vauquelin a montré à fabriquer, en traitant les gommes par l'acide nitrique. Kosegarten (4) fit connoître celui qu'on retire de l'oxigénation du camphre. (1) Voyei, en général, les Opus- cules physiques ei chimiques de Berg- man : il y en a une traduction par M. deMorveau,, Dijon, lySo , 2 vol. in-8.' (2) Voye^ le Journal de physique , 17S3 , tome I." , pdges 67 et 1-0. (3) Journal de phys. t. XXXII , P'57- (4)Ibid. t. XXXV, f. 2pr. 7 3 SCIENCES PHYSIQUES. Georgii et Bergman déterminèrent les propriétés distinc- tives de celui des citrons. On s'est assuré en général que presque toutes les matières végétales et même animales peuvent s'acidiher par divers procédés d'oxigénation : ainsi les matières animales donnent, par l'acide nitrique, des acides en tout semblables à ceux des pommes et de l'oseille. L'acide du vinaigre sur-tout se forme dans toutes les matières vineuses exposées à l'air , et dans une multi- tude d'autres opérations naturelles ou artificielles , dont M. Fourcroy a, le premier, bien spécifié les effets. On le supposoit susceptible de divers degrés d'oxigénation , et on lui donnoit, d'après les règles de la nouvelle nomen- clature, tantôt le nom d'acide acétique ; tantôt celui à'iiciJe acéteux : M. Adet a montré récemment qu'il n'y a que divers degrés de concentration (i). Cet acide acétique , en se mêlant à diverses substances, se montre sous des apparences qui l'ont quelquefois fait prendre pour des acides particuliers. Par exemple , ceux qu'on obtient en distillant le bois et les gommes, avoient reçu les noms de pyroligneux et de pyrdmaqueux : MM. Four- croy et Vauquelin ont fait voir qu'ils ne consistent qu'en acide acétique, altéré par une portion d'huile empyreu- matique , qui s'élève avec lui. L'acide que Scheele pensoit avoir trouvé dans le petit lait, n'est encore, suivant ces chimistes célèbres, que de l'acide acétique mêlé à la par- tie caséeuse du lait (2). On croyoit également obtenir un acide particulier, en (1) Ann. de chimie, tom. XXVI , y. !<)•): lu à l'Institut, i i therni. an 6. (2) Bulletin des sciences , vendérn, an y. CHIMIE PARTICULIERE. 79 distillant le suif. M. Thenard a montre que c'est de l'acide acétique mêlé de graisse (i). Il y a aussi des combinaisons de deux acides que l'on jugeoit former des espèces simples , et dont les démens ont été démêlés par des recherches récentes. L'acide des fourmis, par exemple, ne s'est trouvé, selon MM. Fourcroy et Vauquelin , qu'un mélange d'acide phosphorique , de malique et d'acétique (2). Ces chi- mistes soupçonnent qu'il en est de même de celui des vers-à-soie. 11 ne reste donc des anciens acides animaux que celui du calcul delà vessie, auquel M. Fourcroy a donné le nom aurique, et l'acide prussique, qui se prépare artificiellement, et qui est si utile à la chimie pour reconnoître dans ses analyses les moindres parcelles de fer , et aux arts , comme l'un des ingrédiens du bleu de Prusse. Scheele est encore celui qui en a reconnu le premier la nature acide. Il a été trouvé tout formé dans les amandes amères, et M. Berthollet a réussi à le suroxigéner. Dans ce dernier état , il est plus volatil et colore le fer en vert. Mais la période actuelle a produit six nouveaux acides à base composée , dont quatre ont été retirés des corps organisés , et les deux autres fabriqués de toutes pièces. Les naturels sont celui que M. Klaproth a retiré de l'/ionigstein ou pierre de miel (3) (il y étoit combiné avec (1) Bull, des sciences, prairial an y. (2.) Aniiales du Muséum d'histoire r.aturelle, 1. 1." ,p. jjj. (3) Journrt! de physique, novembre '79'- 8o SCIENCES PHYSIQUES. de l'alumine et du charbon), celui que le même chimiste a trouve dans la sève du mûrier blanc, celui qui a été extrait du quinquina par M. Deschamps, enfin celui que MM. Vauijuelin et Buniva ont découvert dans les eaux de l'amnios des vaches. Des deux artificiels, l'un (le subèrique) a tic préparé en traitant le liège par l'acide nitrique. C'est M. Bru- gnateili qui en est l'auteur. M. Bouillon-Lagrange en a étudié les combinaisons. L'autre se produit en distillant le suif. M. Thenard , qui avoit réfuté l'existence de l'ancien acide sébacique , en a transporté le nom à celui-ci, qu'il a découvert, et qui est plus réel. Il ne faut pas voir , dans toutes ces découvertes ," seulement la possession de quelques principes de plus ou de moins : il n'est aucune de ces substances dont la chimie ne puisse tirer parti dans ses analyses en les employant comme réactifs. Ainsi l'acide gallique fait re- connoître les métaux; l'acide oxalique, la chaux; l'acide succinique sépare le fer du manganèse , ckc. Comme parties constituantes des corps, leur connoissance est in- dispensable à l'histoire naturelle ; enfin les arts utiles profitent de quelques-unes. Mais l'utilité théorique la plus immédiate de cette liste des principes chimiques, c'est de nous donner des idées plus étendues sur la multitude des combinaisons possibles. Il est aisé de sentir, en effet, que les cinq combus- tibles non métalliques , les vingt - huit métaux , leurs oxides de divers degrés, les neuf terres, les trois alcalis et les acides de toute espèce, réunis deux a deux seulement, donneroient CHIMIE PARTICULIÈRE. Si cfonneroient déjà plusieurs centaines et même plusieurs milliers de combinaisons , dont un grand nombre existe réellement dans la nature , et dont un nombre plus considérable encore peut être réalisé par les moyens de l'art. Elles sont autant d'objets d'étude pour les chimistes: plusieurs ctoient connues depuis long - temps ; d'autres n'ont été bien observées que dans la période actuelle , et il en reste beaucoup encore à soumettre à l'examen. Un exposé complet de ce qui a été fait en ce genre depuis 1789 seroit infini; bornons-nous aux résultats les plus utiles , ou à ceux qui répandent une lumière plus générale. La seule détermination des quantités respectives de EtU(Ie A " l> • j r 1 1 1 1 i'/n> 1 >']>!• combinaisonj 1 acide et de la base dans les dirterens sels a ete 1 objet sl ii nes . de recherches très-longues, parce qu'elle se complique de la détermination de la portion d'eau, toujours plus ou moins forte dans les acides liquides, et de cette autre portion qui entre nécessairement dans tous les cristaux salins. Kirwan s'en est fort occupé (1); MM. Bucholtz, Wenzel et Vauquelin ont beaucoup ajouté à ses recherches : mais il s'en faut encore que les résultats de ces chimistes soient uniformes. L'une des plus utiles de leurs découvertes en ce genre a été celle de la composition de l'alun. MM. Vauquelin, (1) De la force des acides et de la proportion des substances qui com- posent les sels neutres , ouvrage tra- duit de l'anglois de M. Kirwan , par M."" L. Voye? aussi , sur tous les sels , le Système des connoissances chimiques de M. Fourcroy , et la Chimie de M. Thomson. Sciences physiques. L 82 SCIENCES PHYSIQUES. ( ptal cl Descroisilles ont trouve presque simultanément que la potasse est nécessaire à la composition de ce sel (i). M. Vauquelin, en particulier, a lait une antre décou- verte qui n'est pas moins importante: c'est qu'il n'y a île différence entre l'alun de Rome et l'alun ordinaire , qu'un peu plus de 1er dans celui-ci. On a fait l'application de cette découverte en grand à la teinture, et la France a été délivrée par-là d'un impôt considérable qu'elle payoit à l'étranger. L'alun est donc un sel triple, puisque sa base est double. La chimie en possède encore quelques autres : on doit remarquer dans ce genre divers sels à base d'ammoniaque et de magnésie , sur lesquels M. Fourcroy. a beaucoup travaillé (2). La difficulté de ces sortes d'analyses augmente , quand il s'agit des sels métalliques, et qu'il faut estimer à quel degré d'oxîdation le métal s'est uni à l'acide. Parmi les recherches de ce genre , on doit citer prin- cipalement l'histoire des sels de mercure , que M. Fourcroy a commencée en 175)1 , et qu'il a terminée presque. com- plètement en 1 So.f , avec M. Thenard (3). M. Proust , chi- miste François , établi en Espagne , a fait des travaux analogues sur les sels de fer et de cuivre, principalement sur les sulfates à divers degrés d'oxidation (4)- . M. Thenard s'est aussi occupé des sulfates de fer (5). M. Chenevix a travaillé sur les arseniates de cuivre, de (i) Annales de chimie, t. XXII , J>.2 5 S ,t 2.'.; ;,. I. ,p, ,;. f . (2)Ihid. t. IV.p.zn. (3) Ii>»l- t. A . : t. XIV, P-J4J Bull, des sciences, brum.an 11. (4) Annales de chimie , t. A A A II, p. 26. (<;) Bulletin des sciences , thtnni- dor ,111 12. CHIMIE PARTICULIÈRE. 83 plomb, sur les muriates d'argent, et a découvert le muriate Stiroxigéné de ce dernier métal (1). Les muriates d'argent ont aussi été étudiés par MM. Proust et Klaproth. Mais, parmi les sels métalliques nouvellement connus, on doit éminemment distinguer le phosphate de cobalt , dont M. Thenard a découvert la préparation , et qui, com- biné avec de l'alumine, remplace, à peu de chose près, l'outremer en peinture (2). Le plomb combiné avec l'acide du chrome découvert par M. Vauqueiin , donne, ainsi que nous l'avons dit, un rouge éclatant qui ne noircit point comme le minium : on en prépare aujourd'hui une quantité immense. La décomposition des sels est aussi quelquefois d'une •„ ;£ecompa- très-grande utilité. marin. Ainsi l'art de retirer la soude du sel marin est de pre- t Extraction mière importance pour tous les arts qui emploient cet alcali , et spécialement pour les savonneries et pour les verreries ; mais il n'en a pas moins pour la chimie géné- rale, parce qu'il a été la première exception reconnue aux' lois anciennement établies pour les affinités , et qu'il a peut-être occasionné la plupart des nouvelles idées de M. Berthollet sur ce grand sujet. Scheefe à encore ici fourni le premier germe et de l'art et de la doctrine, en remarquant que d'un mélange de sel marin et de chaux vive légèrement humecté et place dans une cave , il efHeurit continuellement du carbonate de soude, quoique la chaux n'ait pas par elle-même le pouvoir d'enlever l'acide muriatique à la soude. (1) Journal de physique, t. LV , [2) Bulletin des sciences, brumaire P' tfj- an 12. L z de la soude. 84 SCIENCES PHYSIQUES. Mais la nature opère cette décomposition en grand dans ies plantes du bord de la mer, dans beaucoup de vieux murs des pays chauds, et de la manière la plus marquée dans les fameux lacs de natron de l'Egypte , où elle n'a point de chaux vive , mais seulement du carbonate de chaux (i). La théorie de M. Berthollet explique seule ces anomalies apparentes. M. de Morveau est celui qui a le plus contribué à tirer de ces expériences des procédés usuels ; ils ont un tel succès, que, sans l'impôt sur le sel, on se passeroit de la soude d'Alicante pour nos manufactures. Étude des -^ es ox ides isolés présentent encore leurs difficultés, oxides métal- MM. Berthollet père et fils ont fait voir qu'ils entraînent souvent quelques portions d'acide qui les modifient : tel est l'oxide blanc de plomb ; c'est seulement par un peu d'acide carbonique qu'il diffère du jaune. D'autres changemens de couleur sont attribués à l'eau par M. Proust (2). Il y en a qui sont dus à diverses proportions d'oxigène , et l'on en a reconnu plusieurs de ce genre. M. Proust a décrit un oxide puce de plomb, un jaune de cuivre; M. The- nard, un blanc de fer, un noir et un vert de cobalt (3). L'oxide puce de plomb contient tant d'oxigène , qu'il brûle les corps combustibles que l'on broyé avec lui. Cette diversité de proportion ne change pas toujours la couleur. Il y a trois oxides d'antimoine, selon M. The- nard (4) , et deux d'étain , selon Pelletier , tous également blancs. (i)Jiuirnal dephysique, t.L,p.}. I (3) Nouv. Bul. dessàenc.fii'.iSoS. (a) Ibid. t. LX V, y. Ho. (4) Ann. dech. t. XXXU , p. 257- Combinai- son des acides et des oxides CHIMIE PARTICULIÈRE. 85 Les oxides et les acides se combinent quelquefois à des substances combustibles non métalliques. Pelletier a montre que la préparation d'étain qu'on avec les s " bs " , . * 1 . j tances combus- appeile or mussij , est une combinaison de l'oxide de ce tibles. métal avec le soufre (1). M. Bertbollet fils a travaillé sur une combinaison inté- ressante de ce genre , que M. Thomson avoit découverte : c'est le soufre uni à de l'acide muriatique et à de l'oxi- gène (2). Les oxides métalliques n'offrent guère de combinaisons Poudre; fut- _!,,„ • 1, p 1 minantes. plus curieuses que celles que Ion nomme vulgairement poudres fulminantes. On ne connoissoit autrefois que celle d'or : c'est de l'oxide d'or mêlé d'ammoniaque. M. Berthollet en a donné la théorie ; il a formé d'une manière semblable un argent fulminant. On a aujourd'hui trois sortes de mercure fulmi- nant : l'un de Bayen , composé d'oxide rouge , de mercure et de soufre (3); le second , de MM. Fourcroy etThenard; formé du même oxide et d'ammoniaque, c'est-à-dire, sur les mêmes principes que l'or et l'argent fulminans ; le troisième , de M. Howard , qui joint à l'oxide de mer- cure , de l'ammoniaque et une matière végétale (4). La plus terrible des poudres fulminantes est celle qu'a découverte M. Chenevix, et qui résulte de l'union du soufre avec le muriate suroxigéné d'argent (5). MM. Fourcroy et Vauquelin ont remarqué que beau- (1) Ann. de chim. i. XIII, p. 2S0. (2) Société d'Arcueil, t. I ,p. 161. (3) Opuscules chimiques de Pierre Bayen; Paris, an 6, 2 vol. in-8.' (4) Bulletin des sciences, brumaire an 10. (5) Journal de physique, t.LV, p. 8;. sur les allia. ,i-. t6 SCIENCES PHYSIQUES. coup de muria'tes suroxigénés, joints à quelque matière combustible, fulminent par le choc (i). La poudre à canon, cette composition chimique qui a exercé une influence si notable sur la civilisation , n'est au fond qu'une combinaison analogue aux précédentes. L'acide nitrique retient tant de calorique avec son oxigène, qu'on peut le comparer , à beaucoup d'égards , à l'acide muriatique suroxigéné : mais celui-ci produit des effets beaucoup plus violens ; l'essai d'une nouvelle poudre où l'on vouloit le faire entrer, a occasionné une explosion funeste à plusieurs personnes. Recherches Les diverses substances combustibles peuvent aussi se réunir sans être oxidées et sans l'intermède d'aucun acide: quand il n'y a que des métaux dans le mélange , on l'appelle alliage , et l'opération qui les isole se nomme départ. Depuis long-temps l'intérêt a perfectionné ce genre de travail pour les métaux précieux; la révolution en a occasionné une extension particulière, quand il a fallu sépa- rer le cuivre et l'étain mêlés dans les cloches. Al. Fourcroy en a le premier indiqué le véritable moyen (2) , qui con- siste à oxider une portion de l'alliage et à la mêler avec une autre portion non oxidée : l'oxide de cuivre de la première portion donne tout son oxigène à l'étain de la seconde, et la fusion livre le cuivre pur. C'est ce procédé qu'on a employé en ajoutant un peu de sel pour faciliter l'oxidation. On perdoit les scories; mais A1A1. Lecourt et Amfry ont trouvé moyen de les réduire et d'en retirer encore l'étain par des grillages répétés. (1) Annales de chimie, tome XXI , -3 e - (2) Ibid. t. IX , p. J que les fluides élastiques sont moins aisés à manier que les autres corps, mais encore parce que tous les caractères physiques qui résultent de la couleur, de la figure et de la consistance, nous abandonnent dans leur étude. On s est beaucoup occupé, dans la période actuelle, de cette partie vraiment transcendante de la chimie. L'hydrogène a la propriété singulière de dissoudre quelques parcelles de fer, d'arsenic et de zinc, et de les maintenir à l'état gazeux : on le savoit depuis assez long- temps pour les deux premiers; M. Vauquelin l'a décou- vert pour le troisième. Ce même hydrogène dissout du soufre , et prend une odeur détestable d'excrémens et d'œufs pourris : c'est en effet ce mélange que ces matières exhalent. Scheele en a connu le premier la composition ; mais M. Berthollet a fait une dé- couverte importante, en montrant qu'il possède la plupart des propriétés des acides , quoiqu'il ne contienne point d'oxi- gène : il s'unit en effet aux alcalis, aux terres, aux oxides ; i'hydrosulfure de baryte cristallise comme un sel , &c. (i) La combinaison du phosphore avec l'hydrogène est en- core plus désagréable ; elle a l'odeur du poisson pourri : c'est M. Gengembre qui l'a formée le premier (2). Il a montré en même temps que, lorsqu'on obtient ces deux gaz des sulfures ou des phosphures alcalins , l'hydrogène est fourni par l'eau , dont l'oxigène aide à former , avec une autre partie du soufre et du phosphore , des acides sulfuriques ou phosphoriques. Les sulfures bien secs ne donnent point de gaz, selon les expériences de M. Fourcroy ; (1) Annales de chimie, t. XXV, I (2) Journal de physique, iyS$ , P-zjJ- \t.ll,p.z 7 6. Sciences physiques. ftf 9 o SCIENCES PHYSIQUES, mais lorsqu'ils se dissolvent dans l'eau , c'est toujours à l'aide de l'hydrogène qui se forme et s'y unit aussi- tôt. Si le soufre est très-abondant , il se produit un corps semblable à de l'huile , qui est un soufre hydrogène. Lampadius l'avoit observé le premier, en traitant du soufre par le charbon. M. Berthollet fils a montré qu'il est dû à l'hydrogène que le charbon contient toujours (i). L'hydrogène phosphore n'ayant point les propriétés acides , ne reste point uni à l'eau et à l'alcali ; mais il s'élève à mesure qu'il naît. M. Fourcroy a fait voir que l'hydrogène sulfuré est le meilleur de tous les moyens pour reconnoître le plomb dont on altère le vin. En général , il doit être placé , ainsi que les hydro- sulfures alcalins, au nombre des réactifs les plus délicats de la chimie pour la précipitation de certains métaux. L'azote dissout aussi le phosphore et le dispose à brûler ; c'est pourquoi il brûle plus facilement dans l'air commun que dans l'oxigène , circonstance que l'on avoit xin moment voulu opposer à la nouvelle théorie. L'hydrogène mêlé de carbone dans une certaine pro- portion offre la base de l'huile , et en donne en effet , quand on le mêle au gaz acide muriatique oxigéné. C'est le gaz oléfiant découvert par MM. Bondt, Deyman, Van- Troostwyk et Lauwerenburg , chimistes d'Amsterdam, qui ont long-temps travaillé en société (2). Ils l'obtinrent de la distillation de l'éther.et de l'acide sulfurique par une foible température. (1) Société d'Arcucil , t. I." , -p. 304. (2) Annales de chimie, t. XXI , p. 48 j t. XXIII, p. 2oj. CHIMIE PARTICULIÈRE. 9, Quand on réduit l'oxide de zinc par le charbon , on ne devroit, à ce qu'il semble, recueillir que de l'acide carbonique : Priestley remarqua qu'il se forme au contraire un gaz combustible , et voulut faire de cette expérience une objection contre la nouvelle théorie delà combustion. Nos chimistes ont examiné ce gaz avec soin : ils l'ont trouvé combustible en effet ; mais, à force de recherches , ils sont parvenus à montrer que c'est une combinaison d'oxigène avec un excès de carbone et une foible portion d hydrogène. Le charbon de bois ordinaire contient tou- jours assez d'hydrogène pour en fournira ce gaz, qui ne différerait ainsi de l'oléfiant que par les proportions, MM. Cruikshank, Guyton et Berthollet, se sont princi- palement occupés de cette question difficile. MM. Austin, Higgins , Henry , et d'autres chimistes Anglois , y ont aussi travaillé. Il paroît que ce qui l'embrouille , c'est qu'il peut se former de ces gaz dans plusieurs proportions différentes de leurs trois élémens (1). Un peu plus d'un cinquième d'oxigène mélangé avec de 1 azote constitue la portion gazeuse de l'atmosphère. En augmentant l'oxigène par degrés , et en le combinant plus intimement , on produit successivement le gaz nitreux , l'acide nitreux, l'acide nitrique. Nous avons vu précé- demment que ces faits sont au nombre des vérités fonda- mentales de la nouvelle chimie. Dans le gaz nitreux, l'oxigène fait déjà près de moitié. Si on le lui enlève par le moyen du fer ou autrement , au point de l'y réduire à-peu-près au tiers , on le change en un véritable oxide d'azote, qui montre des propriétés bien singulières : les (1) Bulletin des sciences, brumaire, ventôse et fructidor an 10. M z 92 SCIENCES PHYSIQUES. corps y brûlent , tandis qu'ils s'éteignent dans le gaz nitreux , quoique celui-ci ait plus d'oxigène; et il asphyxie ceux qui le respirent, quoiqu'il ait plus d'oxigène que 1 air commun. Priestley i'avoit produit le premier. M. Berthollet en avoit indique la nature. Elle a été confirmée par l'analyse de M. Davy , dont le travail à cet égard est extrêmement remarquable, et par celle de MM. Fourcroy, Vauquelin et 7 henard. M. Davy a vu quelques-unes des asphyxies momen- tanées produites par ce gaz, accompagnées de sensations voluptueuses, mais qui n'arrivent pas constamment (i). Nous parlerons ailleurs des moyens de mesurer parti- culièrement la quantité de l'oxigène dissous ou mélangé dans un gaz, et de l'application qu'on en a faite pour déterminer la composition de l'atmosphère. Application On voit, par tous ces détails, que cette estimation de deladioptrique j a proportion des élémens gazeux es t ce qu'il y a de plus à I analyse du ' ° * * gaz, difficile en chimie. M. Biot a imaginé, pour y parvenir, une méthode en- tièrement nouvelle, qui s'applique également à tous les corps transparens dont on connoit les principes quant à leur nature. Chacun de ces principes ayant une force de réfraction propre et toujours la même , tant que la densité ne change point, quand on connoit la réfraction totale d'un mélange de principes connus , on peut cal- culer leur proportion. On emploie pour cela des prismes remplis ou formés des substances qu'on veut analyser ; on mesure l'angle de réfraction avec le cercle répétiteur ; fa (i) Bulletin des sciences , frimaire an u. CHIMIE PARTICULIÈRE. 93 pression et la température sont prises en considération; et toutes ces circonstances étant susceptibles d'être appré- ciées avec une exactitude mathématique, cette analyse sur- passeroit de beaucoup celles que la chimie peut donner par ses moyens ordinaires , si elle ne se compliquoit de la difficulté d'avoir les principes bien purs , et si , dans quelques cas, la condensation trop grande qu'éprouve leur combinaison , n'altéroit les résultats. L'analyse du diamant tient de près à celle des subs- Recherche» tances gazeuses; elle a été reprise plusieurs fois dans cette sur lett,amam - période. M. de Morveau n'a pu obtenir en le brûlant que de l'acide carbonique (1); et Çlouet a en effet fabriqué de l'acier bien pur avec du diamant seul (2). Mais pourquoi dirlère-t-il donc tant du charbon ordinaire! M. de Morveau juge que celui-ci contient déjà un peu d'oxigène; M. Ber- thollet, que c'est de l'hydrogène qu'il a de plus: M. Biot, au contraire, appliquant au diamant son analyse diop- trique , et lui trouvant une force réfringente supérieure a celle qu'indique pour le charbon l'analyse des substances ou il entre, croit que c'est le diamant qui doit avoir au moins un quart d'hydrogène dans sa composition. Cepen- dant des expériences toutes récentes, faites en Angleterre , n'ont encore donné, nous dit-on, que de l'acide carbo- nique. Ces difficultés dans l'analyse des substances gazeuses, Étudedespvo- a* J~ Il 'il' . / t /• * duits des corps et ue celles qui le deviennent aisément , peuvent déjà organ isé Si donner une idée des difficultés beaucoup plus grandes que ( 1 ) Décade philosophique , 30 fruc- tidor au 4, Bulletin des sciences, messidor an y. (2) Bulletin des sciences, brumaire an S. <>i SCIENCES PHYSIQUES. fa chimie rencontre, quand elle étudie les produits des corps organisés. Les substances dont nous venons de parler, les com- posent presque en entier : du carbone, de l'hydrogène, de i'oxigène , plus ou moins d'azote, voilà leurs matériaux fondamentaux; un peu de terre, quelques atomes de soufre, du phosphore, divers sels en très-petite quantité, s'ajoutent à ce fonds principal. Tous ces élémens semblent se jouer dans leurs diverses réactions ; ils s'unissent, se séparent, se retrouvent de mille manières ; et tous ces mouvemens nous échappent presque aussi souvent dans les laboratoires où nous croyons être maîtœs de ces produits de la vie , que dans les fonctions de la vie elle-même. On crut d'abord pouvoir séparer les principes des corps organisés par le moyen du feu; mais ils ne faisoient que changer d'affinités , pour entrer dans des combinaisons nou- velles : de là ces phlegmes , ces huiles, ces sels, dont les anciens chimistes prétendoient composer tous les mixtes. Bientôt on imagina d'employer des moyens plus tran- quilles, et d'obtenir par le repos, par des lavages simples ou par certains menstrues, non pas les principes élémentaires des corps vivans, mais les composés divers qui s'y trouvent tout formés, ou ce que l'on nomme leurs principes im- médiats. fis offrent une foule de caractères et de propriétés sin- gulières ou utiles; ils donnent une sorte d'analyse ébauchée; chacun d'eux peut se décomposer à son tour, et fournit alors les principes généraux et élémentaires, cet hydrogène, ce carbone, ces autres substances simples dont nous avons parlé si souvent. CHIMIE PARTICULIÈRE. 95 Ce sont probablement les diverses proportions de ces substances simples qui déterminent la nature et les pro- priétés des principes immédiats. Mais nous sommes loin encore de pouvoir démontrer ce que nous supposons ici : l'analyse de ces principes est trop imparfaite ; et nous avons beau réunir les éiémens que nous en tirons , nous ne les reproduisons pas. Peut-être laissons-nous échapper une foule d'élémens impondérables et incoercibles, néces- saires à leur composition. Il faut donc, en attendant une analyse plus parfaite ; recueillir ces principes immédiats et les caractériser; plu- sieurs d'entre eux sont d'ailleurs de première importance dans l'explication des fonctions vitales et dans les arts utiles. Boerhaave a donné de beaux exemples de ce genre de recherches : sa méthode a été employée avec succès , et perfectionnée par Rouelle en France, et par Scheele en Suède; et, dans ces derniers temps, la détermination des principes immédiats des végétaux et des animaux n'a guère moins contribué à la gloire des chimistes François que les découvertes plus générales dont nous avons parlé jusqu'ici. Déjà, dans l'école de Stahl, et sur-tout dans celles de Boerhaave et de Rouelle, on avoit distingué dans les végé- taux les gommes ou mucilages, les résines, les gommes résines, les extraits, les huiles fixes et volatiles; on possé- doit et on caractérisoit , comme nous l'avons vu plus haut, divers acides végétaux; le sucre, l'amidon, le camphre, le baume, la sève, les diverses matières colorantes, étoient connus et employés , quoiqu'on n'eût pas des idées nettes vellcment dé' couverts 9 6 SCIENCES PHYSIQUES, sur leur nature intime. On étoit inoins avance 5 sur les pro- duits des animaux; et quoique les anatomistes en eussent décrit les liquides et les solides , quoique l'on sût déjà en partie comment les premiers se décomposent en des fluides plus simples par le repos; que le sang, parexemple,' donne alors son sérum, son caillot, sa matière colorante; le lait , sa crème , son beurre , son fromage , son petit, lait , &c. , on n'avoit encore rien de précis sur la classi- fication et les caractères de la plus grande partie de ces principes immédiats. Produits nou- C'est sur-tout M. Fourcroy que nous aurons à nommer ici (i); il a le premier nettement distingué les trois prin- cipaux principes des solides animaux, qui se retrouvent aussi diversement combinés dans la plupart des liquides du même règne : la gélatine , qui , dissoute dans l'eau bouil- lante, donne le bouillon et la colle forte, et qui fait la base des os, des membranes, et en général de toutes les par- ties blanches ; la fibrine , qui se dépose dans le caillot du sang et constitue le tissu essentiel de la chair; c'est en elle que s'opère, dans l'état de vie, la contraction mus- culaire ; l'albumine, qui se coagule dans l'eau bouillante et forme le blanc d'oeuf. Il a découvert dans l'urine un principe très-particulier, qu'il a nommé l'urée (2), matière excessivement animalisée, susceptiblede se changer presque toute entière en-carbonate d'ammoniaque, et dont l'excré- tion est des plus indispensables au maintien delà compo- sition animale. (1) Koy^Ies tomes VII, VIII, IX tt X du Système des connois- lances chimiques de M. Fourcroy. ( 2 ) Système des connoissaiice» chimiques, r, X , p. ij}> M. Fourcroy CHIMIE PARTICULIÈRE. 97 M. Fourcroy est aussi le premier qui ait reconnu que l'albumine se rencontre plus ou moins abondamment dans beaucoup de végétaux (1). Ce n'est pas le seul lien des deux règnes. Le gluten , découvert par Bechari dans la farine du froment , res- semble beaucoup à l'albumine, et possède en général tous les caractères des principes particuliers aux animaux. II y a sans doute encore beaucoup de ces principes immédiats à découvrir dans les corps organisés, et chaque jour en découvre en effet. M. Thenard a trouvé dans la bile une matière sucrée qu'il nomme picromel (2), et dans la chair un principe odo- rant qui donne au bouillon son goût agréable , et qu'il appelle osmaipme. Cette même chair a donné à M. Welther une matière amère, dont l'analogue a été retrouvé et mieux déterminé , non-seulement dans la chair , mais encore dans l'indigo et dans d'autres substances végétales , par M. Fourcroy : elle a le caractère de brûler en fulmi- nant (3). L'adipocire, ou blanc de baleine, est encore un principe particulier bien déterminé par M. Fourcroy : on en re- trouve dans les calculs biliaires ; le cerveau en dépose dans l'alcool ; certains cadavres s'y convertissent presque en entier (4). Les végétaux n'ont pas été moins féconds en principes nouveaux. (1) Annales de chimie, t. 111 , p. 2 5 2. (2) Bulletin des sciences, pluviôse an ij ; Mém. de la société d'Arcueil. (5) Bulletin des sciences, frimaire an ij. (4) Annalesdechimie,f. V,p.i64, et t. VIII, F- 7- Sciences physiques. N <>8 SCIENCES PHYSIQUES. MM. Vauquelin et Robiquet en ont trouvé un dans le suc d'asperge, qui, sans avoir rien de salin, se dissout dans l'eau et cristallise comme les sels (i). M. Derone en a découvert un autre dans l'opium , qui est peut-être sa partie narcotique ; il cristallise en lames blanches et bril- lantes. M. Thenard a montré les caractères qui séparent la manne du sucre , et ceux qui distinguent les diverses sortes de sucre entre elles. Mais parmi les principes propres aux végétaux, il n'en est guère de plus important que celui que l'on connoissoit vaguement sous le nom de matière astringente , et que Al. Seguin a déterminé plus précisément sous celui de tannin (2). On le tire d'un grand nombre de plantes, mais sur-tout de l'écorce du chêne, par l'infusion; le cachou en est presque entièrement composé, selon M. Davy (3). Son principal caractère est de se combiner avec la gélatine animale en un composé indissoluble. C'est à cette pro- priété qu'est dû le tannage des cuirs ; car les peaux ne sont presque que de la gélatine. Al. Hatchett est parvenu à produire artificiellement une sorte de tannin, en traitant le charbon par l'acide nitrique (4). Transforma- En générai , la chimie en est venue à transformer à son lion des pro- t r \ \ • • r r- i j i duits les uns g re une Iol de de ces principes immédiats les uns dans les dans les autres, autres , et il n'en est presque aucun qui ne puisse résulter d'une modification de quelque autre. Nous avons déjà vu comment on forme à volonté une partie de ces mêmes acides animaux et végétaux , qui (1) Ann.de chi m. t. LVII,p.SS. (2) Ibid. t.XX,p. 5 j. (3) Bull, dosscientes,_/?c)rw/a/;//. f4) Transactions philosoph. i8oj. Annales de chimie , :0111e LY1U, p. 211 Ct 2ZJ. CHIMIE PARTICULIÈRE. 99 résultent aussi du concours des forces vitales. La chimie offre beaucoup d'exemples plus ou moins semblables pour les autres principes. MM. Fourcroyet Vauquelin changent les muscles en graisse par l'acide nitrique ; l'indigo leur donne du benjoin et une résine par le même procédé. Le liège , qui ne contient point de résine , en fournit en abon- dance quand on le soumet à cet agent. Il se forme de l'huile à chaque instant, soit par la combustion , soit par les acides. La fonte du fer elle-même en donne , à cause de son charbon , quand on la traite par l'acide sulfurique , ainsi que l'a fait connoître M. Vauquelin. Le même chimiste vient de remarquer qu'il se forme une vé- ritable manne dans la fermentation acétique du jus d'ognon (i). Enfin il n'est pas jusqu'au camphre que l'on ne puisse fabriquer, suivant la découverte de M. Kind, en appliquant l'acide muriatique à l'essence de téré- benthine : on vend même déjà beaucoup de ce camphre artificiel (2). Il est aisé de concevoir combien ces métamorphoses de matières communes en matières rares et précieuses peuvent favoriser les arts et changer la marche du com- merce; mais il ressort de tous ces faits des résultats plus importans encore , qui nous élèvent à une théorie générale des êtres organisés , et qui nous montrent l'es- sence même de la vie dans une variation perpétuelle de proportions entre des substances peu nombreuses par elles-mêmes. Un peu d'oxigène ou d'azote de plus ou de moins ; voilà , dans l'état actuel de la science , la (1) Mémoires de l'Institut, 1807, I (2) Annales de chimie, t. LI } 2.' semestre , p. 20 j. \p.270. N 3 Analyse des mixtcsdcs .00 SCIENCES PHYSIQUES. seule cause apparente de ces innombrables produits des corps organisés. Les mixtes qui résultent de ces variations , et que nous ' r venons d'indiquer sous le titre de principes immédiats, constituent, par leurs diverses réunions, les liquides et les solides des corps organisés; et c'est seulement dans la dé- termination du nombre et de la proportion de ces prin- cipes, que consistent, jusqu'à présent, les analyses de ces liquides et de ces solides. C'est de cette manière que MM. Parmentier et Deyeux ont examiné le sang (i) et le lait (2) ; MM. Fourcroy et Vauquelin , le lait , les larmes (3), la salive , le sperme (4) , la laite des pois- sons (5), l'urine; M. Thenard , le lait et la bile ; M. Vau- quelin , la sève (6) ; MM. Buniva et Vauquelin , les eaux de l'amnios (7) : il n'est pas jusqu'aux matières fécales que M. Berzelius a eu le courage de soumettre à l'analyse la plus exacte. Tous ces examens ont donné des faits neufs et inté- ressons. La substance colorante du sang a été reconnue par MM. Fourcroy et Vauquelin pour un phosphate de fer avec excès d'oxide. La laite des poissons leur a donné du phosphore à nu. La soude a été trouvée dans le sang par MM. Parmentier et Deyeux ; dans le sperme , par M. Vauquelin. Le pollen des végétaux a donné récemment (1) Journal de physique, t.XLIV, f. } 7 2 et ijj. (2) I bid. t. XXX VII, p. 361 et 4 i 5 ; Annales de chimie, t. XXXII, P-SJ- (3) Annales de chimie , t. X , p. 11}. (4) Annales de chimie, t. IX, p. 64. (5) Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. X , p. ifip. (6) Annales de chimie, t. XXXI , p. 20. (;)lbid. t. XXXIII, p. 2(y. CHIMIE PARTICULIÈRE. .01 à MM. Fourcroy et Vauquelin des principes singulière- ment analogues à ceux du sperme (1). On a fait même l'analyse comparée de ces liquides dans divers ordres d'animaux et dans leurs altérations ma- ladives. Ainsi l'urine des herbivores a offert à MM. Four- croy et Vauquelin de l'acide benzoïque , qui n'est dans celle de l'homme que pendant son enfance (2) , &C La maladie nommée diabètes sucre offre l'une des altérations les plus singulières qu'un liquide animal puisse éprouver dans l'état de vie : l'urine, au lieu de ses principes ordi- naires, ne contient plus qu'une sorte de sucre et un peu de sel marin. Cauly en a fait la découverte; MM. Nicolas et Queudeville , de Caen , l'ont constatée par les moyens de la chimie moderne (3). MM. Thenard et Dupuytren ont reconnu que ce sucre diffère, par plusieurs caractères , de celui de la canne. Quant aux solides , les os ont été soumis à une analyse nouvelle par MM. Fourcroy et Vauquelin. Outre le phos- phate de chaux dont Scheele avoit reconnu que leur partie terreuse est formée , ils y ont découvert un phosphate ammoniaco-magnésien (4). On y trouve aussi du ffuate de chaux. M. Morichini l'a découvert le premier dans cer- taines dents (5) : M. Berzelius a confirmé le fait, et l'a étendu à tout le système osseux. Les cheveux et les poils ont été examinés par M. Vau- (1) Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. 1." ,p. 417. (2) Mémoires de l'Institut. Mathé- matiques et physique, t. II, p. eroit pas dans ses méditations les phénomènes de la vie des plantes et de celle de tons les animaux, se perdioit bien vîte en conjectures illusoires, tout comme il fermerait vo- lontairement ies veux à la lumière, s'il refusait d'admettre t'influence des lois physiques dans les fonctions vitales. 11 est donc visible que la différence essentielle entre les sciences générales et l'histoire naturelle , c'est que dans les premières on n'examine, ainsi que nous venons de le faire entendre , que des phénomènes dont on détermine en maître toutes les circonstances , et que dans l'autre les phénomènes se passent sons des conditions qui ne dé- pendent pas de l'observateur. Dans la chimie ordinaire, par exemple , nous fabriquons nos vaisseaux de matières inaltérables; nous les formons, les courbons, les dirigeons comme il nous plaît ; nous n'y plaçons que ce qu il faut pour avoir des idées claires du résultat. Dans la chimie vitale, les matières sont innombrables ; à peine le chi- miste nous en a-t-ii caractérisé quelques-unes : les vais- seaux sont d'une complication infinie ; à peine t'anato- miste nous a-t-il décrit une partie de leurs contours: leurs parois agissent sur ce qu'ils contiennent ; elles en subissent l'action : il vient sans cesse des élémens du dehors en dedans; il s'en échappe du dedans au dehors : HISTOIRE NATURELLE. m; toutes les parties sont dans un tourbillon continuel , qui est une condition essentielle du phénomène , et que nous ne pouvons suspendre long-temps sans l'arrêter pour ja- mais, et sans que les élémens et leurs mélanges forment, aussitôt des combinaisons nouvelles. Nous ne sommes- pas même les maîtres de retrancher à notre gré quelque partie pour juger de son emploi spécial : le corps vivant tout entier périt quelquefois par cette suppression. Les branches les plus simples de l'histoire naturelle participent déjà à cette complication et à ce mouvement perpétuel , qui rendent si difficile l'application des sciences générales. La météorologie , par exemple , n'a pour objet que les Histoire m- . . i turclle de lat- vanations de 1 atmosphère; et il semble que les élémens mosphère. qui composent celle-ci, ne sont pas bien nombreux. On (Météorolo- sait même aujourd'hui , parles expériences de plusieurs ^' c -' physiciens, et sur-tout de MM. de Humboldt , Biot et Gay-Lussac (i), que ceux de ses élémens gazeux que nous pouvons saisir, sont à-peu-pres en même proportion à toutes les hauteurs où l'on a pu s'élever; et par "celles de MM. Berthollet, Beddoes, &c. , que les pays les plus éloignés ne diderent pas non plus à cet égard d'une ma- nière sensible : mais sa masse est immense , sa mobilité infinie ; la moindre variation de chaleur y cause des mou- vemens étendus ; ces mouvemens divers se croisent et se contrarient d'une manière que les mathématiques ne peuvent apprécier. L'eau qui s'évapore rend plus légère la portion d'air qui la contient : de là des mouvemens (i) Annales du Muséum d'histoire naturelle , 1. 11, p. îyo et 322. P 2 n6 SCIENCES PHYSIQUES. nouveaux qui varient en raison composée des deux causes essentielles de la vaporisation , c'est-à-dire, de la chaleur et de la surface aqueuse sur laquelle elle frappe. Enfin l'électricité vient encore se joindre à toutes ces causes, pour multiplier les altérations du fluide qui nous envir< nue. 11 estaisé de voir qu'il y a déjà assez de ces divers ressorts pour rendre presque infini le nombre des combinaisons possibles : que sera-ce si l'on découvre un jour des agens nouveaux, comme de grands physiciens le soupçonnent déjà, et si le soleil lui-même varie par l'intensité de sa chaleur et de sa lumière, comme M. Herschel se croit en droit de le soutenir (i)? On peut donc se faire des théories plus ou moins générales, plus ou moins vagues, sur les causes des divers météores ; mais la preuve de l'im- perfection de toutes ces théories , c'est qu'elles ne con- duisent point encore à prévoir ces météores avec la moindre précision. L'air qui passe sur de l'eau se charge d'une vapeur d'au- tant plus abondante, qu'il est plus chaud ; il la laisse re- tomber , s'il se refroidit : de là le brouillard ou la pluie. Si le refroidissement est assez grand , l'eau tombera en neige ; si elle ne gèle qu'en tombant , elle deviendra de la grêle. Le baromètre baisse quand quelque partie de l'air devient humide ; il a donc des rapports assez constans avec le temps futur : le vent qui vient de la mer apporte plus d'humidité ; il est donc aussi pour chaque lieu un indice du temps. Le vent lui-même dépend en grande partie de la chaleur ; et il est d'autant plus régulier , que les (i) Bibliothèque Britannique. MÉTÉOROLOGIE. 117 circonstances qui déterminent la chaleur sont plus cons- tantes. L'air chaud qui s'élève des plaines échauffées, redis- sout les nuages qui s'y rendent, et y maintient la sérénité : la fraîcheur des montagnes produit un efîet contraire, et semble attirer les nuages. On sait tout cela en gros(i); mais c'est à-peu-près tout ce qu'on sait sur les météores simplement aqueux. Les autres sont bien plus irréguliers encore , et nous n'apercevons pas même d'une manière- générale leurs causes originaires. Ainsi l'on en est réduit à de simples descriptions histo- riques, ou tout au plus à des conjectures, sur les causes immédiates des trombes, des tourbillons , des ouragans, ainsi que de la plupart des météores lumineux : mais ce qui les amène précisément en tel temps et en tels lieux, nous échappe presque entièrement. Nous devons cependant beaucoup de reconnoissance aux hommes laborieux qui observent les variations de l'atmosphère, et cherchent à saisir quelque rapport entre elles et des phénomènes plus constans. Les mouvemens des astres étoient ceux de ces phéno- mènes auxquels il étoit le plus naturel de penser ; et la lune, comme plus voisine de nous, devoit s'attirer l'atten- tion la première. Le peuple attribue dès long-temps à ses phases quelque influence sur le temps : Toaldo (2) et M. Cotte (3) ont réfuté cette opinion. M. Delamark cherche ( ' ) Voye^ le Mémoire de M. Monge, Annales de chimie, t. V , p. i. (2) Journal de phys. t. XXXI X, p. 43 ; Essai météorologique , tra- duit de l'italien de Toaldo, par Da- quin , Chambéry , 17S4 , 1,1-4.° (3) Journal de physique , depuis 1787 jusqu'à présent. Viyf\ aussi son Traité et ses Mémoires de mé- téorologie ; Paris , 1774 - , 7 88 , j vol. 1:1-4.' i i » SCIENCES PHYSIQUES, depuis plusieurs années , si le lieu de la lune , sa distance et ses rapports de position avec le soleil, n'en auraient pas davantage. La méthode qu'il emploie de former d'avance des espèces de calendriers, ne peut manquer d'exciter les observateurs à noter avec soin tout ce qui arrive; et c'est ainsi qu'on obtiendra tout ce qu'il sera possible d'obtenir de certain (i). Nous devons une reconnoissance non moins grande à ceux qui imaginent et qui emploient avec constance- les instrumens propres â mesurer avec quelque précision tous ces genres de variations , et à en donner au moins une histoire exacte (2), Le baromètre et le thermomètre sont déjà anciens. On sait aujourd'hui, par des observations répétées presque à l'infini, tout ce que leurs mouvemens peuvent avoir de relatif à la saison, aux heures du jour, à la latitude, à l'élévation verticale , au voisinage des eaux ou des mon- tagnes, à la position dans des lieux ouverts ou enfoncés, enfin aux météores des diverses sortes. On n'a pas observé l'électromètre atmosphérique avec moins de patience, pour déterminer les rapports de l'élec- tricité naturelle avec toutes ces circonstances; mais ses accumulations subites dans les orages échappent à toutes les règles. L'état du magnétisme lui-même a été observé sous ce rapport : il y a des variations diurnes de l'aiguille ; il y en a d'annuelles ; il y en a qui correspondent avec certains .(1) Voye^ les Annuaires météoro de M. Delamarck. (2) Voye^, sur touscesgenresd'ob- j / vol, in-8, servatiarfs,rAtmosphërologiedeLam- padius, en allemand; Freybetg, 1S06, METEOROLOGIE. 119 météores. Les remarques de M. Cassini sur ce sujet sont' très-précieuses ; mais on n'entrevoit encore rien de positif qui explique les liaisons de ces différens phénomènes. On connoît aussi maintenant par des instrumens fort exacts la quantité d'eau qui tombe dans chaque pays et celle qui s'en évapore, ainsi que la direction ordinaire et la force des principaux vents. L'hygromètre, qui doit nous faire connoître l'humidité de l'air, étoit le plus important de tous ces instrumens, parce qu'il a les rapports les plus étroits avec les météores aqueux, qui sont ceux qui nous intéressent le plus : chacun sait à quel point il a occupé MM. de Saussure et Deluc. On y emploie, en général, une fibre organique, cheveu, filet d'ivoire, de plume, tranche d'un fanon de baleine ou autre ; l'humidité alonge ces corps , la sécheresse les raccourcit : on peut aussi employer des sels déliquescens, et peser l'humidité qu'ils ont attirée dans un temps donné; mais aucun de ces moyens ne donne la quantité absolue de l'eau, et, malgré tous les soins de ceux qui ont in- venté ou perfectionné ces instrumens, ils n'ont pu encore les rendre comparables. Le cyanomètre doit mesurer la transparence de l'air : c'est une bande colorée de diverses nuances de bleu , que l'on compare de l'œil avec le bleu du ciel. M. de Saussure l'a imaginé; mais son emploi n'est pas très-fréquent. L'eudiomètre , qui mesure la pureté de l'air ou la quan- tité de son oxigène, est au contraire d'un usage journa- lier, non-seulement en météorologie, mais encore dans toutes les opérations relatives à l'analyse des gaz. On peut y employer toutes les substances qui absorbent l'oxigène; 1*0 SCIENCES PHYSIQUES. mais il y a de grandes différences dans la perfection de cette absorption. Le gaz nitreux fut d'abord proposé par Priestley ; il fait la base de l'eudiomètre de Fontana. M. Volta emploie dans le sien la combustion du gaz hydrogène ; M. Achard et M. Seguin se servent du phosphore, dont l'action est prompte, mais tumultueuse; M. Berthollet préfère les sul- fures alcalins, qui paroissentabsorberleplus complètement, mais qui agissent avec lenteur : il semble cependant que les physiciens s'arrêtent à l'eudiomètre de Volta, quia d'ailleurs par-dessus tous les autres l'avantage de faire re- connoître la présence et la quantité de l'hydrogène. C'est par ces divers moyens , et par les travaux successifs et pénibles de MM. Cavendish, Beddoes, Berthollet, Hum- boldt, Gay-Lussac, &c. que l'on est arrivé à ce résultat singulier, que la composition gazeuse de l'atmosphère est la même sur tout le globe et à toutes les hauteurs. M. Cavendish a montré que les odeurs qui affectent si vivement nos sens , et les miasmes qui attaquent si cruellement notre économie, ne peuvent être saisis par aucun moyen chimique, quoiqu'il soit bien certain que ces moyens les détruisent. C'est encore une preuve entre mille de cette multitude de substances qui agissent à notre insu dans les opérations de la nature. Il est bien à regretter que l'on n'ait pas des observations à-Ia-tois assez anciennes et assez sûres pour constater s'il n'y a point, dans toutes ces variations, des périodes plus longues que celles qu'on a soupçonnées jusqu'à ce jour. Le magnétisme est peut-être de tous les phénomènes celui pour lequel cette recherche auroit le plus d'intérêt. Le METEOROLOGIE. m Le plus remarquable des faits relatifs à l'atmosphère, Pienrsatmos- sur lesquels l'époque actuelle a donné des lumières nou- p erisi uuilllHcux nuiiijyiïi- aussi les ouvidi^es yiu> Ul tans: leui énumération , et l'exposé | Charpentier, de Corn , &c. GEOLOGIE. 135 ainsi que leurs ouvrages élémentaires , ont commence à répandre dans notre nation le goût de la minéralogie, long-temps concentré en Allemagne et en Suède. Des cabinets ont été formés dans nos principales villes, et des voyages minéralogiques entrepris dans presque toutes nos provinces. Dès avant l'époque dont nous ren- dons compte , Gensanne et Soulavie avoient décrit le Languedoc, Besson les Vosges : nos mines de fer, prin- cipale richesse de la France en ce genre , avoient été examinées par Dietrich (1), et Picot- la- Peyrouse avoit décrit celles du comté de Foix (2); Palassou , et plus récemment M. Ramond , ont fait connoître en détail les Pyrénées (3). Le conseil des mines, établi en 175)3 , lorsque l'inter- ruption de tout rapport avec l'étranger fît sentir le besoin de tirer parti de notre territoire, a donné à ces sortes de recherches une impulsion toute nouvelle. Des ingénieurs envoyés par ses ordres dans les divers départemens en ont étudié la minéralogie; et les descriptions exactes d'un assez grand nombre, faites sur-tout par MM. Dolomieu , de Gensanne, Lefebvre, Duhamel fils, Baillet du Belloy, Héron de Villefosse, Cordier, Rosière, Hericard deThury, ont déjà été recueillies dans le Journal des mines (4). Nos mines de houille ont excité une vive attention , et (1) Description des gîtes de miné- rai des forges et des salines des Pyré- nées, par le B. de Dietrich; Paris , iy86 , 4 vol. in-S." (i) Traité sur les mines de fer et les forges du comté de Foix, par de la Peyrouse; Toulouse, iyS6, i v. in-S.° (3) Essai sur la minéralogie des Pyrénées; Paris , i~Si. Observations faites dans les Pyrénées, par Kamond ; Paris, 17b y , 1 vol. in-S.' (4) Cette collection a commencé en vendémiaire an 3 , et elle continue avec succès. L'Allemagne en a plu- sieurs d'analogues , telles que celles de M. de Moll, de M. de Hof, &c. 136 SCIENCES PHYSIQUES. MM. Duhamel père, Lefebvre , Gillet-Laumont , de Gensanne, se sont occupes avec succès de leur gisement, de leurs inflexions, des failles ou liions pierreux qui les interrompent, et de tous les détails de leur exploitation et de leur emploi. Les riches mines que le sort des armes a fait tomber au pouvoir de la France dans les départe- mens conquis, ont été examinées et décrites avec soin, et ont enrichi la science en même temps que l'Empire. Dans les anciennes provinces, on a découvert ou décrit diverses mines de métaux utiles aux arts , depuis ie mercure et le cuivre jusqu'au chrome et au manganèse , et de nombreuses carrières de pierres propres à tous les genres de constructions , depuis les marbres et les porphyres qui enrichissent nos palais, jusqu'aux briques insubmersibles dont on fabrique les fours des vaisseaux ; et parmi toutes ces recherches, il s'est rencontré une foule de minéraux qui, sans avoir encore d'utilité immédiate, appartiennent cependant au grand système de notre géo- graphie physique , et fournissent des matériaux précieux aux recherches de la chimie. Ainsi l'émeraude a été trouvée près de Limoges par Al. Lelièvre; la pinite, au Puy-de-Dôme, par M. Cocq; l'antimoine natif et oxidé, à AHemond, par M. Schreiber; l'urane oxidé, à Sémur, par M. Champeaux, et à Chan- teloup près Limoges. L'une des plus intéressantes de ces découvertes est celle d'une mine de fer chromaté faite dans le département du Var par M. Pontier, et dont nous avons parlé il n'y a qu'un moment (i). (i) On trouvera ces Mémoires et plusieurs autres dans le Journal des mines. Ces ncr aie GÉOLOGIE. 137 Ces descriptions minéralogiques des diverses contrées, Géologie gc- rapprochces et comparées, offrent plusieurs points de con- formité, qui doivent , par leur conformité même , tenir essen- tiellement à la structure de ia croûte du globe. La série de ces résultats communs, qui se retrouvent à-peu-près les mêmes par toute la terre , est ce qui constitue proprement la science de la géologie positive ou générale, laquelle, assignant les lois delà position respective des divers minéraux, est de la plus haute importance pour guider dans leur recherche. Comme à l'ordinaire, c'est l'intérêt qui a fourni les pre- miers traits du tableau; on a d'abord étudié les montagnes riches en filons métalliques, et on les a distinguées de celles dont les couches horizontales sont le plus souvent pauvres en métaux; c'est là qu'on en étoit venu vers le milieu du xviii. e siècle : bientôt on s'aperçut que les roches à fiions tiennent toujours de près aux roches plus compactes encore qui composent les chaînes de montagnes les plus élevées ; que les unes et les autres sont dépourvues de ces débris de corps organisés qui remplissent les couches ordi- naires ; enfin , que celles-ci , posées sur les flancs des pre- mières, doivent avoir été formées après elles. De là cette distinction fondamentale, en géologie, des ter- rains primitifs que l'on suppose antérieurs à l'organisation , et des terrains secondaires déposés sur les autres par les eaux, et fourmillant des débris de leurs productions organiques. Il paroît que Lehman et Rouelle sont les premiers qui aient classé nettement les terrains d'après ces idées (1). ( 1 ) On peut consulter sur l'histoire de la géologie , principalement dans le xvm. c siècle ,diffcrens articles du Dictionnaire de géographie physique de l'Encyclopédie méthodique , de M. Desmarets. Sciences physiques. 5 138 SCIENCES PHYSIQUES. Mais il restoit encore beaucoup de déveioppemens à leur donner : les terrains primitifs sont eux-mêmes de plusieurs sortes , et probablement de plusieurs âges ; et l'on peut encore moins méconnoître une longue succes- sion parmi les secondaires. Le granit et les roches analogues forment le massif qui porte tous les autres terrains , et qui les perce pour s'éle- ver en aiguilles, en crêtes ou en plateaux, dans la ligne moyenne des chaînes les plus hautes: sur leurs flancs sont couchés les gneiss, les schistes, et autres roches feuilletées, réceptacles ordinaires des filons métalliques, que recou- vrent à leur tour ou parmi lesquels se mêlent les divers marbres salins. Les couches de toutes ces substances sont brisées, relevées, désordonnées de mille manières. Voilà ce que M. Pallas a annoncé pour les montagnes de Russie; ce que MM. de Saussure et Dolomieu ont confirmé pour celles d'Europe; ce que M. Deluc a développé. Les Pyrénées paroissoient faire une exception à la règle; mais M. Ramond a montré que cette exception n'est qu'apparente, et tient seulement à ce que les schistes et les calcaires, du côté de l'Espagne, sont plus élevés que la crête granitique mitoyenne (i). M. Verner et ses élèves ont donné de bien plus grands détails touchant la superposition de ces terrains primitifs; mais peut-être ont-ils trop multiplié les classes, pour que leurs observations soient applicables dans leur entier à d'au- tres pays qu'à ceux qu'ils ont observés. M. Werner a donné aussi, dans sa Théorie des filons, un recueil intéressant ( ' ) Voyage au Mont-Perdu; Paris, 1S01 , i vol. iii-S.' GEOLOGIE. 139 d'observations sur la marche de ces fissures singulières, et a cherché à déterminer d'une manière précise l'âge des métaux, par la manière dont les filons se coupent; car . si, comme il le paroît, les filons ne sont que des fentes remplies après coup, ceux qui traversent les autres doivent leur être postérieurs (1). Les terrains secondaires sont moins faciles à observer que les primitifs : plus généralement horizontaux, il est plus rare d'en trouver des cpupes verticales un peu consi- dérables ; et leurs divers arrangemens n'ont pas , à beau- coup près, autant d'uniformité. On remarque cependant aussi, dans ce qu'on en connoît, un certain ordre de superposition. Les calcaires durs, remplis de cornes d'am- mon , les schistes et les charbons de terre marqués d'em- preintes de fougères ou de palmiers, les craies pleines de silex moulés en oursins ou de bélemnites spathiques , les calcaires grossiers, composés de coquilles plus sem- blables à celles de nos mers , se succèdent suivant de certaines lois. Des marnes , des sables , des gypses , les recouvrent cà et là, et recèlent pêle-mêle des coquilles roulées et des os de quadrupèdes , ou des empreintes de poissons. Ces immenses dépôts, sillonnés par les fleuves et par les rivières, interrompus par des traînées de laves ou d'autres produits volcaniques , complétés ou bordés par des terrains d'alluvion , couverts en beaucoup d'endroits d'une abondance de cailloux roulés , portant çà et là des débris évidens des terrains plus anciens , marques ([) Nouvelle théorie de la forma- tion des filons, &c. traduite de l'alle- mand , par M. Daubuisson ; Paris , 1802, S z , |c SCIENCES PHYSIQUES. - infaillibles de grandes rév< lutîons, constituent la partie la plus considérable de nos continens. Une foule Je détails attirent, dans ce grand ensemble, les regards et les réflexions de l'observateur. D'énormes blocs de pierres primitives, telles que des granits, sont épars sur les terrains secondaires, comme s'ils y eussent été lancés , et semblent indiquer de grandes éruptions. M. Deluc a beaucoup appuyé sur ce fait : M. de Buch a observé récemment que les blocs du nord de l'Allemagne ressemblent aux roches de la Suède et de la Laponie, et paraissent venir de cette région. Des amas de cailloux roulés occupent l'issue des grandes vallées , et paraissent annoncer de grandes débâcles. M. de Saussure a pris soin d'en citer plusieurs exemples. Quelquefois des couches de ces cailloux liés en pou- dingues sont relevées; preuve de bouleversemens posté- rieurs à quelques-unes de ces débâcles. On en voit des exemples jusqu'en Sibérie : M. Patrin en a décrit; M. de Humboldt en a trouvé en abondance dans la vaste plaine qu'arrose le fleuve des Amazones. En général, les terrains secondaires que l'on est obligé de supposer formés tranquillement et par voie de dépôt ou de précipitation, n'ont pas tous conservé leur position originaire : on en voit d'inclinés, de redressés, de déchi- rés , de bouleversés. M. Deluc a aussi le mérite d'avoir bien montré tous ces désordres (i). ( i ) Les lettres de M. Deluc à M. de la Métherie, recueillies dans le Journal de physique, années lySg , '73° > '7')' > tt les Lettres géologiques du même auteur à M. Blumenhach, Paris, iy$8 , i vol. in-S.°, contiennent l'exposé de ses idées particulières sur la théorie de la terre. GÉOLOGIE. i4j Les volcans sont une cause encore active de change- Vol. mens en certains points de la surface du globe; il étoit intéressant d'étudier leur manière d'agir , la nature et les caractères de leurs produits, le degré de chaleur avec lequel ces produits sortent du cratère, de chercher même à con- jecturer la profondeur du foyer d'où ils émanent, les causes qui peuvent y occasionner et y nourrir l'inflammation , et celles qui entretiennent la fusion des laves. Dolomieu (i) et Spallanzani sont ceux qui ont mis, dans ces derniers temps , le plus de suite à ce genre de recherches; ils ont recueilli l'un et l'autre et décrit avec beaucoup de soin les produits du Vésuve et de l'Etna. M. de Humboldt, en revenant de gravir les pics plus élevés et les volcans plus terribles encore qui hé- rissent la Cordiltière des Andes , a eu l'avantage de voir de près la dernière éruption du Vésuve. Le volcan de lile de la Réunion a fourni des observations précieuses à MM. Huber et Bory-Saint-Vincent. L'un des faits les plus remarquables qui paroissent avoir été constatés, c'est que le feu des volcans n'a pas, à beau- coup près, le haut degré de chaleur qu'on lui attribuoit. Dolomieu s'en est assuré, en examinant l'action de la lave sur les divers objets qu'elle enveloppa en 1798 , dans un village au pied du Vésuve; il a expliqué par-là comment elle a pu entraîner, sans les fondre, divers cristaux très- fusibles dont elle est souvent remplie. Cependant la lave (1) Voyage aux îles de Lipari , 178J ; Voyage aux îles Ponces, et Catalogue raisonné des produits de l'!.ti a, 1788 , et sur-tout ses derniers Mémoires dans les Journaux de phy- sique et des mines. Ajoutez à ces ou- vrages les Mémoires de M. Fleurian deBellevue, ceux de M. Dau buisson, et l'Essai de M. de Montlosier sur les volcans de l'Auvergne. iU SCIENCES PHYSIQUES, est très-fluide ; elle s'insinue jusque dans les plus petits interstices des corps : on a, de l'île de Bourbon, des troncs de palmiers dont toutes les fentes en sont remplies (c'est une des remarques de M. Huber ). Lorsqu'elle coule, elle bouillonne et répand au loin des vapeurs épaisses : ne s'enflammeroit-elle qu'au contact de l'atmosphère, et y iaisseroit-elle échapper quelque substance qui entretenoit la fusion à ce degré modéré de chaleur , comme l'ont soupçonné riirwàn et Dolomieu l La quantité de ces laves est énorme. A4M. Deluc ont cherché a taire voir que toute la masse des montagnes volcaniques est formée des produits mêmes de leurs érup- tions ; et le nombre des volcans a été autrefois bien plus considérable qu'aujourd'hui. C'est ce qu'on a reconnu, des qu'on a eu sur les laves modernes des notions suffisantes pour pouvoir les comparer avec les anciennes. M. Desmarets est un des premiers qui se soient occupés de ce genre de recherches ; il a fait connoitre sur-tout les volcans éteints de l'Auvergne; il est remonté à leurs cratères; il a suivi les traînées de leurs laves; il les a vues se fendre en piliers basaltiques; et c'est d'après ses observations que l'on a attribué long-temps à tous les basaltes , pierres assez semblables à certaine's laves , une origine volcanique. M. Faujas a fait des travaux semblables sur les volcans éteints du Vivarais(i); Fortis, sur ceux du Vicentin (2), &c. ( 1 ) Recherches sur les volcans éteints du Vivarais et du Velay ; Paris , 1778, 1 vol. in-fol. Minéralo- gie des volcans; Paris, i vol. in-S.° (2) Mémoires pour servir à l'his- toire naturelle, et principalement à l'oryctographie de l'Italie ; Paris , 1802, 2. vol. in-8." GÉOLOGIE. i43 Il paroît cependant que les terrains qui ont de la ressem- blance avec les laves , n'ont pas tous la même origine. Telles sont les roches nommées vakes; elles occupent de grandes étendues, dans certaines contrées de l'Allemagne; elles y sont bien horizontales, n'y tiennent à aucune élévation que l'on puisse regarder comme un cratère, reposent sou- vent sur des houilles très- combustibles , qu'elles n'ont point altérées : elles ne sont donc point volcaniques. M. Werner a bien démontré ces faits ; et une multitude de terrains ont été dépouillés, par suite de ses observa- tions, de l'origine qu'on leur attribuoit. Tout au plus resteroit-il l'opinion de Hutton et de M. James Hall, qu'ils ont été fondus en place, lors d'un échauffement général et violent éprouvé par le globe. La ressemblance de la pierre ne suffit donc plus pour faire croire à un volcan éteint ; il faut encore des traces d'éruption : mais , lorsque ces traces sont évidentes , on ne peut refuser de s'y rendre. Aussi des élèves distingués de M. Werner, MM. de Buch et Daubuisson, ont-ils re- connu la nature volcanique des pics de l'Auvergne. C'est en examinant ainsi les diverses contrées du globe, que l'on trouve que les volcans ont été autrefois infiniment plus nombreux qu'aujourd'hui : il y en a sur toute la lon- gueur de l'Italie ; et les sept montagnes de Rome sont les débris d'un cratère, selon M. Brerslak (i). Les bords du Rhin en sont hérissés ; on en voit en Hongrie , en Transilvanie, et jusque dans le fond de l'Ecosse. L'observation des volcans éteints a même donné des lumières sur la nature des volcans en général. Ainsi (\) Voyages dans la Campanie; Paris, /Soi , 2 vol. i/i-S," i44 SCIENCES PHYSIQUES. Doiomieu, en étudiant ceux de l'Auvergne, a cru s'aperce- voir que leur foyer devoit être sous un immense plateau de granit, que les produits de leurs éruptions couvrent main- tenant. C'est ainsi qu'on explique: >it ces pierres inconnues ailleurs, que tant de laves contiennent. 11 n'est cependant pas entièrement prouvé qu'il n'ait pas pu en cristalliser quelques-unes pendant que la lave étoit encore liquide. Au reste, quel qu'ait pu être le nombre des anciens volcans , ce ne sont pas eux qui ont bouleversé les autres couches. Il paroît bien prouvé, d'après les remarques de MM. Deluc , qu'ils n'ont pu exercer qu'une influence locale, en perçant ces couches, et en les recouvrant de leurs produits. La haute antiquité de quelques-uns est démontrée par les couches marines qui se sont formées dessus ou qui alternent avec leurs laves. Mais comment le feu des volcans peut-il être entretenu à ces profondeurs inaccessibles ! Pourquoi presque tous les volcans brûlans sont-ils à peu de distance de la mer? L'eau salée est-elle nécessaire à ces fermentations inté- rieures ? Est-ce d'elle que viennent les produits salins qui s'accumulent sur les bords des cratères, et dont on trouve encore quelques-uns dans les volcans éteints , comme M. Vauquelin l'a remarqué en Auvergne! Voilà des questions qui pourront long -temps encore occuper les physiciens. Alluvions. Les eaux courantes sont une autre cause de change- ment moins violente, mais aujourd'hui plus générale que les volcans. Elles entraînent les pierres , les sables et les terres des lieux élevés, et vont les déposer dans les lieux- bas , GÉOLOGIE. u, tas, quand elles perdent leur rapidité. De ià les alluvions des bords des rivières, et sur-tout de ieur embouchure; c'est ainsi que le Delta de l'Egypte s'est formé et s'accroît encore. La basse Lombardie, une partie de la Hollande, de la Zélande , n'ont point d'autre origine. Les terres ainsi formées sont les plus fertiles du monde : mais les inondations qui les créent , les dévastent aussi de temps en temps; et si on les enceint trop tôt par des digues, on les expose à rester trop au-dessous du niveau du fleuve : c'est le cas de la Hollande, qui, en beaucoup d'endroits, ne se dessèche qu'à force de machines. L'intérêt le plus pressant exigeoit donc qu'on étudiât cette branche de la géologie , pour trouver à-la-fois les moyens de profiter de ces terres nouvelles et ceux d'en éviter les inconvé- niens. Les philosophes l'ont étudiée par une autre raison: ils ont cru y trouver le plus sûr indice de l'époque ou nos continens ont subi leur dernière révolution. En effet, ces alluvions augmentent assez rapidement; et comme, dans l'origine, ils dévoient aller plus vite encore, leur étendue actuelle semble s'accorder avec tous les monu- mens de l'histoire, pour faire regarder cette révolution comme assez récente. MM. Deluc et Dolomieu sont en- core ceux qui nous paroissent avoir le mieux développé cet ordre de faits. Mais ce que les études géologiques ont offert de plus Fossile piquant , c'est , sans contredit , ce qui concerne ces in- nombrables restes de corps organisés dont fourmillent les terrains secondaires, et dont ils semblent même en- tièrement composés en quelques endroits. Sciences physiques. T ii6 SCIENCES PHYSIQUES. Depuis long- temps on avoit remarqué que les pro- ductions de la mer couvrent ainsi la terre ferme de leurs amas jusqu'à des hauteurs infiniment supérieures à celles qu'atteindroient aujourd'hui les plus terribles inon- dations. Un examen plus attentif avoit fait connoître que les productions qui couvrent chaque contrée ne sont presque jamais celles des mers voisines , et même qu'un grand nombre d'entre elles n'ont pu encore être retrouvées dans aucune mer. La même observation s'appliquoit aux dé- bris de végétaux et aux ossemens d'animaux terrestres. Un si grand aiguillon pour la curiosité a produit son effet. Les fossiles, les pétrifications, ont été recueillis de toute part ; et leurs descriptions commencent à former une grande série toute particulière, qui ajoute beaucoup d'espèces à celles des êtres connus pour vivans. M. Dela- marckest, dans l'époque actuelle, celui qui s'est occupé des coquilles fossiles avec le plus de suite et de fruit : ii en a fait connoître plusieurs centaines d'espèces nou- velles , seulement dans les environs de Paris (i). Les poissons fossiles des environs de Vérone ont été décrits et gravés avec magnificence par les soins de Al. de Gazola (2). Les végétaux fossiles ont été moins étudiés. II y en a dans des couches récentes d'assez semblables à ceux d'aujourd'hui. M. Faujas en a décrit plusieurs ; mais les houilles et les schistes en recèlent d'inconnus. M. le (1) Dans les dîfférens volumes des Annales du Muséum d'hist. naturelle. [î) lttiologia Veronese, in-fol. 11 n'en a encore paru qu'une foible partie , quoique toutes les planches soient prêles. GÉOLOGIE. i4 7 comte de Sternberg a donné récemment un Essai à leur sujet (i) ; on commence aussi à les recueillir et à les graver en Angleterre et en Allemagne. On peut citer, dans ce dernier pays, l'ouvrage de M. de Schlotheim. Parmi ces étonnans monumens des révolutions du globe, il n'y en avoit point qui dussent faire espérer des ren- seignemens plus lumineux , que les débris des quadru- pèdes , parce qu'il étoit plus aisé de s'assurer de leurs espèces, et des ressemblances ou des différences qu'elles peuvent avoir avec celles qui subsistent aujourd'hui ; mais comme on trouve leurs os presque toujours épars ,' et le plus souvent mutilés, il falloit imaginer une mé- thode de reconnoître chaque os , chaque portion d'os , et de les rapporter à leurs espèces. Nous verrons ailleurs comment M. Cuvier y est parvenu. Il a examiné les os en question d'après cette méthode , et il a recréé ainsi plusieurs grandes espèces de quadrupèdes dont il ne reste plus aucun individu vivant à la surface du globe. Les plàtrières des environs de Paris lui en ont seules fourni plus de dix qui forment même des genres nouveaux. Des terrains plus récens ont des os de genres connus, mais d'espèces qui ne le sont point. Ce n'est que dans les alluvions et autres terrains qui se forment encore journel- lement, que l'on trouve les os de nos espèces actuelles (2}. Presque toujours les os inconnus sont recouverts par des couches pleines de coquilles de mer. C'est donc (1) C'est aussi dans les Annales du Muséum que MM. Faujas et de bternberg ont publié leurs Mémoires. (2) Les Mémoires de M. Cuvier sur la réintégration des espèces per- dues de quadiupèdes, ne sont encore que dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle. T 2 ,48 SCIENCES PHYSIQUES. quelque inondation marine qui en a anéanti les espèces ; mais l'influence de cette révolution, à cause de sa nature même, ne s'est peut-être pas exercée sur tous les animaux marins. Il est cependant indubitable que les couches les plus profondes , et par conséquent les plus anciennes parmi les secondaires, fourmillent de coquilles et d'autres pro- ductions qu'il a été jusqu'à présent impossible de retrouver dans aucun des parages de l'Océan; et comme les espèces semblables à celles qu'on pêche aujourd'hui, n'existent que dans les couches superficielles , on est autorisé à croire qu'il y a eu une certaine succession dans les formes des êtres vivans. Les houilles ou charbons de terre paraissent aussi être d'anciens produits de la vie : ce sont probablement des restes de forêts de ces temps reculés, que la nature semble avoir mis en réserve pour les âges présens. Plus utiles qu'aucun autre fossile , ;Ues dévoient naturellement attirer de bonne heure l'attention. Leur profondeur et la nature des couches pierreuses qui les renferment , annoncent leur antiquité; et les espèces toutes étrangères de plantes qu'elles recèlent , s'accordent avec les fossiles animaux , pour prouver les variations que l'organisation a subies sur la terre. Il n'est pas jusqu'à l'ambre jaune qui ne recèle des insectes inconnus, et qui ne se trouve quelquefois dans des fentes de bois fossiles qui ne le sont pas moins. A la vue d'un spectacle si imposant, si terrible même, que celui dé ces débris de la vie formant presque tout le sol sur lequel portent nos pas, il est bien difficile GÉOLOGIE i4 9 de retenir son imagination et de ne point hasarder quelques conjectures sur les causes qui ont pu amener de si grands effets. Aussi, depuis plus d'un siècle, la géologie a-t-elle été si fertile en systèmes de ce genre , que bien des gens croient qu'ils la constituent essentiellement, et la regardent comme une science purement hypothétique. Ce que nous en avons dit jusqu'à présent , montre qu'elle a une partie tout aussi positive qu'aucune autre science d'observation; mais nous croyons avoir montré en même temps que cette partie positive n'est point encore assez complète, qu'elle n'a point encore assez recueilli de faits pour fournir une base suffisante aux explications. La géologie explicative, dans l'état actuel des sciences, est encore un problème indéterminé dont aucune solution ne l'emportera sur les autres , tant qu'il n'y aura pas un plus grand nombre de conditions fixées. Les systèmes ont eu cependant le mérite d'exciter à la recherche des faits, et nous devons, a cet égard , de la reconnoissance à leurs auteurs. On connoît depuis long-temps ceux de Woodwards ,' de Winston, de Burnet , deLeibnitz, de Scheuchzer : conçus avant qu'on eût aucune notion détaillée de la structure du globe, ils ne pouvoient soutenir un examen sérieux. Le premier système de Buffon les éclipsa tous par la manière éloquente dont il fut présenté : il excita un enthousiasme général, et produisit en quelque sorte des observateurs dans chaque coin de la terre. On lui fut donc réellement redevable des observations mêmes qui le détruisirent. Le deuxième du même auteur, présenté avec plus d'art encore dans ses Epoques de la nature, i 5 o SCIENCES PHYSIQUES. \int trop tard pour avoir même un succès momentané. Le véritable esprit d'observation , la recberche des faits positifs, animoient tous les naturalistes; et Ton peut dire que dès-lors ceux qui ont proposé leurs idées sur ces grands sujets , sont plutôt des génies spéculatifs , de hardis contemplateurs, que des observateurs philosophes. Les conséquences les plus incontestables des faits au- raient déjà île quoi effrayer les esprits habitués à la marche rigoureuse, ou, si l'on veut, timide, que les sciences suivent aujourd'hui. La diminution primitive des eaux, leurs retours répétés , les variations des produits qu'elles ont déposés , et qui tonnent maintenant nos couches ; celles des êtres organisés , dont les dépouilles remplissent une partie de ces couches ; la première origine de ces mêmes êtres : comment résoudre de pareils problèmes , avec les forces que nous connoissons maintenant à la nature! Nos érup- tions volcaniques, nos atterrissemens, nos courans, sont des agens bien foibles pour de si grands effets : aussi n'est-il rien de si violent qu'on n'ait imaginé. Selon les uns , des comètes ont choqué la terre , ou l'ont consumée, ou l'ont couverte des vapeurs de leur queue ; d'autres ont supposé que la terre est sortie du soleil, ou en verre liquide, ou en vapeur; on a placé dans son intérieur, des abîmes qui se seroient affaissés successivement, ou l'on en a fait sortir des émanations qui s'en échappoient avec violence: on est allé jusqu'à croire que sa masse a pu se former de la réunion des fragmens d'autres planètes. Quelque talent, quelque force d'esprit qu'il ait fallu pour imaginer ces systèmes, et pour les faire cadrer avec les faits , nous ne pou v ons les placer dans ce tableau des progrès des sciences : GEOLOGIE. iji ils tendent plutôt' à en contrarier la véritable marche, en laissant croire que l'on peut se dispenser de continuer les observations dans une matière si importante , et cepen- dant à peine effleurée (i). L'histoire naturelle des corps vivans offre encore des Histoire na- i n t . ,. il i • turelledes corps problèmes bien autrement compliques que celle des mi- vivans. néraux, quoique les objets en soient continuellement sous nos yeux , et que l'esprit n'ait aucune conjecture à former sur leur état précédent. Dans les minéraux, il n'existe qu'une donnée de forme; celle delà molécule primitive, d'où tout le reste se laisse déduire. Dans les corps vivans , il faut recevoir comme des données indispensables , la forme générale de l'ensemble et les moindres détails des formes des parties : rien n'en explique l'origine , et fa génération est encore un mystère sur lequel tous les efforts humains n'ont rien obtenu de plausible. Les minéraux n'offrent qu'une composition constante et homogène dans chaque espèce , et des masses qui restent en repos tant qu'elles ne sont point altérées dans l'ordre de leurs élémens. Dans les corps vivans , chaque- partie a sa composition propre et distincte ; aucune de leurs molécules ne reste en place ; toutes entrent et sortent ( i ) L'exposé historique le plus complet qui ait paru en françois , des systèmes divers imaginés par les géologistes, se trouve dans la Théorie de la terre , de M. de la Métherie; Paris, îygy , j vol. in-8." ; ouvrage qui contient aussi le recueil le plus méthodique des faits dont la géologie se composoit à l'époque où il a été publié. Il faut y joindre ceux de MM. de Marschall , Bertrand , La- marck , André de Gy , Faujas de Saint- Fonds, et autres qui ont para depuis cette époque. iji SCIENCES PHYSIQUES, successivement : la vie est un tourbillon continuel, Jont (a direction , toute compliquée qu'elle est, demeure cons- tante, ainsi que l'espèce des molécules qui y sont entraî- nées , mais non les molécules individuelles elles-mêmes ; au contraire, la matière actuelle du corps vivant n'y sera bientôt plus, et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens qu'elle. Ainsi la forme de ces corps leur est plus, essentielle que leur matière, puisque celle-ci change sans cesse , tandis que l'autre se conserve, et que d'ailleurs ce sont les formes qui constituent les différences des espèces , et non les combinaisons de matières , qui sont presque les mêmes dans toutes. En un mot, la forme, dont l'influence ctoit nulle dans l'histoire de l'atmosphère et des eaux , qui n'avoit qu'une importance accessoire en minéralogie, devient , dans l'étude des corps vivans, la considération dominante, et y donne à l'anatomie un rôle tout aussi important que celui de la chimie ; et ces deux sciences deviennent les instrumens nécessaires et simultanés de toutes les recherches dont il nous reste à parler. Histoire gé- L E p rem i el point qui nous frappe dans l'étude de la neralcdesfonc- * ' l ' ' tions et de la vie, c'est cette force des corps organisés pour attirer dans structure des i eur tourbillon des substances étrangères, pour les y rete- corps vivans. o ' ' , (Physiologie.) nir pendant quelque temps après se les être assimilées, pour distribuer enfin ces substances devenues les leurs dans toutes leurs parties , selon les fonctions qui doivent s'y exercer. Ce pouvoir présente trois objets d'étude. Il faut voir quelles PHYSIOLOGIE. 153 quelles matières ces êtres attirent, et ce qu'ils en rejettent. Le résidu formera leur matière propre : c'est la partie chi- mique du problème. Il faut décrire ensuite les voies que ces matières tra- versent depuis leur entrée jusqu'à leur sortie : c'est la partie anatomique. Il faut examiner, enfin, par quelles forces ces matières sont attirées , retenues, dirigées et expulsées : on peut nommer cette recherche la partie dynamique , ou propre- ment physiologique, La partie chimique n'a été résolue que dans cette pé- ranie chï- riode ; mais elle l'a été à-peu-près complètement. mictue. T , , ... / j 1 Chimie né. Les végétaux, essentiellement composes de carbone, nir ^ c Ali corps d'hydrogène et d'oxigène , ainsi que nous avons vu que l'a vivant consi - découvert Lavoisier , n ont besoin que deau et d acide ensemble. carbonique pour se nourrir : les terreaux et fumiers leur Végétaux. sont plus ou moins utiles, mais non pas nécessaires. Les expériences de MM. Sennebier (1), Théodore de Saus- sure (2) et Crell (3), le mettent hors de doute. Us ont élevé des plantes dans du sable , avec de l'eau pure et de l'air atmosphérique ; et M. Crell a fait porter graine aux siennes. Les plantes décomposent donc l'eau et l'acide carbo- nique , pour mettre le carbone et l'hydrogène plus ou moins à nu , et former par leurs diverses proportions tous leurs principes immédiats. C'est ce qui arrive en effet par l'intermède de la lumière , qui leur enlève leur (2) Ouvrage déjà cite sur la végé- tation. (3) Mémoire manuscrit. Sciences physiques. V ( 1 ) Physiologie végétale , par M. Sennebier; Genève , an S , j vol. in- 8.' ij4 SCIENCES PHYSIQUES. oxigène surabondant, d'après les expériences de Priestley et d'Ingenhous (i). Sans la lumière , elles restent aqueuses et blanches. Voilà pourquoi elles exhalent de l'oxigène pendant le jour; mais, pendant la nuit, elles en ab- sorbent, ainsi que M. Théodore de Saussure l'a fait voir: il paroît que c'est pour réduire en acide carbonique le carbone qu'elles ont pompé en nature , et qui ne peut contribuer à leur nutrition qu'après avoir subi cette mé- tamorphose. Al. de Crell (2), et en France M. Braconnot (3) , vont plus loin encore dans le pouvoir qu'ils attribuent aux plantes; ils assurent qu'ils en ont fait croître sans leur fournir la moindre parcelle d'acide carbonique. Elles com- poseroient donc le carbone de toutes pièces; ce qui serait une des découvertes les plus importantes que l'on pût ajouter à la théorie chimique : mais on est loin de trouver encore les expériences de ces chimistes concluantes. Le reste des matériaux des plantes, les terres, les alca- lis , &c. leur est apporté avec la sève. M. Théodore de Saussure l'a montré en détail pour chacun d'eux. Il a fait voir aussi, par beaucoup de belles expériences, qu'elles absorbent les substances qui ne leur conviennent pas, lors- que celles-ci sont dissoutes dans l'eau qui les nourrit , mais quelles les rejettent avec les parties qui tombent. La marche générale de la végétation consiste donc à reproduire des substances combustibles; et elle en accu- mule , en effet, par-tout où ni les animaux ni le feu ne \iennent les consommer. De là ces couches immenses de (1) Expériences sur les végétaux ; I (2) .Mémoire manuscrit. Paris, tySy - iySç) , 2 vol in-S.° (3) Annales de chimie. PHYSIOLOGIE. 155 terreau qui se forment dans les îles désertes et dans les forets non exploitées. L'animalisation suit une marche opposée; elle brûle Animaux. les substances susceptibles d'être brûlées. Le caractère commun des principes immédiats des animaux est une sura- bondance d'azote. Ils se nourrissent tous de végétaux, ou d'animaux qui s'en étoient nourris. Le composé végétal est donc la base du leur ; mais l'hydrogène et le carbone leur sont en partie enlevés par la respiration , au moyen de l'oxigène qui agit sur leur sang : leur azote, de quelque part qu'ils l'aient reçu , leur reste ; il doit donc prédo- miner à la longue. Cette marche a été bien développée par M. Halié (1). Ainsi la végétation et l'animalisation sont des opéra- tions inverses : dans l'une , il se défait de l'eau et de l'acide carbonique ; dans l'autre, il s'en refait. C'est ainsi que la proportion de ces deux composés est maintenue dans l'atmosphère et à la surface du globe. La respiration animale est donc une combustion : aussi produit-elle de la chaleur , quand elle est assez abondante et assez vive. Sa théorie, prise ainsi en général, est le résultat des vues successives de Mayow, de Willis, de Crawford et de Lavoisier (2). Sa nécessité, même dans les dernières classes des ani- maux , se démontre par les expériences multipliées de (1) Annales de chimie, tome XI , brutorum de Willis , celui de la cha- p, ,jS. leur de Crawford ; et le Mémoire de (2) Voyez ' es ouvrages cités à l'ar- Lavoisier sur la respiration, Acade- ticle des Ga^, le Traité de la respira- mie des sciences, année 1777 , p-'o^ , lion de Mayow , le Traité de anima réimpr. dans sa collection posthume. V 2 Chimie par- ticulière des sé- crétion?. 156 SCIENCES PHYSIQUES. Spallanzani (i), de M. Vauquelin (2) et de plusieurs autres physiciens. Elle ne s'exerce pas dans le poumon seulement : dans tous les points du corps où des vaisseaux sanguins sont en contact avec l'air, le sang respire plus ou moins, c'est-à-dire qu'il produit de l'eau et de l'acide carbo- nique. Les dernières expériences de Spallanzani et de M. Sennebier le prouvent , et nous verrons ailleurs qu'elles donnent ainsi la clef d'une foule de phénomènes. Il n'est pas jusqu'au canal intestinal où M. Erman (3) vient de montrer que certains poissons exercent aussi une sorte de respiration. Le reste des matériaux élémentaires des animaux vient de leurs alimens. Quant à cette répartition des matériaux élémentaires des corps vivans dans leurs diverses parties, selon cer- taines proportions, pour former leurs principes immédiats tels qu'ils doivent se trouver dans chaque organe pour que ceux-ci puissent remplir leurs fonctions , c'est ce que l'on nomme sécrétions. On ne s'est fait encore de leur mécanisme que des idées très-obscures : les uns supposent pour chaque sécré- tion une sorte de crible ; les autres, quelque tissu qui attire par voie d'affinité: il en est qui , avec plus de raison, y font coopérer tout l'appareil des forces vitales. Ce que l'on peut dire dégénérai, c'est que la sécrétion tient à (1) Mémoires sur la respiration , et rapports de l'air avec les êtres orga- nisés, par Spallanzani, trad. par Sen- nebier; Genève, i8oj-i8o 7l j. v . in-S." (2) Annales de chimie, tome XII , p. 2 7 j. (3) Mémoire manuscrit adressé à l'Institut, PHYSIOLOGIE. i i7 la forme primitive de chaque organe , et par conséquent à celle du corps. Chaque organe a pour sa part, comme le corps entier, le pouvoir d'attirer et de rejeter les subs- tances qui sont à sa portée, comme il convient à sa na- ture. On peut donc faire, pour chaque organe, ce que l'on fait pour le corps entier. On peut examiner, par exemple, ce qui entre dans le foie, ce qui en sort, et ce qui y reste : mais il est sensible qu'il faudrait ici connoître avec rigueur, non-seulement la composition générale des prin- cipes animaux, mais la proportion particulière de chaque principe séparé; et nous avons vu plus haut que, dans ces différences minutieuses, la chimie nous abandonne. Voilà pourquoi la théorie des sécrétions partielles se réduk encore à des généralités un peu vagues, même dans sa partie purement chimique. Au reste , il s'en fait dans les deux règnes : les sucs propres qui occupent des cellules particulières le long des branches et des tiges des végétaux , ceux qui abreuvent le tissu des fruits , peuvent être comparés aux diverses humeurs lo- cales des animaux ; mais on n'en connoît pas si bien l'usage. La partie anatomique du problème général de la vie Partie anato- est résolue depuis long-temps pour les animaux, au moins 1 . Anatomiegc- pour ceux d entre eux qui nous intéressent le plus. Les nérale. voies que les substances y parcourent, sont connues; les Animaux. premières , ou celles de la digestion , depuis bien des siècles ; les secondes, ou celles de i'absorption , depuis Pecquet , Rudbeck et Ruysch ; les troisièmes, ou celles de la circu- lation, depuis Harvey. Les travaux des anatomistes Anglois et Italiens sur le système lymphatique, portés à la plus i,-8 SCIENCES PHYSIQUES, grande perfection dans le bel ouvrage de M. Mascagni (i), qui appartient encore à notre période actuelle, ont achevé tout ce qui restoit à dire à cet égard. Les routes du chyle et du sang sont maintenant évidentes; l'oeil en suit tous les détours, et rencontre par-tout des valvules ou d'autres indices qui lui en marquent ia direction; il aperçoit aussi commentées routes, si compliquées dans l'homme, se simplifient par degrés dans les animaux intérieurs, et finissent par se réduire à une spongiosité uniforme. Les recherches de M. Cuvier (2) ont achevé d'assigner à chaque animal sa place dans la grande échelle des complications de structure. Végétaux. J| n ' en est p as entièrement ainsi des végétaux ; leur structure anatomique laisse quelque incertitude sur les routes de la nutrition , précisément à cause de sa sim- plicité. On sait aujourd'hui par les recherches d'Ingenhous, de MM. Sennebier, Decandolle, que la fonction essen- tielle des plantes, le dégagement de l'oxigène, se fait dans toutes leurs parties vertes , et principalement dans leur cime. Des recherches plus anciennes, et sur-tout celles de Bonnet, avoient montré qu'indépendamment de l'absorp- tion des racines, il s'en fait aussi une par la cime, et particulièrement dans les arbres par la face inférieure des feuilles , dont la quantité dépend de l'humidité de l'air (3). ( 1 ) Vasorum lymphaticorum corpo- r'is humant historia et ichnograj'l:ij ; Sienne, 1789, 1 vol. in-fol. (a) Dans ses Leçons d'annt. comp. (3) Dans son Traite des usages des feuilles. PHYSIOLOGIE. , 59 Il se fait déjà une préparation lors de cette première entrée; car les sèves des diverses plantes sont des liquides assez compliqués et assez differens entre eux , comme M. Vauquelin (i) s'en est assuré. M. Théodore de Saussure a vu, de son côté, que la plante n'admet point les parties les plus grossières que contient l'eau dans laquelle on la plonge (2). On sait , par des expériences assez anciennes aussi , multipliées et constatées par Duhamel, que l'accroissement du tronc et de la racine dans les arbres et les plantes vivaces ordinaires se fait par des couches de fibres ligneuses, qui se développent et s'interposent à l'extérieur entre le vieux bois et l'écorce. Il paroît , d'après les observations de M. Link (3), qu'il s'en développe également autour de la moelle, du moins jusqu'à ce que celle-ci ait entièrement disparu par la compression des couches extérieures. M. Desfontaines (4) a fait cette découverte, l'une des plus belles et des plus fécondes dont notre période ait enrichi la physiologie végétale, que, dans les arbres ef plantes monocotylédones, le développement des nouvelles nbres ligneuses se fait par une interposition générale qui a lieu sur-tout vers le centre. Nous verrons ailleurs com- ment ce fait, ainsi généralisé, est devenu l'une des bases les plus solides de la division méthodique des plantes. On sait que si on lie un tronc ou qu'on enlève un anneau de son écorce , il grossit au-dessus de la ligature, (1) Voye^ son Mémoire cité plus haut, sur l'analyse de la sève. (2) Dans ses Recherches chimiques sur la végétation; Paris, iSoj, 1 vol. in-8.' (3) Ëlémens de Panatomie et de la physiologie végétale, en allemand; Gott. iSoy , în-S.' (4) Mémoires de l'Institut, Sciences math, et phys. t, 1 , p. 478. \6o SCIENCES PHYSIQUES, et non au-dessous; ce qui montre que l'accroissement en grosseur se fait par des sucs qui descendent par l'écorce et entre l'ccorce et le bois. Une branche ainsi préparée fleurit plutôt et porte de plus beaux fruits, parce que les sucs y sont retenus : c'est une observation de Lancrit , devenue fort utile en agriculture. Il n'en est pas moins certain que la sève monte avec une grande force, sur-tout au printemps; et des expé- riences récentes de feu Coulomb (i), confirmées par d'autres de M. Cotta (2) et de M. Link, ont montré que c'est principalement vers l'axe de l'arbre qu'elle monte , entraînant beaucoup d'air avec elle. Il semble donc qu'elle doit produire , en montant ainsi vers l'axe, l'accroissement en longueur, étendre les feuilles, et, après y avoir subi l'action de l'air et de la lumière, redescendre sous l'écorce pour grossir le tronc en y déve- loppant les nouvelles fibres. Mais , quand on enlève un morceau d'écorce , le bois mis à nu paroît faire suinter un liquide qu'on a nommé camhïum , et que l'on croit donner le nouveau bois. Il y auroit donc aussi une marche des sucs dans le sens hori- zontal en rayonnant; et en effet, les rayons médullaires, ou ces suites de cellules qui vont entre les fibres , du centre vers la circonférence, semblent indiquer cette route. D'un autre côté, on ne voit point qu'aucune partie de l'arbre soit nécessaire au maintien du reste : il y a des (i) Jour. dephys. t. XLIX , p.jpi. (2) Observations sur les mouve- mens et les fonctions de la sève dans les végétaux , et sur-tout dans les vé- gétaux ligneux.cn allemand; U ehnar, 1S06 , in-+.' troncs PHYSIOLOGIE. 161 troncs dont les trois quarts du pourtour et tout l'intérieur sont enlevés , et qui n'en produisent pas moins chaque année des Heurs et des fruits. On peut couper transversalement des portions de la largeur d'un tronc à différentes hau- teurs, de manière qu'aucun vaisseau ne reste entier, et l'on n'arrête pas pour cela la végétation : c'est une expé- rience très-concluante de Duhamel, répétée encore récem- ment par M. Cotta. Les recherches intéressantes de M. Mirbel (1) sur l'ana- tomie des végétaux éclairassent une partie de ces faits ; il a trouvé tout ce que l'on nomme vaisseaux dans les plantes percé de trous latéraux : toutes les parties du végétal peuvent donc se communiquer librement leurs sucs. Ainsi, quoique la direction des vaisseaux de chaque partie ouvre à ces sucs une marche plus facile dans un certain sens , quoique les vaisseaux soient plus abondans vers l'axe où se fait la plus forte ascension, quoiqu'ils soient plus nom- breux et plus ouverts dans les parties qui se développent plus vite, comme les fleurs , il est clair aussi que les sucs peuvent se détourner plus ou moins quand ils sont arrêtés par quelque obstacle; ou plutôt, à parler rigoureusement, il n'y a pas de vaisseaux dans le sens ordinaire de ce mot , c'est-à-dire , parfaitement clos, et qui fie communiqueraient (1) Traité d'anatomie et de physio- logie végétales, Paris , 2 vol. in-8.', an 10 , et plusieurs Mémoires dont les extraits sont imprimés dans les Annales du Muséum d'histoire na- turelle. Comparez à ces ouvrages de M. Mirbel, ceux de MM. Link et Cotta , que nous venons de citer, celui de M. Treviranus, intitulé, de la Structure des végétaux, Gott. 1S06, in-8.°, et celui de M. Rudolphi sur l'anatomie des plantes, Berlin , iSoy , in-S. a , tous deux en allemand. J'tyfj enfin l'Exposition et Défense de la théorie de l'organisation végétale , de M. Mirbel , en français et en allemand; la Haye, 1S0S , 1 vol. in-8,' Sciences physiques. X iéa SCIENCES PHYSIQUES. que par des anastomoses : aussi ne sont-ils point divisés en branches et en rameaux , mais rassembles en faisceaux parallèles. Les végétaux, même les plus parfaits, ressembleraient donc , jusqu'à un certain point , aux animaux zoophytes. II v en a qui leur ressemblent plus exactement encore, en ce qu'ils n'ont pas même ces apparences de vaisseaux tractes dans leur cellulosité ; ce sont les algues et certains champignons. MM. Mirbel et Decandolle ont bien fait connoître cette extrême simplicité de leur structure. An.it. mie par. Comme il y a une recherche chimique particulière à ctilière des or- r . , . , . . e . anes faire sur les sécrétions de chaque organe , on peut taire Animaux. aussi des recherches anatomiques sur les inflexions parti- culières qu'y prennent les vaisseaux, ou les autres éiémens généraux du tissu organique ; en un mot , sur la structure propre de ces organes. Cette anatomie spéciale des organes laissoit plus à faire dans les deux règnes que l'anatomie générale, et a fourni, dans la période actuelle, des découvertes plus nombreuses. Le plus grand nombre appartient aux animaux. L'homme lui-même en a offert quoique l'on dût peu s'y attendre après trois siècles de recherches continues sur son anatomie. M. Sccmmering (i) a eu le bonheur de trouver dans le centre de la rétine de l'ccil une tache jaune, un pli saillant et un point transparent qui avoient échappé à ses prédécesseurs. On en ignore l'usage ; mais on sait déjà que les seuls quadrumanes parmi les animaux partagent avec l'homme cette singularité. (') K«Kjses excellentes figures de l'organe de la vue ; Francfort, in fol. PHYSIOLOGIE. . sur toutes ces ques- tions, les ouvrages cités plus haut de MM. Mirbel, Link , Treviranus , Rudolphi; voyei aussi les Principes de botanique placés en tête de la nou- velle édition de la Flore Françoise par M. Decandolle. ; ■. 168 SCIENCES PHYSIQUES, mais en même temps il a fait voir que ces différens vais- seaux ont les mêmes fonctions , et que souvent un seul et même tube a ces diverses structures en différentes par- ties de sa longueur; il paroit même qu'ils se changent les uns dans les autres. \ eaux Beaucoup de plantes produisent des sucs colores ou autrement caractérises, appelés sucs propres , que quelques botanistes ont regardés comme des analogues du sang, et par conséquent comme les véritables fluides nourriciers, considérant seulement la sève comme l'analogue du chyle non encore préparé : on supposoit que les vaisseaux qui les contiennent s'étendent régulièrement d'une extrémité du végétal à l'autre , et on leur attribuoit dans ces vaisseaux une marche descendante. MM. Treviranus et Link ont trouvé que ces sucs ré- sident dans de simples cellules ; et ils ont confirmé par-là l'opinion contraire à la précédente, qui en fait des liqueurs particulières produites par sécrétion , et par conséquent extraites du suc nourricier, mais ne le constituant pas. Ces cellules ne sont même pas toujours remplies ni visibles à tous les âges de certaines plantes. Moelle. La moelle, ou cette cellulosité lâche qu'on observe dans l'axe de beaucoup de plantes, avoit été comparée à la moelle des os ou à celle de l'épine. Linneus lui faisoit jouer un grand rôle dans le développement du végétal. On sait aujourd'hui , par les recherches de Medicus , et plus récemment parcelles de M. Mirbel, que c'est un simple tissu cellulaire dilaté, et formant ce que ce dernier bota- niste nomme des lacunes , ordinairement remplies d'air. M. du Petit -Thouars l'a considérée comme le réservoir de PHYSIOLOGIE. i6 9 de la nourriture des bourgeons (i); mais il pense aussi qu'après l'éruption des feuilles elle n'a plus de fonction à remplir. La structure de la fleur a encore été l'objet des re- cherches de M. Mirbel : il a montré comment les vaisseaux passent du pédicule dans les différentes enveloppes et jusqu'au placenta, c'est-à-dire, aux petites attaches des graines. M. Turpin (2) a cru reconnoître la voie par laquelle la fécondation des graines s'exécute. C'est un petit canal qui descend du pistil et pénètre jusqu'à la graine ; il le nomme mïcropyle. Nissole avoit anciennement avancé cette opinion; mais on l'avoit entièrement oubliée. L'anatomie particulière de la graine a été faite avec beaucoup de soin, et presque en même temps, par feu Giertner (3) et par M. de Jussieu (4) ; ils ont sur-tout appelé l'attention sur un corps que le premier nomme albumen , et le second , périsperme , et qui se trouve dans beaucoup de graines indépendamment des enveloppes ordinaires et des parties connues du germe. Sa nature varie beaucoup; c'est lui, par exemple, qui est farineux (1) Dans une suite de Mémoires qui vont bientôt paraître, et où l'au- teur établit un nouveau système sur la végétation. Son idée principale consiste à regarder les fibres ligneuses de chaque couche comme les racines des bourgeons : selon lui , à mesure que le bourgeon se développe , ses racines descendent et enveloppent le tronc d'une nouvelle couche de bois. (2) Annales du Muséum d'histoire naturelle. Sciences physiques. (3) Vyytl ' a Carpologie de Gaert- ner, ouvrage éminemment classique, 2 vol. in-j..' , que le fils de ce grand observateur continue avec zèle. (4) Dans son Gênera plantarum ; Paris, 1789, 1 vol. 111-8. Depuis la présentation de ce Rap- port , M. Richard a publié, sur la structure du fruit, un petit ouvrage où il y a des vues intéressantes; Ana- lyse du fruit, Paris, iSoz, 1 vol. in-12. ija SCIENCES PHYSIQUES. dans les céréales, corné dans les rnbiacées , et sur-tout dans le café, charnu dans les ombellifères, Sic. : mais on n'a sur son usage que des idées incertaines. Gœrtner distinguent encore une petite partie qu'il nommoit vitellus , mais qui n'est, selon M. Correa, qu'un appendice dilaté de la radicule. Partie phy- Il nous reste à traiter de la partie dynamique du grand problème de la vie , ou des forces qui produisent les Pl'-ysio'ociie i r i • • 1 1 générale " mouvemens nombreux dont nous avons dit quelle se compose. C'est, en effet, s'en (aire une idée fausse, que de la considérer comme un simple lien qui retiendrait ensemble les élémens du corps vivant, tandis qu'elle est,, au contraire , un ressort qui les meut et les transporte sans cesse : ces élémens ne conservent pas un instant les mêmes rapports et les mêmes connexions, ou , en d'autres termes, le corps vivant ne garde pas un instant le même état ni la même composition; plus sa vie est active, plus ses échanges et ses métamorphoses sont continuels ; et le moment indivisible de repos absolu , que l'on appelle la mort complète , n'est que le précurseur des mouvemens nouveaux de la putréfaction. C'est ici que commence l'emploi raisonnable du terme de forces vitales : pour peu que l'on étudie en effet les corps vivans , on ne tarde point à s'apercevoir que leurs mouvemens ne sont pas tous produits par des chocs ou des tiraillemens mécaniques , et qu'il faut qu'il y ait eu eux une source constante productrice de force et de mouvement. Animaux. L'exemple le plus évident est celui des mouvemens volontaires des animaux : chaque ordre, chaque caprice PHYSIOLOGIE. 171 de leur volonté, produit à l'instant dans leurs muscles une contraction que le calcul prouve être infiniment supé- rieure à tous les agens mécaniques imaginables. La chimie moderne nous montre, à la vérité, beaucoup d'exemples de mouvemens spontanés .'rès-violens dans les dégagemens de chaleur ou de fluides élastiques qui résultent du jeu des affinités ; mais tous les efforts des physiologistes n'ont point encore réussi à faire de cet ordre de phénomènes une application positive aux con- tractions de la fibre. Si, comme on est presque obligé de le penser , l'entrée ou le départ de quelque agent l'occa- sionne, il faut que cet agent soit non-seulement impon- dérable ,. mais encore entièrement insaisissable pour nos instrumens et imperceptible pour nos sens. L'espoir que pouvoient donner à cet égard les expériences galvaniques,' s'est évanoui , depuis qu'on n'a vu dans l'électricité qu'un agent d'irritation extérieur. On peut donc légitimement considérer i'jrrùabilité mus- culaire comme un fait jusqu'à présent inexplicable, ou qui ne se laisse réduire encore ni à l'impulsion ordinaire ni même à l'attraction moléculaire, si ce n'est d'une manière vague et générale. On peut donc aussi adopter ce fait comme principe; et l'employer en cette qualité pour l'explication des effets de détail qui en dérivent. C'est ce que l'on a fait ; et l'on n'a point tardé à re- connoître que cette irritabilité de la fibre produit non- seulement les mouvemens extérieurs et volontaires, mais qu'elle est encore le principe de tous les mouvemens intérieurs qui appartiennent à la vie végétative et sur Y 2 i 7 2 SCIENCES PHYSIQUES, lesquels la volonté n'a point d'empire , des contractions des intestins, de celles du cœur et des artères, véritables agens de tout le tourbillon vital; elle s'étend même visi- blement à une foule de vaisseaux et d'organes, où l'on ne peut apercevoir de fibres charnues proprement dites : la matrice en est un exemple très-frappant ; et les artères, les vaisseaux lymphatique», les vaisseaux secrétaires, des exemples très-probables. Il est cependant resté long -temps des doutes et des dissensions sur la nature de ces contractions intérieures. Une école célèbre vouloit y faire intervenir cette autre faculté animale que l'on appelle la sensibilité , et persis- toit à défendre ce que Stahl nommoit le pouvoir de lame sur les mouvemens communément pris pour invo- lontaires. On ose croire que ces oppositions peuvent être conci- liées par l'union intime de la substance nerveuse avec la fibre et les autres élémens organiques contractiles, et par leur action réciproque, présentées avec tant de vraisem- blance par les physiologistes de l'école Écossoise , mais qui ne sont guère sorties de la classe des hypothèses que par les observations de la période actuelle. Ce n'est point par elle seule que la fibre se contracte, mais par l'influence des filets nerveux qui s'y unissent toujours. Le changement qui produit la contraction, ne peut avoir lieu sans le concours des deux substances ; et il faut encore qu'il soit occasionné chaque fois par une cause extérieure, par un stimulant. La volonté est un de ces stimulans qui a ce caractère particulier , que son conducteur est le nerf, et que c'est PHYSIOLOGIE. 173 du cerveau qu'elle vient , du moins dans les animaux d'ordre supérieur : mais elle excite l'irritabilité à la ma- nière des agens extérieurs, et sans la constituer; car, dans les paralytiques par apoplexie , l'irritabilité se conserve, quoique la volonté n'ait plus d'empire (1). Ainsi l'irritabilité dépend bien en partie du ne/f, sans dépendre pour cela de la sensibilité : cette dernière pro- priété , plus admirable et plus occulte encore, s'il est possible , que l'irritabilité , ne fait qu'une petite partie des fonctions du système nerveux ; et c'est par un abus de mots , qu'on en étend la dénomination aux fonctions de ce système, qui ne sont point accompagnées de per- ception. L'uniformité de structure et la nature sécrétoire de toutes les parties médullaires ou nerveuses, présumées en quelque sorte par M. Platner(2), qui en faisoit un emploi ingénieux pour défendre le système de Stahl, et maintenant, à ce qu'il semble , directement prouvées par les observations anatomiques de MM. Prochaska et Reil (3), achèvent de faire concevoir le jeu des forces du corps vivant , sans obliger d'attribuer, comme Stahl, à lame raisonnable les mouvemens involontaires. Il n'y a qu'à se représenter que toutes ces parties produisent l'agent nerveux, qu'elles en sont les seuls conducteurs; c'est-à-dire, qu'il ne peut être transmis que par elles seules, et qu'il est altéré ou con- sommé dans ses divers emplois. Alors tout paroît simple : (1) M. Nysten l'a montré encore récemment par des expériences. ( 2 ) Nouvelle Anthropologie à l'usage des médecins et des philo- sophes, en allemand ; Leipzig, iyao , Ïn-S.' (3) Voyè^ les onvragies anatomirtues cités plus haut. 174 SCIENCES PHYSIQUES, une portion de muscle conserve quelque temps son irrita- 1 bilité , à cause de la portion de nerf qu'on arrache toujours avec elle. La sensibilité et l'irritabilité s'épuisent récipro- quement par trop d'exercice, parce qu'elles consomment ou altèrent le même agent. Tous les mouvements intérieurs de digestion , de sécrétion, d'excrétion, participent à cet épuisement, ou peuvent l'amener. Toute excitation locale sur les nerfs amène plus de sang, en augmentant l'irrita- bilité des artères; et l'afflux du sang augmente ia sensi- bilité locale, en augmentant la production de l'agent ner- veux. De là les plaisirs des titillations, les douleurs des inflammations. Les sécrétions particulières augmentent de même et par les mêmes causes ; et l'imagination exerce (toujours par le moyen des nerfs) sur les fibres intérieures artérielles ou autres, et par elles sur ies sécrétions , une action analogue à celle de la volonté sur les muscles du mouvement volontaire. L'excitation locale, portée quel- quefois à son comble dans les blessures ou dans certaines maladies , et semblant attirer violemment à son foyer toutes les forces de la vie, épuise le corps entier : de là ces prétendus efforts de l'âme pour repousser une attaque funeste. Comme chaque sens extérieur est exclusivement disposé pour se laisser pénétrer seulement par les subs- tances qu'il doit percevoir, de même chaque organe inté- rieur, sécrétoire ou autre, est aussi plus excitable par tel agent que par tel autre : de là ce qu'on a voulu appeler sensibilité ou vie propre des organes , et l'influence des spécifiques qui , introduits dans la circulation générale , n'affectent cependant que certaines parties. Enfin , si l'agent nerveux ne peut devenir. sensible pour nous, c'est que toute PHYSIOLOGIE. ,~5 Sensation exige qu'il soit altéré d'une manière ou d'une autre , et qu'il ne peut pas s'altérer lui-même. Telle est l'idée sommaire que l'on peut, à ce qu'il nous semble, se faire aujourd'hui du jeu mutuel et général des forces vitales dans les animaux ; mais il seroit difficile q assigner avec précision ce que l'on doit à chaque phy- siologiste en particulier dans ces éclaircissemens de la plus difficile de toutes les sciences. Reconnoissant le vide des hypothèses tirées d'une mé- canique et d'une chimie imparfaites , qui avoient régné pendant le xvn. e siècle, Stahl se jeta dans une extrémité opposée, en exagérant les idées de Van-Helmont, et en attribuant, non plus à un principe spécial nommé archee ou ame végétative; mais à lame raisonnable, toutes les actions vitales, même celles dont elle s'aperçoit le moins. Son ingénieux rival , Frédéric Hofman , commença , à-peu-près vers le même temps, à donner la première indication de la route intermédiaire que l'on suit aujour- d'hui , en cherchant à distinguer les facultés propres de chaque élément organique. L immortel Haller procéda plus rigoureusement à l'ana- lyse de ces facultés; mais, trop occupé de cette irritabilité de la fibre, dont il détermina le premier les vrais carac- tères, il n'accorda point assez à l'influence nerveuse , sur laquelle ses sentimens approchèrent peut-être moins du vrai que ceux d'Hofman. Il eut beaucoup d'antagonistes , dont les uns se bor- nèrent à combattre ses expériences, et les autres préten- ilirent établir des systèmes nouveaux. En France sur-tout, les idées de Stahl, adoptées par Sauvages, modifiées par S7 6 SCIENCES PHYSIQUES. Bordeu, par la Case, furent reproduites par Barthez(i) sous une forme et avec des termes nouveaux qui les rap- prochoient davantage de celles de Van-Heimont : mais, outre l'espèce de contradiction et l'obscurité métaphysique où devoit nécessairement entraîner une prétendue sensi- bilité locale sans perception, admise dans les organes par- ticuliers par tous ces médecins, et détendue jusqu'à nos jours par quelques-uns , on peut reprocher à plusieurs d'entre eux d'avoir abusé de ce qu'ils appeloient principe vint! , en employant cet être occulte d'une manière vague , pour lui attribuer , sans autre développement , tous les phénomènes difficiles à expliquer. Cullen, Macbride, Gregory, en Ecosse, Grimaud en France , prirent une route plus heureuse , et rendirent aux nerfs leur véritable rôle, en te limitant avec précision. La théorie de l'excitation , si renommée dans ces der- niers temps par son influence sur la pathologie et sur la thérapeutique, n'est au fond qu'une modification du sys- tème Écossois , dans laquelle, comprenant sous un nom commun la sensibilité et l'irritabilité , on se retranche dans une abstraction telle, que, si l'on simplifie la méde- cine, on semble anéantir toute physiologie positive. Il a fallu que les découvertes de la chimie sur les agens impondérables et sur leur action physique , souvent si prodigieuse, vinssent se joindre à celles de 1 anatomie sur la structure uniforme du système nerveux , et sur ses dégradations dans l'échelle des animaux , pour faire concevoir la possibilité de revenir à un classement plus (i) Nouveaux Élé-.viens de la science de l'homme, z,' édit. de 1806, 2 vol. in-8.' particulier PHYSIOLOGIE. , 77 particulier des phénomènes vitaux , et pour rendre à l'ana- lyse des forces propres à chaque clément organique, si bien commencée par Hailer, ie crédit et l'activité d'où dépend , selon nous , le sort de la physiologie. Il nous paroît donc que les véritables progrès que cette science a laits dans ces derniers temps , sont dus à ceux qui ont combiné, avec la théorie de l'action nerveuse, les découvertes modernes de l'anatomie et de la chimie. C'est ainsi que Prochaska, Sœmmering, Reil , Kielmeyer, Au- tenrieth, en Allemagne; Bichat, en France (pour ne point parler des physiologistes vivans de ce pays , et n'être point obligé d'assigner les rangs entre nos maîtres, nos confrères et nos amis); Fontana, Moscati, Spallanzani, en Italie; Hunter , Home, Carlisle , Cruikshank, en Angleterre, ont, de notre temps, développé des idées ou publié des expériences qui resteront toujours comme élémens essen- tiels de la physiologie générale des animaux, et qu'une foule d'autres hommes de mérite ont enrichi la physiologie particulière des organes ou des diverses espèces. Plusieurs ouvrages élémentaires et généraux exposent, avec plus ou moins d'étendue, l'état actuel de la science; nous distinguerons, parmi ceux qu'a vus naître la période dont nous traçons l'histoire, en France, ceux de MM. Du- mas ( i ) et Richerand (2) , et en Allemagne , celui de M. Au- tenrieth (3), et celui de M. Walther, de Landshuth, qui se distingue par un emploi fréquent de l'anatomie comparée, (1) Principes de physiologie,/.''' édi- tion ; Paris , 4vol. in-S.'j 2.' édition, ibid. 1806. (2) Nouv. Élém. de physiol. i vol. in-8.° ; la 4- c édition est de 1807. (3) Manuel de physiologie hu- maine expérimentale, en allemand; j vol, in-8." , tab. 1801 - 1S02, Sciences physiques. Z i 7 8 SCIENCES PHYSIQUES. mais qui se livre un peu trop à la marche vague et conjec- turale, aujourd'hui si en vogue dans son pays. C'est , en effet , ici , que l'on nous demandera compte des nouveaux systèmes de physiologie qu'a produits en Alle- magne cette métaphysique appelée philosophie tic la nature , dont nous avons déjà dit quelques mots en gênerai; mais nous avouerons que, maigre l'étude que nous avons faite de cette manière de philosopher , nous avons encore peine à croire que nous l'ayons bien saisie, et que nous soyons en état d'en donner une idée juste, tant elle nous pàroît contradictoire avec le mérite et l'esprit de plusieurs de ceux qui l'emploient. Partant de ces anciennes spéculations métaphysiques , où tantôt les phénomènes sont considérés comme de simples modifications du moi , tantôt les êtres existans sont regardes comme des émanations de la substance suprême , tantôt enfin l'univers entier est censé l'être unique dont tous les autres êtres ne sont que des manifestations ; portant ces spéculations à un degré d'abstraction tel , que la grande et simple unité , seule existante par elle-même, ne produit (comme ils disent) les autres existences qu'en se différen- ciant en qualités opposées, qui s'anéantissent réciproque- ment, d'où il résulte que l'existence suprême ne seroit rien au fond ; les partisans de cette méthode ont cherché à redescendre de leurs conceptions abstraites aux faits po- sitifs , pour les en déduire rationnellement ; et , comme on le devine aisément, c'est sur les parties les plus obscures des sciences naturelles qu'ifs ont dû le plus s'exercer. Aussi est-ce principalement en physiologie et en mé- decine que cette sorte de philosophie s'est introduite, PHYSIOLOGIE. i 79 cherchant sur-tout à faire considérer les organisations par- tielles comme des membres du grand tout, de la grande organisation, et à les soumettre aux lois imaginées pour celle-ci : mais ce projet imposant ne s'est exécuté jusqu'à présent qu'en passant continuellement et brusquement , sans règle fixe, de la métaphysique à la physique; qu'en appliquant sans cesse un terme moral à un phénomène physique, et réciproquement ; qu'en employant des méta- phores au lieu d'argumens : en un mot, cette méthode, qui d'ailleurs n'a fait découvrir jusqu'à présent aucun fait nouveau auquel on n'ait pu arriver aussi par la marche ordinaire, est telle , que l'on a peine à concevoir la for- tune qu'elle a faite dans un pays renommé par sa raison et par sa logique, et comment elle y a trouvé des par- tisans parmi des hommes d'un talent réel, et dont les expériences ont d'ailleurs enrichi les sciences de faits pré- cieux , que nous avons cherché à recueillir dans ce Rap- port, aux endroits où il convenoit de les placer (i). (i) Les Archives physiologiques de MM. Reil et Autenrieth ( Huile en Saxe, en allemand), dont il a paru sept volumes in-8." depuis 1796 , sont le recueil le plus intéressant des mémoires , dissertations et autres ouvrages relatifs à la physiologie , sans acception de système. Mais pour connoître la marche ou plutôt les marches divergentes et souvent très- opposées de la physiologie , dans l'école appelée de la philosophie de la nature, il faut lire d'abord l'écrit sur l'Ame du monde, 1798; le pre- mier Essai d'un système de philosophie de la nature, par M. Schelling, léna et Leipzig, îygg , in-S." ; et suivre ensuite les applications de cette doc- trine, faites, soit par l'auteur lui- même dans divers autres écrits , dans son Journal pour la physique spécu- lative, et dans celui qu'il donne avec M. Marcus, sous le titre d'Annales de la médecine, soit par ceux qui ont plus ou moins adopté ses principes, quoiqu'il soit loin de les avouer tous comme ses élèves. Les Physiologies de MM. DomlingetTreviranus, les Idées sur la pathogénie et sur la théo- rie de l'excitation, par M. Rosch- laub, appartiennent plus ou moins à ce système. On peut compter parmi les Z 2 1S0 SCIENCES PHYSIQUES. Végétaux. Four la physiologie comme pour l'anatomie , les végé- taux sont enveloppés de plus d'obscurité que les animaux. Les nerfs et la sensibilité leur manquent ; mais n'ont-ils point quelque force contractile plus ou moins analogue a l'irritabilité! Long-temps on a cru le mouvement de leurs fluides sunT- samment expliqué par la succion capillaire de leurs racines et de leur tissu, par l'humidité du sol où s'enfonce leur partie inférieure, et par l'é\aporation plus ou moins forte qui se fait à la grande surface de leur cime, au moins pen- dant le jour; et il est certain que leurs vaisseaux peuvent transmettre dans tous les sens les liquides qu'ils con- tiennent, qu'on peut retourner un arbre et faire donner des bourgeons à ses racines et du chevelu à ses branches, &c. Cependant on a objecté que la sève monte avec plus de force au printemps, lorsque les feuilles n'ont pas encore épanoui leur surface ; qu'elle monte et jaillit encore en abondance d'une tige dont on a coupé la cime, ainsi que l'a fait remarquer M. Brugmans (i); que les pleurs de la vigne sont un phénomène du même genre où ni la succion ni l'évaporation ne peuvent avoir part. M. Van-Marum a même fait voir que l'électricité arrête les ascensions de sève, comme elle détruit l'irritabilité animale. plus récens de ses sectateurs , et parmi ceux qui ont mis la hardiesse la plus extraordinaire dans leurs concep- tions, M. Su-liens, dans son Histoire naturelle intérieure de la terre, et dans son Esquisse d'une physique philosophique; M. Oken , dans sa Biologie, dans ses Matériaux pour la zoologie , l'anatomie et la physio- logie comparées , et dans quelques autres petits écrits , tels que celui qui porte pour titre, l'Univers con- tinuation du système sensitif ; léna, 1808. ( 1 ) Brugmans et Vitringa-Coulomb, De mutata humorum indvle in regno organico , '1 vi vitali vasorum deri- vanda ; Leyde, 1789,111-8.° PHYSIOLOGIE. 1S1 Tout rend donc vraisemblable qu'il existe aussi dans le tissu végétal une force particulière employée à en faire mou- voiries sucs, et que l'on peut croire produite par le dévelop- pement de quelque agent impondérable: mais elle doit être foible ; les exemples évidens en paraissent rares, et sa na- ture et son siège sont également inconnus ; peut-être même n'a-t-elle point de tendance fixe vers un point plutôt que vers un autre , et la position du végétal rompt-elle seule l'équi- libre. Cette détermination des forces générales propres aux corps vivans , de leurs rapports mutuels , de ce qui les entretient ou les afFoiblit , constitue la physiologie géné- rale : leur application à chaque fonction , au moyen de la structure découverte par l'anatomie dans chaque organe, est l'objet de la physiologie particulière. Ici encore l'époque actuelle a été assez féconde. La respiration se présente à nous la première comme la plus importante des fonctions: le changement chimique qui en fait l'essence , a été exposé ci-dessus ; le sang s'y décarbo- nise, et y prend de la chaleur et une couleur vermeille. La quantité de l'air inspiré, celle de l'oxigène consommé, celle de l'acide carbonique et de l'eau produits, ont été l'ob- jet des recherches longues et pénibles de MM. Menziez ( i ) , Seguin (2) et autres médecins et chimistes : l'action de l'oxi- gène sur du sang, même au travers du tissu membraneux d'une vessie, a été vérifiée par M. Hassenfratz (3). On doutoit du lieu précis où ce changement s'opère. Des expériences très-ingénieuses de Bichat ont prouvé Physiologie particulière des diverses fonc- tions. Animaux. Respiration. (1) Annales de chimie, t. VIII, p. 2u. {2) Ibid. t. XX, p. 22j. (3) Ibid. t. IX, p. 261, i8i SCIENCES PHYSIQUES. que c'est au passage même des artères dans les veines pulmonaires et d'une manière subite que le sang devient rouge (i). On disputoit sur les effets immédiats de ce changement et sur fa cause de la mort par asphyxie : les expériences de Godwin (2) ont eu pour objet de montrer que le sang a besoin d'avoir respiré pour exciter les contractions du cœur. Des expériences analogues de M. Nysten ont fait voir que des différens gaz que l'on peut injecter dans le cœur, l'oxigène est celui qui en stimule le plus puissam- ment les contractions : l'hydrogène sulfuré, après les avoir excitées d'abord mécaniquement , les anéantit bientôt. Mais cet effet de la respiration sur le cœur n'est qu'un cas particulier d'une loi générale. Des expériences nom- breuses, dont la plupart sont encore de Bichat, ont appris que c'est la respiration qui donne essentiellement au sang le pouvoir d'entretenir par-tout la force musculaire , et par conséquent l'énergie des mouvemens volontaires , et de tout le jeu intérieur de la circulation et des sécrétions: mais Bichat pense que c'est par l'intermède du cerveau et du système nerveux que le sang exerce ce pouvoir sur la fibre. La qualité délétère des gaz différens de l'oxigène ou de l'air commun a été en quelque sorte mesurée et comparée par des expériences faites à l'école de médecine de Paris, et auxquelles MM. Chaussier , Thenard et Dupuytren (1) Voye£ l'Anatomic générale de Bichat, Paris, an 10-iSoi, ils, les cheveux, les ongles, les cornes, les becs, les écailles, les têts, les coquilles, les corps durs qui arment l'intérieur de certains estomacs, sont dans ce cas, et sont tous insensibles, et susceptibles d'être mutiles sans douleur et sans danger : c'est le noyau intérieur qui s'enflamme et devient douloureux dans la dent, et non la dent elle-même. Les substances pierreuses des coraux croissent aussi par couches , mais dont les dernières enveloppent les précédentes , comme dans les arbres. Sensations. Les oreanes extérieurs des sensations sont, de tout le corps vivant , ceux qui se prêtent à un plus grand nombre d'applications des sciences physiques. Vision. Tout ce qui se passe dans l'œil, par exemple, jusqu'au moment où l'image visuelle se peint sur la rétine , se réduit à des opérations d'optique, que l'on a comparées avec raison à celles de la chambre obscure : mais l'œil a deux propriétés essentielles qui manquent à cet instru- ment ; celle de rétrécir ou d'élargir son entrée , qui est la pupille, selon l'abondance ou la rareté de la lumière, et celle de rapprocher ou d'éloigner son foyer suivant la distance de l'objet qu'il faut voir. Cette dernière faculté sur-tout est très-étendue dans certaines espèces, et parti- culièrement dans les oiseaux, obligés de voir également bien leur proie du haut des nues , pour diriger leur vol sur elle, et tout près de terre, pour la saisir. Les moyens que la nature emploie pour arriver à ce PHYSIOLOGIE. k8$ double but dans les diverses classes, ont fait l'objet de longues recherches pour MM. Oibers, Porterfield , Hunier, Home et Young (i). On peut imaginer pour cela, pu que la cornée change de convexité, ou que c'est le cristallin, ou que Taxe de l'œil change sa longueur, et par conséquent la distance de sa rétine, ou enfin que fe cristallin change sa position. Lequel de ces moyens est le vrai l Le premier et le troi- sième seuls peuvent être les objets d'une mesure immé- diate. M. Young a montré d'une manière ingénieuse qu'ils ne contribuent point sensiblement à l'effet qu'on désire expliquer; il a donc recours au deuxième, c'est- à-dire , à la variation du cristallin : mais l'anatomie nous paroît y répugner ; le cristallin est souvent dur comme de la pierre. Peut-être le quatrième moyen est-il le prin- cipal ; et il n'est pas nécessaire de supposer de vrais muscles qui agissent sur le cristallin : on peut penser aussi qu'il est mu par un changement analogue à l'érec- tion qui auroit lieu, soit dans les procès ciliaires, soit dans une membrane particulière aux oiseaux , qui se nomme le peigne ; elle part du fond de l'œil, et s'attache dans le tissu vitré , non loin du cristallin. Les oiseaux auroient donc le moyen le plus puissant de changer leur foyer, ainsi que leur genre de vie l'exige. Comme plusieurs paires de nerfs se distribuent à la langue, on n'étoit pas entièrement certain de celle qui reçoit la sensation du goût , quoique la facilité de suivre les filets de la cinquième jusqu'aux papilles de cet organe (') Voye\ sur- tout le Mémoire sur l'œil par M. Young, dans les Transac- tions philosophiques de liioi. ijo SCIENCES PHYSIQUES, semblât prouver beaucoup en sa faveur. Le galvanisme a détnontré à M. Dupuytren ce que l'anatomie annonçoit. La langue n'est entrée en convulsion que par l'excitation de la neuvième paire ; la cinquième , ne la mouvant point, doit donc être l'organe de la sensibilité. En effet, quand cette paire se paralyse , la langue ne savoure plus rien. 4 Nous avons déjà annoncé que les recherches de Scarpâ et de Comparent ont placé dans la pulpe du labyrinthe membraneux le véritable siège de l'ouïe. On explique par- là l'effet de l'ébranlement du crâne par les corps sonores , qui fait entendre les personnes dont la surdité ne vient que de l'obstruction du canal extérieur de l'oreille. C'est seulement de cette manière qu'entendent les pois- sons, attendu qu'ils n'ont point de canal externe. FonctiomHu Toutle monde sait que la production d'une perception,' ou cette action des corps extérieurs sur le moi , d'où résulte une sensation , une image, est un problème à jamais incompréhensible, et qu'il existe en ce point, entre les sciences physiques et les sciences morales, un intervalle que tous les efforts de notre esprit ne pourront jamais combler. Les sciences morales commencent au-delà de cette li- mite relies montrent comment de ces sensations répétées naissent les idées particulières ; île la comparaison de celles- ci, les idées générales; des combinaisons d'idées, les juge- iikiis ; et de ceux-ci, les raisonnemens et la volonté. Mais les sciences physiques, de leur côté, ne s'arrêtent pas à beaucoup près à l'impression reçue par le sens exté- rieur; ce n'est pas celle-là que perçoit le moi : il faut qu'elle cîrveau PHYSIOLOGIE. 191 se transmette plus loin, qu'elle arrive jusqu'au cerveau; et comme les jugemens ne s'opèrent que sur les idées reproduites par la mémoire, il faut que cette action, une fois reçue dans le cerveau , y laisse des traces plus ou moins durables. Le cerveau est donc à-la-fois le dernier terme de l'impression sensible et le réceptacle des images que la mémoire et l'imagination soumettent à l'esprit. Il est , sous ce rapport, l'instrument matériel de lame; et le plus ou moins de facilité qu'il a de recevoir les impres- sions, de les reproduire promptement, vivement, régu- lièrement et abondamment, et d'obéir en cela aux ordres de la volonté, influe de la manière la plus puissante sur l'état moral de chaque être. On conçoit donc d'abord que l'état du cerveau , en sa qualité d'organe lié à toute l'économie, dépend jusqu'à 111 certain point de l'état de tous les autres organes : c'est-là l'origine de l'influence du physique sur le moral , dont M. Cabanis a tracé un tableau brillant et animé (1). On conçoit encore qu'un dérangement partiel ou total de l'organisation du cerveau peut altérer ou suspendre en tout ou en partie l'ordre des images, et, par conséquent, celui des idées et des opérations intellectuelles; ce qui explique tous les genres d'aliénation mentale. Il n'est pas moins clair que des cerveaux sains d'ailleurs peuvent différer entre eux par une organisation plus ou moins heureuse, et, présentant à l'esprit des images plus ou moins vives , plus ou moins abondantes , et plus ou moins bien ordonnées, occasionner des différences infinies (1) Rapport du physiqueet du mo- I Ptiris , 2 vol. ij.-S,' La z.' édition est rai de l'homme, par M. Cabanis; j de 1805. SCIENCES PHYSIQUES, dans la portée Je l'intelligence et dans les ressorts de la volonté, et les faire descendre jusqu'à un degré voisin de l'imbécillité absolue! L'expérience et la comparaison des différens individus et des différentes espèces d'animaux montrent qu à cet égard le volume, et spécialement celui de la partie supérieure nommée hémisphères , est la cir- constance favorable la plus apparente. Enfin, comme l'expérience fait voir aussi qu'en beaucoup d'occasions l'on peut avoir une perception par un mou- vement immédiat du cerveau , et sans que le sens extérieur ait été frappé, on peut se représenter qu'il existe cons- tamment dans certains êtres de ces perceptions internes qui les déterminent à cet ordre d'actions que l'on appelle instincts, telles que sont les diverses industries, souvent très- compliquées , qu'exercent dès leur naissance, sans les avoir apprises de leurs parens ni de l'expérience, et d'une ma- nière toujours constante, des espèces d'animaux d'ailleurs très-stupides et placées fort bas dans l'échelle. Quant à ce que l'on a voulu appeler instincts automa- tiques , ce sont certains mouvemens volontaires qui dérivent de jugemens devenus tellement prompts par l'habitude et par l'association plus constante des idées qui en résulte, que nous ne nous apercevons pas de les avoir faits. Qui peut nier que l'homme qui lit, celui qui touche de l'orgue, celui qui fait des armes, ne se souviennent, ne voient, ne jugent et ne raisonnent à chaque contraction de muscle! Sans doute, c'est-là sur-tout que se montre la rapidité de- là pensée. Il n'y a donc point de comparaison à faire de ces actes prétendus automatiques avec les mouvemens in- térieurs involontaires, et ceux-ci restent expliqués par les forces PHYSIOLOGIE. .93 forces vitales ordinaires et irrationnelles, comme nous l'avons dit à l'article de la Physiologie générale. Les pertes et les suspensions partielles ou totales de mémoire, les folies fixes qui ne portent que sur un seul objet, et les visions ou folies fixes momentanées, les songes et le somnambulisme, n'offrent aucune difficulté importante d'après ces idées sur l'influence du cerveau ,' idées que les découvertes de ces derniers temps ont seules pu rendre claires , quoique leurs principaux germes se soient déjà présentés à plusieurs bons esprits., et se trouvent sur-tout assez nettement indiqués dans les ouvrages de Bonnet et de Hartley. M. Gall (1) a soutenu récemment que les traces des diverses impressions se répartissent en différens lieux du cerveau , selon leurs espèces, et que le volume particulier de chacun de ces lieux annonce le degré des dispositions particulières , de la même façon que le volume général des hémisphères annonce la portée générale de l'intelligence; on sait même qu'il croit ces différences assez sensibles pour être aperçues dans l'homme vivant par le moyen des formes du crâne. Mais quoique cette doctrine, réduite aux termes dans lesquels nous venons de l'exprimer, n'ait rien de contraire aux notions générales de la physiologie , on sent aisément qu'il faudrait encore bien des milliers d'ob- servations , avant que l'on pût la ranger dans la série des vérités généralement reconnues. La théorie générale de la formation des êtres organisés Génération. reste toujours, comme nous l'avons dit, le plus profond (1) Physiologie intellectuelle, par J. B. Demangeon ; Paris, 1S06, 1 vol. in-8.' Sciences physiques. B b i 9 i SCIENCES PHYSIQUES. mystère des sciences naturelles : jusqu'à présent pour nous la vie ne naît que de la vie; nous la voyons se transmettre ; et jamais se produire ; et quoique l'impossibilité d'une génération spontanée ne puisse pas se démontrer absolu- ment, tous les efforts des physiologistes qui croient cette sorte de génération possible , ne sont point encore par- venus à en faire voir une seule. L'esprit, réduit à choisir entre les diverses hypothèses du déveiopp* ment îles germes, ou les qualités occultes mises en avant sous les titres de moule intérieur , d'instinct jormatif , de vertu plastique , de polarité ou de différenciation , ne trouve donc par-tout que nuages et qu'obscurité. Le seul point qui soit certain, c'est que nous ne voyons autre chose qu'un développement , et que ce n'est pas à l'ins- tant où elles deviennent visibles pour nous que les parties se forment ; mais qu'on nous fait remonter à leur germe toutes les fois qu'on peut aider nos sens par quelque ins- trument plus parfait: aussi , dans presque tous les systèmes de physiologie, commence-t-on par supposer l'être vivant tout formé au moins en germe ; et bien peu de physio- logistes ont-ils été assez hardis pour vouloir déduire d'un même principe et sa formation primitive , et les phéno- mènes qu'il manifeste une fois qu'il jouit de l'existence : l'admission tacite de cette existence est même si nécessaire, que c'est sur la liaison réciproque des diverses parties que repose jusqu'à présent pour nous l'unité de litre vivant, du moins dans le règne végétal, où l'on ne peut admettre de principe sensitif. Mais si la génération en elle-même est inaccessible à toutes nos recherches, les circonstances qui l'accompagnent, PHYSIOLOGIE. , 9J la favorisent ou l'arrêtent, et les divers organes qui entre- tiennent dans les premiers temps la vie de l'embryon et du fœtus, sont susceptibles d'être observés' avec plus ou moins d'exactitude, et ont donné lieu à des découvertes intéres- santes dans la période dont nous faisons l'histoire. Il y a, parmi ces organes propres au fœtus, une vésicule qui communique avec le bas-ventre au travers de l'om- bilic par un petit canal , et qui ne se voit dans l'homme que pendant les premières semaines de la gestation : elle porte, dans les animaux, le nom de tunique érythroïde ; dans l'homme, on l'a appelée vésicule ombilicale. M. Blumenbach (1) avoit reconnu son analogie avec la membrane qui contient le jaune dans les oiseaux. M. Oken d'Iéna (2) vient d'annoncer qu'elle n'est qu'un appendice du canal intestinal, placé de manière que, quand elle s'en sépare , il reste une portion de son tube qui forme l'intestin cœcum : la liqueur qu'elle contient,' passeroit donc immédiatement dans les intestins pour nourrir l'embryon. Divers anatomistes ont fait une obser- vation assez semblable sur la manière dont le jaune de l'œuf entre dans l'intestin par le pédicule qui l'y unit; cependant M. Léveillé (3) nie que ce pédicule soit creux : la nutrition se feroit donc seulement par les vaisseaux qui vont du mésentère à la membrane du jaune, et dont les analogues se trouvent également sur la vésicule ombili- cale. M. Chaussier les a bien injectés dans l'homme (j). (1) Dans ses Institutions physiol. (3) Dissertation surla nutrition du et son Manuel d'anatomie comparée, fœtus; Paris , an y , in-$.° (2) Dans ses Matériaux pour la (4) Bulletin des sciences, vendém. zoologie, la zootomie et la physio- an 11, logie comparée. Bb 2 i 9 6 SCIENCES PHYSIQUES. La respiration de l'oiseau dans l'oeuf se fait par une membrane très-riche en vaisseaux, qui prennent leur ori- gine comme ceux du placenta dans les mammifères. Aussi regarde-t-on aujourd'hui l'oxigénation du sang du fœtus comme une des fonctions principales du placenta, laquelle s'exerce par la communication que cet organe établit entre le foetus et la mère : des observations de conceptions extra-utérines ont montré que cette commu- nication peut s'établir ailleurs que dans la matrice; et des foetus dont le placenta n'avoit pu s'attacher qu'aux intes- tins ou au mésentère , n'ont pas laissé de grossir. Végétaux. Les végétaux n'offroient pas tant d'objets de recherches. Leurs fonctions particulières se réduisent aux sécrétions et à la génération, qui sont soumises aux mêmes difficultés générales que dans les animaux. Fécondation. La fécondation de leurs graines et leur germination pouvoient principalement prêter à des découvertes. Dans les végétaux ordinaires, le mode de la fécondation est î n- 4-°» et Leipsic , 179S. PHYSIOLOGIE. ! 97 creux presque imperceptibles , places tantôt autour du pédicule de l'urne , tantôt dans des rosettes de feuilles séparées , et qui regarde l'urne elle-même comme la cap- suie des graines. M. de Beauvois (i), au contraire, croit que la poussière verte qui remplit l'urne est le pollen mâle, et que la graine est dans une capsule plus inté- rieure, que les botanistes nomment columelle. Il y a des discussions analogues sur la fécondation des algues et des champignons : cependant on croit assez généralement que la poussière qui tombe de ces derniers est leur graine. M. Decandolle (2) a remarqué que ce qu'on appeloit graine dans les fucus n'est que leur capsule, et contient la véritable graine, beaucoup plus petite. M. Stackhouse l'a fait germer. Les conditions et les phénomènes généraux de la germination ont été étudiés par MM. de Humboldt, Huber (3) et Sennebier. II faut aux graines, à peu d'ex- ceptions près, de l'oxigène, pour qu'elles germent; et sa fonction paroît être, d'après M. Théodore de Saussure, de leur enlever leur carbone surabondant. M. de Hum- boldt, en particulier, a remarqué que le gaz acide mu- riatique oxigéné accélère singulièrement la germination, et que tous les oxides où l'oxigène adhère peu , lui sont plus ou moins favorables. Un des points particuliers les plus embarrassans de Mouvement. l'économie des végétaux consiste dans certains mouvemens Germination. ( 1 ) Prodrome d'Aéthéogamie ; Paris , iSoj , trois cahiers in-12. (2) Mémoire présenté à l'Institut (3) Mémoires sur l'influence de l'air et de diverses substances gazeuses dans la germination des différentes graines ; Genève , 1S01, 1 vol, in-8' i 9 8 SCIENCES PHYSIQUES, en apparence spontanés, qu'ils manifestent Jans diverses circonstances , et qui ressemblent quelquefois si fort à ceux des animaux, qu'ils pourroient faire attribuer aux plantes une sorte de sentiment et de volonté, sur-tout par ceux qui veulent encore voir quelque chose de semblable dans les mouvemens intérieurs des viscères animaux. Ainsi les cimes des arbres cherchent toujours la di- rection verticale, à moins qu'elles ne se courbent vers la lumière; leurs racines tendent vers la bonne terre et l'humidité , et se détournent pour les trouver, sans qu'aucune influence des causes extérieures puisse expli- quer ces directions, si l'on n'admet pas une disposition interne propre à en être affectée, et différente de la simple inertie des corps bruts. On sait depuis long -temps comment les feuilles de la sensitive se replient sur elles-mêmes, quand on les touche. On sait aussi qu'une infinité de plantes fléchissent diver- sement leurs feuilles ou leurs pétales, selon l'intensité de la lumière : c'est ce que Linnœus, dans son langage figuré, a nommé le sommeil des plantes. M. Decandolle a fait, sur ce sujet, des expériences fort curieuses, qui lui ont montré dans les plantes une sorte d'habitude que la lumière arti- ficielle ne parvient à surmonter qu'au bout d'un certain temps. Ainsi, pendant les premiers jours, des plantes enfermées dans une cave, et éclairées continuellement par des lampes, ne laissoient pas de se fermer quand la nuit venoit, et de s'ouvrir le matin (i)- Il y a d'autres sortes d'habitudes que les plantes (i) Mémoires des savans étrangers présentés à l'Institut , t. I f p.J2p, PHYSIOLOGIE. 199 peuvent prendre ou perdre. Les rieurs qui se ferment à l'humidité, finissent par rester ouvertes quand l'humidité dure trop long-temps. M. Desfontaines ayant mené une sensitive dans une voiture , les cahots la firent d'abord se replier; elle finit par s'étendre comme en plein repos: c'est qu'encore ici la lumière, l'humidité, &c. n'agissent qu'en vertu d'une disposition intérieure particulière, qui peut se perdre , s'altérer par l'exercice même de cette action , et que la force vitale des plantes est sujette à des fatigues, à des épuisemens, comme celle des animaux. \lhedysarum gyrans est une plante bien singulière, par les mouvemens qu'elle donne jour et nuit à ses feuilles, sans avoir besoin d'aucune provocation. S'il y a dans le règne végétal quelque phénomène propre à faire illusion et à rappeler l'idée des mouvemens volontaires des ani- maux, c'est bien celui-là. MM. Broussonet, Silvestre , Cels et Halle , l'ont décrit en détail , et ont montré que son activité ne dépend que du bon état de la plante. C'est, en générai, dans les organes de la fructifica- tion que les plantes montrent le plus de ces moiiveiïiens extérieurs. MM. Desfontaines et Descemets y ont donné beaucoup d'attention. Les étamines de plusieurs fleurs , entre autres celles des épines-vinettes, paroissent avoir des inflexions spontanées, ou en prendre quand on les touche, même légèrement; mais il faut bien distinguer ces mou- vemens de ceux qui ne dépendent que d'un ressort mis en liberté , comme sont ceux des capsules de la balsa- mine et des étamines des orties et des pariétaires. Nous ne parlerons pas ici des oscillatoires, parce que leur nature est encore douteuse. Adanson en fait bien des ioq SCIENCES PHYSIQUES. [liante-;; mais M. Vaucher les considère comme des ani- maux. Cependant ce seroit aller trop loin , que de regarder même les mouvemens de la sensitive comme tout-à-fait comparables à ceux que l'irritabilité produit dans les ani- maux ; non - seulement il n'est point démontré qu'ils tiennent à une cause parfaitement identique, mais il l'est même qu'ils ne s'exercent pas dans des organes semblables. En effet, tout mouvement musculaire est une contrac- tion ; et M. Link a fait voir que les flexions diverses que prennent les parties des plantes, dépendent autant des fibres qui s'alongent, que de celles qui se raccourcissent lors de la flexion, et qu'en coupant celles-ci, le mouve- ment ne laisse pas d'avoir lieu. Ces contractions végétales n'en sont pas moins encore un de ces faits généraux et non expliqués, que l'on peut admettre parmi ce qu'on appelle les forces vitales ; et comme la contraction musculaire entre pour beaucoup dans les mouvemens intérieurs qui entretiennent la vie des ani- maux, il est très-probable, ainsi que nous l'avons dit, que cette autre sorte de contraction observée dans quelques parties extérieures des plantes s'exerce aussi à l'intérieur, et contribue au mouvement de la sève et à l'entretien de la vie végétale. Comme, enfin, dans les animaux, le bon état des fonctions influe à son tour sur la force qui les entretient, de même, dans les végétaux, la chaleur , la nourriture, augmentent ou diminuent ces contractions apparentes aussi- bien que celles qui le sont moins. En un mot , la vie vé- gétale , comme la vie animale, est un cercle continuel d'action et de réaction ; tout y est à-la-fois actif et passil . et PHYSIOLOGIE. 201 et la moindre partie jouit d'une portion d'influence sur ia marche générale de l'ensemble. Une fois que l'on s'est fait ainsi des idées nettes sur les Histoire na- f" i - > i i r- /i / . turelle particu- orces attachées a chaque ordre d elemens organiques , et nère des corps sur les fonctions propres à chaque organe , on peut en vivans - quelque façon calculer la nature de chaque espèce d'être organise, d'après le nombre des organes qui entrent dans sa composition, d'après l'étendue, la figure, la connexion et la direction de chacun d'eux et de ses diverses parties. Cette étude de l'organisation d'un être vivant, et des conséquences particulières qui en résultent dans son genre de vie, dans les phénomènes qu'il manifeste, et dans ses rapports avec le reste de la nature, est ce que l'on nomme l'histoire naturelle de cet être. Toute recherche de ce genre suppose que l'on a les Nomencfa- moyens de distinguer nettement de tout autre, l'être dont on s'occupe. Cette distinction est la première base de toute l'histoire naturelle : les vues les plus nouvelles, les phénomènes les plus curieux, perdent tout intérêt, quand ils sont destitués de cet appui ; et c'est pour avoir né- gligé ce genre de précaution , que les ouvrages des anciens naturalistes conservent aujourd'hui si peu d'utilité. Ainsi les savans qui s'occupent de cette partie de l'histoire na- turelle à laquelle on a donné le nom de nomenclature , méritent toute sorte de reconnoissance. Leur travail exige non-seulement une patience et une sagacité peu communes , quand il s'agit de décrire les objets et d'en saisir les carac- tères distinctifs ; il leur faut encore une érudition vaste et une critique profonde, pour démêler dans les écrits qui Sciences physiques. C C ture et catalo- gue des êtres. ao2 SCIENCES PHYSIQUES, les ont précédés ce qui appartient aux espèces diverses , pour ne point confondre celles-ci, ou ne point les séparer mal-à-propos ; et s'ils ne faisoient un emploi ingénieux de mille moyens délicats, ils augmenteroient l'obscurité que leur art a pour but de dissiper. Linnicus a porté dans cette branche de la science un véritable génie, et lui a donné une impulsion extraordi- naire ; il est le premier qui ait étendu la nomenclature méthodique à tout l'ensemble des êtres naturels; tous ceux; qu'il connoissoit bien, ont été nommés, caractérisés et classés par lui de la manière la plus précise et la plus claire; il a déduit de la nature de la chose les règles qui doivent diriger dans ce genre de travail ; et chacun de ceux qui s'en occupent, se considère comme l'un des continuateurs de l'immense édifice dont Linnaeus avoit posé les bases. Nous voulons parler de ce grand catalogue des êtres existans, auquel on a donné le nom de Systcma natura. Tous les naturalistes s'empressent de le compléter; tous les Gouvernemens éclairés se sont fait un devoir de leur en procurer les moyens. Des jardins, des ménageries, ont été établis; des collec- tions ont été rassemblées dans toutes les grandes capitales; de grands voyages ont été ordonnés, et c'est un des carac- tères de notre âge, que ces expéditions lointaines et pé- rilleuses, entreprises uniquement pour éclairer les hommes et enrichir les sciences. Pour ne parler que des entreprises et des établissemens des François, nous rappellerons à votre Majesté que le Muséum impérial d'histoire naturelle a été plus que doublé dans toutes ses parties, depuis l'époque où notre Rapport HISTOIRE NATURELLE PARTICULIÈRE. 203 commence, et qu'il surpasse aujourd'hui tous les établis- semens du même genre par l'ensemble des objets qu'il réunit , autant que par les facilités qu'il offre pour l'étude. La belle réunion de plantes rares formée à la Malmaison par sa Majesté l'Impératrice a déjà procuré à notre pays d importantes richesses en ce genre, que la munificence de cette auguste Princesse s'est empressée de répandre dans les établissemens publics et particuliers. Les jardins et les cabinets des écoles centrales com- mençoient à être fort utiles pour faire connoîlre les pro- ductions naturelles des différens départemens de la France, il finit espérer que les ordres de votre Majesté , pour les réunir et les soigner dans les lycées, auront été exécutés. Quatre grandes expéditions lointaines ont été entreprises par des François dans cette même époque. Chacun con- noît le malheureux sort de celle de la Pérouse (1). Les discordes qui ont mis fin à celle de Dentrecasteaux, n'ont pas empêché MM. de la Billardière (2) , Lahaye , Riche , d'en rapporter beaucoup de plantes et d'animaux nou- veaux. La première de Baudin , quoique bornée aux Antilles , n'a pas laissé de procurer aussi des plantes nou- velles : mais la seconde, ordonnée par votre Majesté peu de temps après son avènement au gouvernement, et qui s'est portée vers la Nouvelle -Hollande et l'Archipel In- dien, a été la plus fructueuse qu'aucune nation ait jamais exécutée (3); grâce au zèle infatigable de MM. Pérou; {[) Voyage de la Pérouse autour du monde, rédigé par Milet-Mureau ; Paris, iyç)7 , 2 vol. in-j..' , avec un atlas in-fol, (2) Relation du voyage à la re- cherche de la Pérouse; Paris , an S, 2 vol. in-j..' , et un atlas grand in-fol. (3) Voyage de découvertes aux terres australes; Paris , 1807, ir.-q.', premier vol, avec un allas. Ce 2 jo4 SCIENCES PHYSIQUES. Leschenau J de la Tour et Lesueur, les animaux et les végé- taux inconnus en ont été rapportes par milliers ; et nous pouvons assurer votre Majesté que nous sommes en état de faire connoitre les productions de ces parages beaucoup plus complètement que les nations Européennes qui les ha- bitent depuis tant d'années. Les naturalistes qui ont eu le bonheur de suivre votre Ma- jesté en Egypte, ne laisseront rien à désirer sur l'histoire naturelle de cette contrée fameuse : M. Geoffroy en décrit les p i sons et les quadrupèdes ; M. Savigny , les oiseaux et les insectes; M. Delile, les plantes. Quelques-uns de ces ob- jets, présentés au public dans des mémoires isolés, tels que le poisson polyptère, décrit par M. Geoffroy (i ) , le palmier don m , par M. Delile (2), donnent la plus vive impatience de jouir de la totalité, et de voir bientôt les planches magni- fiques dessinées sur les lieux par les plus habiles artistes. M. Olivier a rapporté beaucoup de choses nouvelles de son voyage au Levant (3) ; M. Bosc, de celui d'Amérique; M. de Beauvois, des deux qu'il a entrepris en Guinée et à Saint-Domingue. M. Desfontaines avoit fait antérieurement un voyage très-fructueux en Barbarie et sur l'Atlas ; M. Poy- ret avoit aussi été en Barbarie; M. de la Billardière , en Syrie et sur le Liban (4); M. Richard, à Caïenne; M. du Petit-Thouars, à l'île de la Réunion ; MM. Poiteau et Tur- pin, à Saint-Domingue. Les correspondais du Muséum, à Charles-town, à Caïenne, à l'île de France, lui ont mit de (1) Bulletin des sciences, germinal t:n 1 . (2) Ibid. pluviôse an 10. (3) Voyage da,ns l'empire Ottoman, l'Egypte et la Perse; Paris , 1S01- iSoy , j vul. in-j.° avec 'in at/tis. (4) Syrioe Plan) r rariores , dec. I et II; Paris, 1790, in-4. HISTOIRE NATURELLE PARTICULIERE. 205 riches envois : on doit citer avec éloge dans le nombre MM. Michaux, Macé et Martin. Tous ces voyages, ajoutes à ceux de Sonnerat , de Commerson , de Dombey et d'autres , mettent certai- nement les François au premier rang de ceux qui ont enrichi les collections Européennes. Cependant, quoique nous ne connoissions pas tous les voyages des étrangers , nous en savons assez pour dire qu'ils ont rivalisé de zèle avec nous. Seulement, dans la période dont nous rendons compte, la Cochinchine a été visitée par Loureiro (1) , le Brésil par Vellozo, tous deux Portugais; le Pérou et le Chili par Ruiz et Pavon (2), la Terre-Ferme par Mutis, le Mexique par de Sessé et Mocino, tous cinq Espagnols; l'Inde par Roxburgh (3), le Cap par Masson , la Nouvelle-Hollande par un grand nombre d'autres Angiois. M. Smith devoit en décrire les plantes (4), et M. Shavv les animaux (5). Le voyage de MM. de Humboldt et Bonpland dans les diverses parties de l'Amérique Espagnole, en même temps qu'il est le seul de cette importance dû au géné- reux dévouement d'un particulier, j'annonce comme l'un des plus instructifs que l'o i ait jamais faits pour toutes les branches des sciences physiques. Il y a cependant, parmi ces voyageurs, plus de bota- Augmenta- tion du nombre (1) Flora Cochinchinensis y Lisr bonne, 1790, 2 v !. in-4, ; Berlin , 1793 , 2. vol. in-S.° (2) Flora Peruviajia et Chilensis j mies. wàndel ; Londres, 1795, in-fol. des plantes con- (4) A .'• ptcimen ofbotany ofA'av- .' olland s Londres, 1793, 1 vol. in-4/ Madrid, 1 799, ^ I. 1 '-loi. (5) Zaology of New - Hollamt j (3) Plants of the coast of Coro- | Londres, 1794, in-4. 2o6 SCIENCES PHYSIQUES. nistes que de zoologistes. Le plus grand nombre ont public ou publient en ce moment les Flores des pays qu'ils ont parcourus. Celles du mont Atlas par M. Desfontaines (i) , de la Nouvelle-Hollande par M. de la Billardière (2), d'Oware et de Bénin par M. de Beauvois (3), des îles de France et de la Réunion par M. du Petit-Tbouars (4), font honneur à la France et enrichissent la botanique. M. Pal las a con- tinué celle du vaste empire de Russie, sous les auspices de son Gouvernement (5) ; l'Espagne a publié avec magni- ficence celle du Pérou et du Cbili ; Michaux a laissé celle des Etats-Unis, et un ouvrage particulier sur le$ nombreuses espèces de chênes de ce pays-là (6). Parmi les Flores Européennes, on doit îemarquer, pour la beauté des figures, celle du Danemarck, commencée par QEder (7), et que le Gouvernement Danois prend soin de faire continuer, ainsi que la zoologie du même pays; celle d'Autriche , entreprise et terminée par M. Jac- quin (8), et celle que MM. Kitaybel et "Wuidstein ont commencée pour la Hongrie (0). Bulliard en avoit aussi entrepris une en figures pour la France (10). Nous en (i) Flora Allamica; Paris, an 6, 2 vol. in-4. (2) Niv.r Hollandiœ plant, spéci- men; Paris, 1804- 1808,2vol. in-4. (3) Flore d'Oware et de Bénin en Afr. ; Paris, iSoj. , infol.non terminé. (4) Histoire des végétaux recueillis dans les ilesaustralesd'Afnqûcj/'tfrw, jSo6 , in-j..° non terminé, (5) Flora Rossica ; Pétersbonrg , J784 et seq. in-fol. (6) Flora Boreali-Americana/'Pans, 1803,2 vol. in-8.° Histoire des cli en es de l'Amérique ; Paris , 1S01 , i vol. in-fol. (7) Flora Danica ; Hafn. 1764 e! seq. in-fol. non terminé. (î)Flora Austriaca,- Vienn. 1773- 1778, et Aliscel/anea Austriaca. (9) Planta rarit res Hungari e. (10) Herbier de la Fiance; Paris, 17S+ et seq. 4 vol. in-fol. non terminé* BOTANIQUE. 207 avons du moins une excellente, quoique dépourvue de cet ornement : c'est celle de M. Delamarck, dont M. De- candolle vient de soigner une nouvelle édition, et pour le perfectionnement de laquelle votre Majesté vient d'en- voyer ce jeune botaniste dans les diverses parties de l'Em- pire (1). Parmi les Flores de nos provinces, celle du Dauphiné, par M. Villars, tient un des premiers rangs (2). Il y a une très-bonne Flore d'Angleterre, par M. Smith (3), et la plupart des Etats de l'Europe ont aussi les leurs. M. Swarz en a donné une des Indes Occidentales (4). Pendant que l'on parcourt ainsi avec beaucoup de peine des pays voisins ou éloignés, les botanistes séden- taires travaillent à faire connoître les plantes des jardins et celles des herbiers. Les uns s'attachent à certaines collec- tions particulières; et, dans ce genre, la France peut citer avec orgueil la description du jardin de la Malmaison (5),' où les talens du botaniste , M. Ventenat , et ceux de l'artiste , M. Redouté, ont rivalisé pour ériger un digne monument de la munificence de notre auguste Souveraine , et de la protection éclairée qu'elle accorde aux sciences utiles. Le Jardin de Cels, par M. Ventenat (6), est aussi un produit très-honorable d'une entreprise privée. (1) Flore Françoise , //' édition en j vol. îyyS ; 2,' édition en $ vol. (2) Histoire des plantes du Dau- phiné ; Grenoble , îySo , 4 volumes in-S.' (3) Flora Britannica , par Smith, Londres, 1800, 3 vol. in-8.°; et Arrangement of Britisli plants, par [Whytering, 4 vol. in-8.° (4) Flora Indice eccid. Erlang , 1787, 3 vol. in-8.° (5) Jardin de la Malmaison ; iSoj et seq. in -fol. (6) Description des plantes nou- velles et peu connues cultivées dans le jardin de M. Cels; Paris, an S [1802] . in- fol.; et Choix de plantes dont la plupart sont tirées du jardin de Cels, iSoj. *o8 SCIENCES PHYSIQUES. En Autriche , M. Jacquin continue depuis long- temps de décrire les plantes du jardin de l'empereur (1); M. Wildenow a commencé la description de celui de Berlin (2); celui du roi d'Angleterre à Kew (3) a été publié par M. Ayton, et celui d'Hanovre par M. Schra- der (4). Parmi ceux qui se sont bornés à donner des espèces de supplémens au système, en décrivant des plantes nou- velles de quelque part qu'elles leur vinssent , nous cite- rons M. Vahl, dans ses Eclogœ AmericatiX (5) et dans ses Symbolœ (6); M. Cavanilles, dans ses Plantes rares d'Es- pagne (7); M. Smith, dans ses Icônes (S). Les Sîirpes et le Sertum Aiiglicum de l'Héritier [y) méritent aussi d'être cités honorablement dans ce nombre. D'autres botanistes prennent pour sujets d'étude, cer- taines familles de végétaux. Les Liliacées de M. Decan- doile , avec des planches de M. Redouté , doivent être mises, pour la magnificence , à la tête de tous les ou- vrages de ce genre (10). M. DecandoIIe a aussi donné un Traité sur les astragales et les genres voisins (1 1), et une (1) f for tus \ indobonensis; Vienne, 1770-1776, in-fdl. et Hortus Sc/iœn- hrunnensis, ibid. 1797 et seq. (2) H< ttui Bcroïminsh ; Berlin. (3) Hortm hewensis ; Londres, 1789, 3 vol. in-8.° (-l) Sertum Hanoveranum ; Gott. 1795-1796, in-fol. (',) Hat'n. 1796, in-fol. (6) Symbvlce botanicœ ; Hafn. 1790, in-fol. (7) hones et descriptiones planta- rum quas aut spome in Hispania crescunt , mil in hortis hospitantur ; Madrid , 1-91- 1801 , 6 vol. in-fol. (X) Icônes pictx plant, rar. 1790- 1793, et Plant, icônes hactenus mé- ditée, Lond. 1 780-1791, in-fol. (9) Stirjies novœ ; Paris, 1780- 1785; et Sertum Anglicum , 1788, in-fol. (10) Les Liliacées ; Paris, 1S02 et se.j.gr. in-fol. Il y a déjà trois volumes terminés. (il) Astragalogia ; Paris,! 802, 1 voi. in-fol. Histoire BOTANIQUE. 209 Histoire des plantes grasses , avec de befles figures (1), La Monographie des pins, de M. Lambert, est un ouvrage superbe ; celle des saules par Hofman (2) , celle des carex par M. Skuhr (3) , celle des oxalis par M. Jac- quin (4) , celle des gentianes par M. Frœlich (5) , mé- ritent des éloges pour leur exactitude : nous devons aussi remarquer celle des graminées d'Allemagne et de France , par M. Kcehier, de Mayence (6). Il y a une foule d'autres travaux sur des familles particulières , publiés dans les Mémoires des sociétés savantes , ou séparément , et qu'il nous est impossible d'énumérer complètement. Les plantes cryptogames ont été étudiées avec une attention toute particulière : des figures et des descriptions soignées des mousses ont été données par Hedwig (7) , des lichens par Hofman ( 8 ) et par Acharius (cp), des champignons par Bulliard (10). MAI. Tode (11) et Persoon (12) ont porté très-loin l'étude des petits cham- ( 1 ) Plantarum h'ist. succulentarum ; Paris, an 7 et suiv. in-fol. (2) Historia salicum ; Leips. 1 785 — 1 7.9.I j 2 vo!. in-fol. dont le second n'est pas fini. (3) Histoire des carex ou laîches , traduite de l'allemand par Dela- vigne ; Leipsich, iSoz, in-8." (4) Oxalis monographia ; Vienne, 1 794 » > vol. in-4. (5) Libellas de gentiana ; Erlang , 1786, in-8.» (6) Descriptio graminum in Callia etGermaniaspontecrescentium;¥ràt\c- fort, 1802, in-8.° (7) Descriptio et adumbratio mus- Corum frondosorum ; Leipsick, 1787- Scknces physiques. 1797,4vol. in-fol. et Spolies muscorum frondosorum , Leipsick, 1801 , in-4." Voye^ aussi Aiuscologia recentiorum , par M. Bridel; Goth. 1797-1799, 3 vol. in-4. (8) Descriptio et adumbratio liche- num ; Leipsick , 1790, in-fol. (9) Lichenographiœ Suecica; pro- dromus ; Linkioping, 1798. (10) Dans l'Herbier delà France , et à part sous le titre de Champignons de la France. (11) Fungi Mechlenburgenses se- lecti ; Lunebourg, 1790-1791,^-4." (12) Synopsis metlwdicafungorum , Gott. 1 80 1 , in-8." ; et Icônes pictif spec. rar.fungorum , Paris, 1803 et suiv. Dd 2io SCIENCES PHYSIQUES, pignons ; M. Decandolle y a beaucoup ajoute (i). Les algues et conferves ont été observées avec beaucoup de soin par MM. Chantrans et Vaucher (2) : le premier croit que plusieurs de ces êtres appartiennent au règne animal. I a Ncreis Britannica de M. Stackbouse (3) est une belle monographie des fucus. Il y en a une autre faite avec plus de luxe , par M. Welley ; celle de M. Esper est moins soignée (4). M. de Beauvois a travaillé sur toute cette classe (5); MM. Swarz (6) et Smith (7) se sont occupés plus parti- culièrement des fougères. Avec des secours si abondans, il a été aisé de rendre les ouvrages généraux de botanique infiniment plus complets que Linnxus ne les avoit laissés. Le Dictionnaire de botanique de l'Encyclopédie , par M.Delamarck , continué par M. Poyret (8) ; les Species pLintariim de M. Wildenow (p) , rénumération que M. Vabi (10) avoit commencée, porteront à près de trente mille le nombre des espèces de plantes connues et enregistrées dans ce grand catalogue de la nature, et chaque jour en ajoute de nouvelles. M. de Jussieu (1) Dans son édition de la Flore Françoise. (2) Histoire des conferves d'eau douce ; Genève , iSoj , in-jf..' (3) Bath, 1795 , in-fol. (4) Icônes fucorum ; Nuremberg , 1797 et 1798, in-4.» (s) Prodrome d'aéthéogamie, déjà cité. (6) Synopsis filhum ; KicI, 1 806 , m 8." (7) Mémoires de l'Académie de Turin. (8) Commencé en 1783. On en est au 8. c et dernier volume ; in-j..° (9) Commencé en 1797 à Berlin. On en est au 8.° et dernier volume : il y en aura deux de supplément; in-S.' (10) Enumerat'io plant arum i Hafn. 1805. II n'y en a que deux vo- lumes. BOTANIQUE. m comptoît dix-neuf cents genres en 1 785; ; ce nombre seroit presque doublé par ceux qu'ont établis MM. Cavanilies ,. Loureiro , Smith , Lamarck, Ruis et Pavon , Michaux, la Billardière, Thunberg , Gartner, du Petit - Thouars , Decandolle, Ventenat, et M. de Jussieu lui-même : mais une partie de ces genres rentreront les uns dans les autres , ou dans les genres anciens ; il en restera toujours huit à neuf cents de nouveaux (1). Il n'est pas possible que dans un si grand nombre de Nouvelle. plantes il n'y en ait beaucoup dont la société' pourra tirer P l3ntC5 ulilc! - parti. Sans vouloir , à l'exemple des anciens , attribuer à toutes les plantes des vertus médicales imaginaires, il est certain que la botanique a fourni, même dans ces derniers temps, plusieurs médicamens utiles. Le tetragonia expansa, rapporté des îles des Amis par le capitaine Cook , se cultive aujourd'hui en Europs comme plante alimentaire et comme excellent antiscor- butique ; le chenopodium àttthelmbitkkum , si utile contre les vers des enfans, s'est répandu des États-Unis dans beaucoup de jardins de l'Europe ; la mousse de Corse [fucus heîmïnthocorton] est suppléée maintenant par plusieurs de nos varecs , suivant les indications de M. Gérard. Plusieurs plantes médicinales, anciennement connues, mais apportées autrefois de l'étranger, sont actuellement communes dans nosjardins; le 'lobelia syphil'it\ça de Virginie, (1) Consultez aussi sur les plantes nouvelles qui paroissent journelle- ment , les divers recueils périodiques de boianique , tels que le Journal de botanique d'Usteri, celui de Scliru- der, \e Botanist Repositoryd'Andrews, les Annales du Muséum d'histoire naturelle de Paris , &c. Dd 2 iii SCIENCES PHYSIQUES, le jafap du Mexique [convolvuhis jalappa] , la rhubarbe Je Sibérie [rheum palmaîum] , celle des Arabes [rheum ribes] , sont de ce nombre. L'histoire, jusqu'à présent si obscure, de nos plus im- portans médicamens végétaux, a été singulièrement éclaircie par les botanistes. MM. Vahl , Ruis et Pavon, ont les premiers bien dis- tingué les diverses sortes de quinquina, dont plusieurs égalent en vertu le quinquina rouge du Pérou. M. Decandolie a montré que l'on confondoit, en phar- macie , des plantes de genres et même de classes diffé- rentes , sous le nom commun à'ipe'cacutinha (i). Sans toutes ces distinctions , sans la fixation précise du degré de vertu de chaque espèce, il est impossible à la médecine de rien prescrire de certain sur les doses et l'efficacité des médicamens. Les botanistes n'ont pas mis moins de zèle à propager les plantes aromatiques ou alimentaires qu'ils ont découvertes. Tout le monde est instruit de leurs succès dans la transplantation à la Guiane des épiceries des Moluques. Ce monopole a été arraché à l'Orient par des François , et la culture de ces plantes précieuses portée dans des contrées d'où le retour en Europe sera beaucoup moins pénible et moins coûteux. Nos îles de France et de la Réunion , qui ont servi d'entrepôt pour cette grande entreprise , en partagent le bénéfice : elles reçoivent elles-mêmes des espèces nou- velles ; le ravandsara de Madagascar, arbre aromatique, (i) Bulletin des sciences, messidor an 10. BOTANIQUE. 213 y est maintenant naturalisé; l'Inde et la Chine leur ont fourni le litchi , le ramboutan et le mangoustan , dont les fruits sont très-agréables. Les professeurs du Muséum impérial d'histoire natu- relle sont parvenus à faire donner à nos colonies d'Amé- rique l'arbre à pain des îles des Amis. On en fait à présent usage à Caïenne. La canne à sucre violette de Batavia remplacera bientôt la canne ordinaire; elle donne plus de sucre et en moins de temps. La France, déjà si riche en excellens fruits, a reçu le mûrier rouge du Canada, le néflier du Japon, et le noyer pacanier de l'Amérique septentrionale. Ces fruits agréables peuvent encore se perfectionner par la culture. Une variété de la patate du Mexique, envoyée récem- ment de Philadelphie, se répand en France : son goût approche de la châtaigne. Ces plantes alimentaires sou- terraines, qui craignent peu les intempéries, sont une richesse plus certaine encore que les autres. Les États-Unis nous ont donné une foule de nouveaux bois de charpente et de menuiserie, principalement des espèces de chênes, de frênes, d'érables, de bouleaux, de pins et de noyers, dont quelques-unes ont encore des usages accessoires très-importans. Le tan du chêne rouge esc préféré à tous les autres ; le quercitron , ou chêne tinctorial, aide à teindre les cuirs en un jaune très-solide ; deux sortes d'érables donnent du sucre ; le tupelo aquatique remplacerait le liège; le bau- mier donne lin suc utile en médecine; divers sapins et genévriers aromatisent la bière. Quelques-uns de ces arbres ont l'avantage de bien venir dans des terrains qui 2.4 SCIENCES PHYSIQUES. n'en nourrissoient pas d'autres de même genre. Le cyprès chauve veut des marais, Sec. La terre de Diêmen nous enverrait de même des eucalyptus et des casuanria exceller» pour ia marine , et dont les diverses qualités s'approprieraient aisément à une foule d'autres usages particuliers. Le phormium tenax de la Nouvelle-Zélande peut servir la marine plus promptement encore par sa filasse, beaucoup plus robuste que celle du chanvre ; il viendra aisément dans nos provinces mé- ridionales. Nous ne parlerons pas de ce grand nombre de plantes d'agrément qui ornent aujourd'hui nos parterres et nos bosquets, quoique ce soit aussi une utilité que de mul- tiplier ces sortes de jouissances, et que l'architecture et les fabriques en tirent journellement des moyens et des modèles. C'est en grande partie par cette attention qu'ont tou- jours eue les naturalistes de réunir dans leur patrie les productions étrangères qui peuvent y réussir , que les peuples civilisés sont arrivés à leur prospérité actuelle. Le même moyen peut l'augmenter encore : les pays étran- gers nous offrent bien d'autres plantes utiles; nos colonies sur-tout peuvent en recevoir en foule des Indes et des autres pays chauds. Il seroit digne d'un Gouvernement paternel de les leur donner, et de faire encore, pendant la paix, ces conquêtes si douces et si peu dispendieuses. Augmenta- Le nombre des animaux existans est infiniment supé- V on c rieur à celui des végétaux ; mais on a commencé plus des animaux t> ' connus. tard et l'on a long-temps mis moins d'attention à en ZOOLOGIE. 215 dresser l'état. Linnaeus encore , en portant dans cette branche de la science cette méthode précise qui lui a donné tant de succès en botanique, a eu l'avantage d'y trouver un champ plus neuf et plus fécond , qu'il a effleuré rapidement tout entier, pendant que Buffon et Pailas en cuitivoient quelques parties avec plus de pro- fondeur et d'éclat. Les efforts réunis de ces hommes célèbres ont inspiré plus d'intérêt pour l'histoire des animaux, et l'effet com- mence à devenir sensible; car la période actuelle est plus riche que toutes les autres en travaux sur ce règne. Lés quadrupèdes ont éprouvé peu d'augmentation depuis Pailas et Buffon, si ce n'est par la Zoologie de la Nouvelle-Hollande de M. Shaw, et par les espèces que M. Schreber ajoute de temps en temps à la grande His- toire de cette classe , qu'il publie depuis plusieurs années (1). Cependant l'ouvrage d'Audebert sur les singes peut être cité comme livre de luxe (2). La Description de la ménage- rie impériale, commencée par MM. de la Cépède, Cuvier et Geoffroy, offre aussi de belles figures de quadrupèdes dessinées par Maréchal et M. de Wailly (3). On attend avec intérêt l'ouvrage que M. Geoffroy prépare sur les animaux à bourse, et dont il a donné séparément de beaux échantillons. M. Péron a rapporté beaucoup de qua- drupèdes nouveaux de la Nouvelle-Hollande, et M. Les- chenaud, de l'île de Java. Buffon, qui se proposoit de (1) Publiée en françois et en alle- mand, à Etlang, depuis 1775 ; le quatrième volume est fort avancé. (2) Hist. nat. des singes; ir.-fol. (3) Commencée en l'an \Q,in-fil. Il en a paru dix cahiers de quatre planches chacun. sié SCIENCES PHYSIQUES, terminer ses travaux par l'histoire des cétacées, fut amie par la mort ; M. de la Cépède a glorieusement rempli ce besoin de la science (i) et ce désir de son illustre maître. M. Latham est celui qui a le plus ajouté au catalogue des oiseaux (2). La France a produit, sur cette classe, des ouvrages de luxe remarquables par la beauté" de leurs planches. Les oiseaux d'Afrique (3), par M. le Vaillant, présentent beaucoup d'espèces nouvelles et un grand nombre d'observations intéressantes. Les perroquets (4) , les oiseaux de paradis, les toucans, &c. (^) par le même auteur, avec des figures de M. Barraband ; les colibris et autres oiseaux dorés par Audebert et M. Vieillot (6) ; les tangaras par M. Desmarets fils, avec des figures de M. lle Decourcelles (7), sont à-la-fois de véritables objets de commerce, et des recueils dont la science peut tirer parti. On en a aussi commencé de semblables en Alle- magne : les figures des oiseaux de ce pays , publiées par MM. Wolf et Meyer (8), et plus encore celles de MM. Borkhausen , Lichthammer et Becker (o) , méritent des éloges ; mais peut-être vaudroit-il mieux représenter plus simplement des espèces nouvelles , que de reproduire ainsi des espèces connues, uniquement pour approcher davantage d'une perfection d'images que l'on n'atteindra jamais complètement , et qui n'est pas nécessaire au (1) Histoire des cétacées ; Paris , an iz , in-j..' (2) Index ornithologicus ; Londres, 1790, 2 vol. in-4.° (3) Paris , in-fol. et in-4..' Com- mencé en 1799; il en a paru cinq (4) H'id. id. Commencé en i8oi;il en a paru deux volumes. (5) Paris , 1F06, 2vol. grand in-fol. (6) Paris , 1802, 2 vol. grand in-fol. {7) Paris , iSof , grand infol. (8) Nuremberg, grand in-fol. (9) Darmstadt , in fol. naturaliste ZOOLOGIE. 217 naturaliste. M. d'Azzara , dont on a en franco is une excellente Histoire des quadrupèdes du Paraguay, tra- duite par M. Moreau de Saint-Merry (1) , vient de donner, en espagnol, celle des oiseaux, qui ne sera pas moins précieuse. Le luxe des figures a aussi été porté sur une classe •qui n'en paroissoit guère susceptible. Daudin, en France, a fait représenter les grenouilles, rainettes et crapauds (2), et Russel, en Angleterre, les serpens de la côte de Coro- mandel , avec beaucoup de magnificence (3). L'Histoire générale des reptiles, par M. de la Cépède, qui remonte aux premières années de notre période, a commencé à porter un grand jour dans cette classe , au- paravant peu étudiée (4). Les travaux de ce célèbre na- turaliste , continués depuis cette époque , et ceux que Daudin a faits en partie sous ses yeux, ont mis ce dernier en état d'en publier récemment une autre (5) où le nombre des espèces est plus que doublé. M. Schneider , dans deux ouvrages sur la même classe , a publié aussi des remarques très-intéressantes (6). M. de la Cépède est encore celui qui a publié l'Histoire des poissons la plus récente et la plus riche. C'est, par 6es vues, par le' nombre des faits qui y sont rassemblés, par l'ordre qui y règne, par l'éclat de son style, un (1) Paris, 1S01 , 2 vol. in-S." (2) Paris, an n , in-j..° (3) Londres, 2 volumes grand in- folio. (4) Histoire naturelle des quadru- pèdes ovipares et des serpens; Paris, lySS et tySg, z vol. in-j.." (5) Histoire naturelle des reptiles; Paris , ans 10 et 11 , S vol. in-S.° (6) Amphibiorum physiologie spec. I et II, Zullichow, 1797, in 4-° ; et Historiœ amphibiorum naturalis et lilterar'nv fascic. I et il , Iena, 1799 et 1801, in-8.° Sciences physiques. E e -.8 SCIENCES PHYSIQUES. digne complément du magnifique édifice commencé par Buffon (i). L'ouvrage de Bloch (2) , qui l'avoit précédé de peu d'années, est remarquable par la beauté de ses figures en- luminées et par le grand nombre de ses nouvelles espèces. L'abrégé Latin (3) que M. Schneider vient d'en publier, avec des additions, contribue à le compléter, et à faire con- noîtreavec plus d'exactitude un certain nombre d'espèces; mais la méthode bizarre -que cet éditeur a suivie, d'après le nombre des nageoires , en rend l'usage embarrassant. La classe immense des insectes est celle qui a donné lieu à plus de recherches et à plus d'ouvrages. Il yen a de ces derniers presque autant que sur les plantes , et l'espace nous manqueroit pour en rapporter seulement les titres. Nous citerons néanmoins, parmi les descriptions d'in- sectes de certains pays, la Faune Etrusque, de M.Rossi(4); celle de Suède, de M. Paykull (5); la grande Faune des insectes d'Allemagne, avec de jolies figures , par M. Pan- zer (6); l'Entomologie Helvétique, de M. Clairville (7); celle de la Grande-Bretagne , par M. Marsham ; la Faune des insectes des environs de Paris, par M. Valckenaer (8) , qui ajoute beaucoup à celle de MM. Geoffroy et Fourcroy ; ( 1 ) Histoire naturelle des poissons ; Paris , ans g - il , $ vol. in - -f.." (2) Histoire naturelle des poissons, en françois et en allemand; iz vol. in-fol. et '111-4.° Commencée en 1782. (3) Systema ichthyologite iconibus CX illustratum; Berlin, 1801, 2 v.in-8.° (-1) Livoùrne et J'ise, 171)0- '7$+, 4 vol, 1/1-4..° , dont 2. de supplément. (j)Gustavii Paykull FauhaSuecka, Instcta ; Upsal, 1798 , 4vol. in-8.° (6) Commencée en 1 793, par feuilles détachées, et se continuant encore. (7) Zurich, 1798 , 1 vol. in-8' , en françois et en allemand. (8) Paris, 1802, 2 vol. in-S.' ZOOLOGIE. 21$) les Insectes de Guinée et d'Amérique,' par M. de Beau- vois (i). Parmi les descriptions d'insectes de certaines familles , se distinguent éminemment, par leur magnificence , les descriptions et les figures des papillons, de Cramer (2), d'Angramelle (3), d'Esper (4), et sur-tout celles d'Hul> ner (5). On doit y ajouter l'Iconographie des hémiptères, de Stoll (6); celle des crustacées, de M. Herbst (7) ; les punaises, de Wolf; les diptères, de Schellenberg (S) ; les abeilles d'Angleterre, de Kirby (9); enfin, l'Histoire des coléoptères, de M. Olivier (10), qui joint au luxe des figures l'ensemble le plus complet sur les mœurs, et un grand nombre d'espèces étrangères observées par l'auteur dans les cabinets de l'Angleterre et de la Hollande. D'autres ouvrages sur cette classe , quoique dépourvus de nombreuses planches enluminées , sont remarquables par l'exactitude des observations qu'ils renferment. Telles sont les Monographies des carabes , des staphylins et des charançons , par M. Paykull (11); celles des fourmis et des (1) Insectes recueillis en Afrique et en Amérique; Paris , in-fol. Com- mencé en 1805. (2) Papillons exotiques. Commencé en 1779, continué par Holl jusqu'en 1790. (3) Papillons d'Europe, in - 4.° Commencé en 1779, continué jus- qu'en 1790. (4) Commencé à Erlang en 1777 , in-4.' (5) 8 volumes in-4. (6) Commencée en 1788; Amster- dam, 111-4.° (7) Commencée en \~t)0; Berlin et Stralsund , in-4. (8) Genres des mouches diptères, en françois et en allemand; Zurich, iFoj, in-S:' (9) Alonographia apuni Angliœ , en anglois; Ipswich, 1802, 2 vol. in-8." (10) Commencée en 1789, et se continuant encore. L'auteur vient de terminer le 5.' vol. in-4.' (11) Alonogmp/iia staphylinorum Suec'hfj Upsal, 1789, in-8.° Mono' grapliia caraborum ; ibid. i790,in-8.°. Ee a 220 SCIENCES PHYSIQUES. abeilles , par M. Latreille (i) ; celle des coléoptères à petits ciytres , par M. Gravenhorst (2). Pour ies descriptions d'insectes nouveaux en général , on a plusieurs recueils périodiques, sur- tout en Alle- magne, où ce genre de publication est plus en usage. Fuessiy (3), Scriba (4), M. llliger, ont successivement mis 1 -s noms à la tête de semblables recueils. Quant au catalogue général des insectes , Al. Fabri- cius (5) est depuis long-temps, en quelque sorte, en possession de le rédiger. Ses éditions successives, depuis celle de 1775, l'ont porté au nombre effrayant de pics de vingt mille espèces, recueillies, soit dans les ouvrages que nous venons de citer, soit dans les cabinets que Al. Fabricius a soin de visiter chaque année dans une partie de l'Europe. La France est l'un des pays qui lui ont fourni le plus de matériaux (6). Nous avons en françois un excellent ouvrage sur tes insectes ; c'est celui que M. Latreille a joint à l'édition de Buffon imprimée chez Duffart (7) ; et il y en a en (1) Parh,i Soi, in-S.' (2)Brunsvich, iSoz, et Gott, 1806, 2 vol. in-S.' (3) Le Journal de Fuessiy a com- mencé en 1 778. 11 a paru sous diiic- renstitres jusqu'en 1 794 > à Zurich et à Winterthur, in-8." (4) Celui de Scriba , imprimé à Francfort, a paru depuis 179O-1793 , n-8.° et 111-4.° (5) Ce savant naturaliste n'est mort que depuis la présentation de ce Rap- bourg et Leipsick, 1775 , in-8." S/-e- des insectorum; Hambourg et Kicl, 1781 , 2 vol. in-8.° Mantissa insec- torum ; Hafn. 1787, 2 vol. in -8.° EnBomelogia systematica ; Hafn. 1792.- 1794, 4 vol. in-8.° Systema eleute- rutoTUih ; Kiel, 1801 ,2 vol. in - 8.° Systema ulonatorum ; et ainsi de suite pour les autres classes. (7) Paris , ans 10-ij , 14 vol. in-8.' Le même auteur a publié depuis, en atin, les trois premiers volumes de port. ses Gênera insectorum; Paris et Stras- ifi) Systema entomologia ; Flens- j bourg, 1806 et 1807, in-8.' ZOOLOGIE. 221 Allemagne un beaucoup plus considérable, commencé par Jablonsky et continué par Herbst (i). Les coquilles et les divers lithophytes n'ont pas man- qué de descripteurs ni de dessinateurs. Schroeter (2), Dra- parnaud (3), MM. Poyret (4) et Ferussac (5), ont traité des coquilles d'eau douce; le grand ouvrage de Martini a été continué par Chemnitz (6) , &c. Les coquilles fossiles des environs de Paris ont trouvé dans M. Delamarck un descripteur infatigable, qui en a déjà ajouté plusieurs centaines à la liste de celles qu'on observe yivantes dans la mer et dans les eaux douces (y). Mais les mollusques nus , ceux qui habitent l'intérieur des coquillages , les vers et les zoophytes , ont été trop négligés ; l'intérêt et la variété de leur structure n'ont prévalu qu'auprès d'un petit nombre de naturalistes sur la difficulté de les recueillir et de les conserver. M. Poli cependant a publié , sur les animaux des co- quilles du royaume de Naples , un magnifique ouvrage , où il expose et représente leur anatomie avec beaucoup d'exactitude (8) , et répand un jour tout nouveau sur leur physiologie. (1) Système de tous les insectes connus, commencé à Berlin, en 1785, ïn-4. (2) Sur les coquilles d'eau douce, principalement de Thuringe; Halle , 177) , in-j..° , en allemand. (3) Histoire natur. des mollusques terrestres et fluviatiles de la France Paris , 1805 , in-q.' (4) Coquilles fluviatiles et ter- restres , observées dans le départe- ment de l'Aisne; Paris, en g , in-S." (s) Essai d'une méthode conchy- liologique; Paris, iSoy. (6) Nouveau cabinet systématique de coquilles ; Nuremberg , ij6y-iy&S , la vol. in-4.' (7) Dans les differens volumes des Annales du Muséum d'histoire natu- relle. (8) Testacea utriusque S'tcillx • 2 vol. grand in-fof. izz SCIENCES PHYSIQUES. M. Cuvier s'occupe de tous ces animaux nus; il en a déjà fait connoître plusieurs nouveaux, tant à l'extérieur qu'à i intérieur , et a rectifié, par le moyen de l'anatomie, Ja plupart des notions que l'on avoit sur les autres (i). Gœtze (2), Werner, Fischer (5), Bloch , Rudolphi, ont donne beaucoup d'étendue à la connoissance des vers intestins, famille si singulière par la nécessite qui la re- tient dans l'intérieur des animaux. Bruguière avoit commencé, dans l'Encyclopédie, une histoire générale de tous ces animaux sans vertèbres, qui ne sont pas des insectes , et que l'on confondoit sous le nom commun de vers. Son voyage et sa mort l'ont inter- rompue ; et maintenant que la distribution méthodique de cette partie du règne est changée, on ne pourra pas continuer cet ouvrage sur le même plan. Il y a beaucoup moins d'ouvrages généraux sur le règne animai que sur la botanique , parce qu'il est très -difficile qu'un seul homme étudie les espèces innombrables et les formes à-la-fois si compliquées et si diversifiées des ani- maux. M. Shaw est jusqu'à présent le seul qui ait entrepris d'en écrire un détaillé (4) ; mais il est encore loin de l'avoir terminé, et la plus grande partie de ses figures est em- pruntée d'autres ouvrages. Il y en a au moins plusieurs tableaux abrégés. Les Allemands, accoutumés depuis long- (1) Dans les Annales du Muséum d'Iiistoire naturelle. (2.) Essai d'une histoire naturelle des vers intestinsdes animaux; Blan- henbourg, 17S2, 1 vol. 111-4.° > e " a ^ e ~ jnand. (3) Vermium inlestinalium brevis expositio ,auct. Werncr, Leips. 1782, 1. vol. in-8.°; ejusdem Conlin. 1, ibid. 1782; Contin. Il à Leonh. Fischer, 1786; Contin. m, auctore Fischer , 1788. (4) General ^pology , commencée en 1800, à Londres j in-t.' Nouveaux animaux utiles. ZOOLOGIE. 225 temps à enseigner l'histoire naturelle dans leurs universités, ont sur-tout le Manuel de M. Blumenbach (i). Le premier écrit méthodique de ce genre qui ait paru en France, est le Tableau élémentaire de M. Cuvier (2) , qu'a suivi la Zoologie analytique de M. Duméril, ouvrage qui présente tous les genres distribuée d'après une analyse rigoureuse, et où l'au- teur propose beaucoup de divisions nouvelles (3). Les animaux nous offrent moins souvent des objets nouveaux d'utilité que les végétaux, parce que nous avons moins de moyens de nous en rendre maîtres et de nous consacrer leur existence. Cependant cette période a fait connoître de nouvelles espèces de gibier que l'on pourroit répandre dans nos bois, comme le phascolome de la Nouvelle-Hollande, &c. ; de nouvelles pelleteries propres à alimenter le commerce ou à donner du poil pour la chapellerie , comme le couy du Paraguay, &c. En revanche, les animaux offrent au philosophe, dans Observations 1. / / 1 1 !• 1 1 remarquables eurs propriétés et dans leurs diverses industries , des sur | es mœur sujets de méditation plus nombreux et plus intéressans. « l'industrie t j / » , ï , , . ries animaux', .Leurs mœurs, les procèdes de leur instinct, mentent sur-tout l'attention , et exigent souvent beaucoup de saga- cité pour être bien développés. (1) La 8. c édition est de 1807. II y en a une traduction Françoise, par M. Artaud, faite sur la 6. c édition; AIeti,,8o^,zvol. in-8.' ( 2) Paris , an 6 , in-S.° ( 3 ) Paris , 1S06 , in- S.' — Au reste, pour se mettre au courant de toutes les découvertes de détail dont se sont enrichies les diverses branches de l'histoire naturelle, il faut encore parcourir les ouvrages périodiques généraux , tels que le Naturforscher 3 le Journal deVoigt, les Annales du Muséum d'histoire naturelle, les écrits delà Société des naturalistes d,e Berlin, le A'atnralist's Miscellany-^ de.Shaw ? &c. Ce dernier a le dcfàut de repro- duire beaucoup de choses connues. 224 SCIENCES PHYSIQUES. L'abeille, qui fait depuis si long-temps l'objet de l'ad- miration des naturalistes et des hommes instruits de toutes les classes, n'étoit point encore parfaitement connue; et il e'toit réservé à M. Huber de dévoiler tout-à-fait les secrets du gouvernement des ruches (i). Propm'tcssin- Il y a peu de propriétés plus remarquables que celle Eulicres decer- eu i - i i i i uins animaux. ( l ue spallanzani a découverte dans les chauve -souris, de Tact des pouvoir se diriger dans l'obscurité , de démêler tous les chauve -souris. contours ; toutes les fentes des souterrains, et d'éviter tous les obstacles sans employer le sens de la vue : la délicatesse du sens du toucher répandu sur l'énorme sur- face de leurs oreilles et de leurs ailes , et l'extrême finesse de leur ouïe , peuvent également y contribuer. Reprodur- La faculté de reproduire les parties coupées , portée tion des parties > ., A , , . , , . ,, M , coupées. a 1 extrême dans le polype a bras , si célèbre par les expériences de Trembley, ne se manifeste guère moins fortement dans les actinies et dans quelques autres zoo- phytes , selon l'abbé Dicquemare (2) : on l'a connue de tout temps pour les écrevisses ; on sait , par Spallanzani et Bonnet, à quel point elle va dans les salamandres aqua- tiques et les limaçons. Dans la période actuelle, Brous- sonnet a constaté qu'elle est presque aussi étendue dans les poissons (3). Fécondation Bonnet avoit découvert dans les pucerons la faculté d'être fécondés pour plusieurs générations par un seul continuée. (1) Nouvelles Observations sur les abeilles, par François Huber; Genève, 1792, in-S." (2) Les recherches de Dicquemare ne sont encore connues que par quel- ques Mémoires épars dans le Journal de physique; mais le manuscrit existe en entier , avec beaucoup de plan- ches toutes gravées, dans les mains de JVl. aux serpens à sonnette, la faculté d'étourdir et en quelque sorte d'attirer à soi les petits ani- maux dont ces reptiles se nourrissent. M. Barton a réduit cette faculté dans ses justes bornes, en montrant que le serpent à sonnette ne prend ainsi que de petits oiseaux ou animaux qui nichent pris de terre, et que c'est dans les mouvemens qu'ils se donnent pour défendre leurs pe- tits, qu'ils s'approchent assez de la gueule du reptile, pour qu'il puisse s'en emparer (i). (i) Mémoire concernant la faculté I sonnette, en anglois; Philadelphie, de fasciner, attribuée au serpent à | i?y6 , in-8.' ZOOLOGIE. 227 Au nombre des émanations nuisibles les plus extraor- dinaires , doit être comptée l'électricité galvanique que certains poissons manifestent à volonté. M. de Humboldt a fait connoître le degré prodigieux de celle du gymnote de la Guiane (1), et M. Geoffroy a décrit les organes où elle se produit dans le silure électrique du Nil (2). II y a aussi des animaux intéressans par leurs formes sin- Animaux s'n. gulières , et la Nouvelle-Hollande se fait remarquer plus que forme. fa ' tout autre pays par ces formes extraordinaires. En général, elle a renouvelé ce fait remarquable, qui eut déjà lieu lors de la découverte de l'Amérique méridionale ; c'est que tous ses êtres vivans , excepté l'homme et le chien , sont d'es- pèces et souvent de genres inconnus au reste du globe , comme s'il y avoit eu pour elle une création particulière. Le kanguroo , découvert par le capitaine Çook, haut de six pieds , faisant des sauts énormes sur ses jambes de der- rière disproportionnées, portant ses petits dans une poche; le phascolome , décrit par M. Geoffroy , et qui réunit la poche des didelphes , la marche lente des paresseux et les dents des rongeurs ; l'ornithorinque de M. Blumenbach, dont les pieds ressemblent à ceux d'un phoque et le mu- seau au bec d'un canard; l'échidné, qui joint un museaa tubuleux et une langue extensible de fourmilier à des épines de hérisson, frappent d'étonnement les yeux les plus habitués aux singularités de la nature. Cette géographie des êtres organisés présente plusieurs autres considérations , et M. de Humboldt lui a donné le (1) Dans les Observations de zoo- I (2) Bulletin des sciences , nivôse Iogie et d'a-natomie comparée qui I an 11 ; Annales du Muséum d'Iiis- font partie de son Voyage. \ toire naturelle. Ff 2 2 2S SCIENCES PHYSIQUES, plus grand intérêt dans sa Description physique de l'Amé- rique équinoxiaie. C'est là que l'on voit, avec le plus de précision, comment chaque plante, chaque animal, sont limités dans leurs migrations par la combinaison du sol, du climat et de l'élévation verticale. Nécessité Tant de richesses dans tous les règnes mériteroient bien r u " d'être recueillies dans un ouvrage général. Il est sur-tout •System* naturel. o P nécessaire pour le règne animal, où il n'y en a point qui mérite ce nom : l'édition de Linnxus, par Gmelin (i),' n'est presque par-tout qu'une compilation informe; et sa refonte seroit peut-être ce que votre Majesté pourroit ordonner de plus utile aux sciences naturelles. L'Europe entière avoueroit sans doute un ouvrage de ce genre, rédigé par les naturalistes François. La collec- tion intitulée Annales du Muséum d'histoire naturelle , qui se publie depuis cinq ans (2), prouve, en effet, que Paris est peut-être la seule ville où les objets d'observation et les secours d'érudition s'unissent aux connoissances acquises et aux vues élevées au degré nécessaire pour y faire réussir une entreprise aussi vaste. Encouragés par votre protection toute puissante , les naturalistes François redoubleroient de zèle, et s'efforce- roient d'ériger à votre Majesté un monument digne d'elle; et il seroit beau de voir le nom de Napoléon, déjà attaché à tant de sages Jois , à tant de grandes institutions, décorer encore le frontispice d'un ouvrage fondamental. Les établissemens d'Alexandre sont tous détruits ; mais l'Histoire des animaux d'Aristote subsiste comme une (1) LeipiQgi ij8S-i7<)j ,j part'us , I (2) Paris , depuis 1S02, On est au faisant 10 vol. ; réimprimée à Lyon. | douzième \0Iu1ne in-4.' ZOOLOGIE. i2 9 marque éternelle de l'amour de ce grand prînce pour les connoissances utiles. Un mot de votre Majesté peut créer un ouvrage qui surpassera autant celui d'Aristote par l'étendue des objets qu'il embrassera, que vos actions sur- passent en éclat celles du conquérant Macédonien. Loin de nous, cependant, l'idée de rien ôter à la gloire du grand philosophe que nous vous rappelons ! Nous pensons, au contraire, qu'il faut faire revivre ses prin- cipes, si l'on veut donner à l'histoire naturelle toute sa perfection ; et nous voyons avec satisfaction qu'ils com- mencent, en effet, à revivre. Nous voulons principalement parler des méthodes. Il a été aisé de sentir, dès les premiers momens, que Perfectionne- cette immense quantité d'objets que l'histoire naturelle ^"hoHeT '" considère , avoit besoin de quelque arrangement pour se loger sans confusion dans la mémoire. On les a donc, de tout temps, distribués en divisions et subdivisions de divers ordres; et à mesure que la science a fait des progrès , on a désigné chacun de ces groupes par des caractères distinctifs plus précis. Linnasus sur-tout a porté cet art des distributions et des caractères à un tel degré de clarté et de brièveté, qu'il est aisé à celui qui s'est rendu son langage familier , de trouver, dans son immense catalogue, la place et le nom d'un être quelconque qu'il observeroit. C'est à la facilité qui résulte de cet arrangement , à la commodité de sa no- menclature , et sur-tout au soin qu'il a pris de placer dans son système tous les êtres connus de son temps, que cet homme célèbre a dû l'autorité extraordinaire qu'il avoit 2 3 o SCIENCES PHYSIQUES, acquise Je son vivant, autorité qui, toute despotique qu'elle étoit, avoit l'avantage de réunir les naturalistes sous les loi* d\\nc langue commune et intelligible pour tous. Il faut convenir, en effet, que, depuis la mort de Linnaeus , une sorte d'anarchie s'est emparée de la partie systématique de l'histoire naturelle, et que les distribu- tions de tous les degrés, et les noms qui s'y rattachent, ont varié au point de fatiguer les mémoires les plus te- naces , et d'exciter des plaintes vives de la part des ama- teurs superficiels. Mais ce désordre apparent ne vient que de îa tendance naturelle aux bons esprits vers un ordre meilleur, dont la marche de Linnaeus sembloit vouloir nous tenir écartés pour jamais, vers cette distribution des faits dont la science se compose, en propositions tellement graduées et subordonnées dans leur généralité , que leur ensemble soit l'expression des rapports réels des êtres. Il ne s'agit , pour cet effet, que de grouper les êtres d'après l'ensemble de leurs propriétés ou de leur organisa- tion, de manière que ceux que le même groupe réunira , se ressemblent plus entre eux qu'ils ne ressemblent à tout autre qui seroit entré dans un groupe différent. Cette dis- position est ce qu'on nomme méthode naturelle: une sorte de sentiment intérieur dirige vers elle tous ceux que la nature frappe; mais, comme elle supposeroit, pour être parfaite, une connoissance très -détaillée de toutes les parties des êtres , on a été long-temps obligé de s'en tenir à ces systèmes de pure nomenclature, établis, comme ceux de Linnaeus j sur quelque organe isolé et choisi assez arbitrairement. Il en a été imaginé, avant et depuis Linnaeus, un naturelle do» plantes. METHODES. * 3 i très-grand nombre , sur-tout en botanique ; et ils ont eu au moins l'avantage de porter successivement l'atten- tion sur les divers organes, et de les faire étudier: mais, comme ils satisfaisoient peu les esprits éclairés , on a cherche dans tous les temps à leur substituer la méthode naturelle. Morison , Magnol , Ray, Hailer, Adanson, Bernard MctFmde de Jussieu , Linnaeus même dans quelques écrits particu- liers , ont cherché à rapprocher les plantes d'après ces principes : mais c'est à la France, et sur-tout à l'époque actuelle , qu'il étoit réservé d'en faire une application générale à tout le règne végétal ; et c'est précisément en 178^ qu'a paru le Gênera plantanum de M. de Jussieu, ouvrage fondamental en cette partie, et qui fait, dans les sciences d'observation , une époque peut-être aussi .im- portante que la Chimie de Lavoisier dans les sciences d'expérience (1). Exposons, en peu de mots, les principes d'où l'on est parti , et la marche que l'on a suivie pour arriver à cette distribution naturelle des plantes. U y a parmi les végétaux quelques familles reconnues universellement pour naturelles, suivant l'acception don- née précédemment à ce terme : les graminées, les om- bellifères , les légumineuses , sont de ce nombre. Les botanistes , observant dans chacune de ces familles les organes constans et ceux qui varient, et trouvant que ceux qui sont constans dans l'une, le sont aussi dans les autres, jugent que les premiers sont plus importans, et que l'on (1) Gênera pljiitarum secundùm ordints initurales disrosira ; Paris, 1780, m-8.» ' > 1 y 232 SCIENCES PHYSIQUES. doit y donner plus d'attention dans la formation des fa- milles moins évidentes. Ayant ainsi classé les organes d'après l'importance qu'ils leur ont reconnue, ils mettent d'abord ensemble toutes les plantes qui s'accordent par les organes de pre- mière classe ; ils subdivisent ensuite d'après ceux de seconde , et ainsi du reste. C'est ce calcul de l'importance des organes, et son ap- plication aux divers végétaux, qui ont guidé M. de Jussieu dans la formation de ses cent familles primitives, et qui le guident encore aujourd'hui, ainsi que ceux qui tra- vaillent, d'après ses vues, à perfectionner ce bel édifice. L'ordre admirable qu'il a en quelque sorte introduit dans le règne végétal, a en effet changé, en grande partie, la marche de la botanique. Nos plus habiles botanistes François adoptent la méthode naturelle dans leurs écrits, et travaillent à l'étendre. Une partie des ouvrages descriptifs dont nous avons parlé plus haut , sont disposés selon ses principes : M. Ventenat l'a suivie dans son Tableau du règne végétal (i), et M. Desfontaines dans la plantation du jardin du Muséum et dans l'arrangement de ses her- biers. M. Jaume Saint-Hilaire vient de l'appuyer de des- sins des principales évolutions des graines (2). Elle a moins pénétré à l'étranger, faute d'un catalogue complet des espèces disposé d'après elle ; et c'est à quoi remé- diera , sans contredit , le Systcma naturœ dont nous de- mandons à votre Majesté d'ordonner la rédaction. ( 1 ) Tableau du règne végétal , selon la méthode de Jussieu; Paris , an y , 4 vol. in- 8.° (2) Exposition des familles natu- relles et de la germination desplantes; Paris , jtfoj , ./ vol. i/i-S.' Déjà METHODES. a 33 Déjà. l'on s'attache à examiner en détail chaque famille et a mettre de l'ordre dans les genres qui la composent, d'après les principes qui ont préside à la distribution de 1 ensemble. M. de Jussieu en donne l'exemple dans plu- sieurs mémoires récens sur les passiflores, les verbénacées, les laurinées (i), Sec. M. Correa de Serra, en s occupant de celle des orangers, a donné de belles vues générales sur les raisons qui, liant ensemble certains organes, li- mitent nécessairement chaque famille dans des bornes dé- terminées (2). M. Ventenat a établi une famille nouvelle,- celle des ophispermes , qui est voisine des sapotilliers. M. Decandolle a circonscrit celle des valérianes, et distri- bué d'une manière nouvelle celle des algues (5) ; et parmi les étrangers, M. Smitb a travaillé dans le même genre sur les fougères et sur les myrtes. Ceux même des bota- nistes François qui ont encore conservé le système sexuel dans la distribution de leurs plantes , comme MM. Des- fontaines et la Billardière , ont soin d'indiquer la place que chacune d'elfes doit occuper dans la méthode natu- relle , et font pour cela des recherches qui contribuent à la perfectionner, La méthode naturelle est d'autant plus importante en botanique, qu'elle est le guide Je plus sûr pour annoncer les vertus et les propriétés des plantes. Ces propriétés, en effet, dépendent de fa composition des sucs et des autres produits végétaux, laquelle dépend, à son tour, des formes des organes sécrétoires. Aussi Ljnnaeus lui-même avoit-il aperçu la constance de ce rapport entre l'ensemble des (1) Dans différens volumes des I (2) Uni. Annales du Muséum. (3) Bull, des sciences, prairial an j. Sciences physiques. G g SCIENCES PHYSIQUES, formes des plantes et leurs propriétés de tous les gemcs. Al. Decandolle vient de la développer dans un ouvrage où il fixe avec beaucoup de sagacité les précautions à prendre pour en faire l'application (i). On voit, par ce que' nous avons dit ci-dessus, que cette subordination établie parmi les caractères bota- niques, et fondement de toute métbode naturelle parmi les plantes, repose presque uniquement sur l'observation de la constance de ces caractères. C'est en effet à cela que nous réduisent l'obscurité qui règne encore dans l'éco- nomie végétale, et l'ignorance où nous sommes de ce qui résulte de telle ou telle modification d'organe : aussi est-on heureux , chaque fois qu'il s'introduit dans les principes de la classification des plantes quelque chose de rationnel. Telle est la belle observation de M. Desfontaines, que nous avons citée précédemment, sur la manière opposée dont se développent les fibres ligneuses dans les plantes à cotylédons simples et doubles. Une différence aussi mar- quée dans le tissu intime du végétal justifie en quelque sorte, en l'expliquant, cette grande division du règne. Les plantes n'ayant d'organes, ni pour le mouvement, ni pour le sentiment, il faut descendre jusqu'aux parties de la fructification , pour trouver des caractères impor- tans : et c'est en effet sur ces parties que se fondent les familles et les genres ; encore, une fois que l'on quitte la composition de la graine, a-t-on bien de la peine à donner des raisons à priori de la constance qu'on observe. (i) Essai sur les propriétés médi- I leurs formes extérieures; Paris, iSo-f, cales des plantes , eomparées avec | în-f,' MÉTHODES. 2); M. de Jussieu lui-même, voulant mettre quelque ordre dans la distribution de ses familles , en les répartïssant dans certaines classes , a éprouvé de l'embarras ; et ses classes, fondées sur la position réciproque des organes sexuels et sur la structure de la corolle , sont beaucoup moins évidentes que ses familles mêmes. La composition du fruit et de la graine , indépendam- ment de l'intérêt général qu'elle partage avec toute con- noissance positive, est donc de première importance pour perfectionner la méthode naturelle des plantes ; c'est la vraie pierre de touche de la justesse des rapprochemens indiqués par les autres organes; et M. de Jussieu s'est trouvé puissamment secondé, pour ses travaux ultérieurs, par l'ouvrage de Gartner , qui a paru la même année que le sien. Ce livre porte l'empreinte du dévouement de près de cinquante années que son auteur a consacrées à le rendre digne du public, s'en occupant uniquement dans la retraite la plus profonde , sans désir d'une répu- tation prématurée, et donnant ainsi un exemple aussi pré- cieux que rare aux hommes qui recherchent la vérité (i). Les animaux offroient plus de facilité que les végétaux Méthode na- pour une méthode naturelle fondée sur le raisonnement: J^ *"*""" les ressemblances y sont plus frappantes, et leurs causes plus faciles à trouver. Aristote en avoit déjà fort bien saisi les principales classes ; et ces classes , introduites depuis dans presque toutes les divisions zoologiques, les rendant moins choquantes , et rappelant moins la né- cessité d'une méthode naturelle , eu avoient toujours fait (i) La Carpologie, déjà citée. G g z i}6 SClENCr.S PHYSIQUES. négliger fa recherche. Ii étoit résulté de là que les classes des animaux vertébrés , assez naturelles en elles-mêmes , étoient subdivisées de la manière la plus bizarre, et que celles des animaux sans vertèbres avoient fini par se trouver beaucoup plus mal établies dans Linnxus que dans Aristote. M. Cuvier, en étudiant la physiologie de ces classes naturelles des animaux vertébrés, a trouvé, dans la quan- tité respective de leur respiration , la raison de leur quan- tité de mouvemens, et par conséquent de l'espèce de ces mouvemens. Celle-ci motive les formes de leurs squelettes et.de leurs muscles : l'énergie de leurs sens et la force de leur digestion sont en rapport nécessaire avec elle. Ainsi une division qui n'avoit été jusque-là établie, comme celle des végétaux , que par l'observation, s'est trouvée reposer sur des causes appréciables et applicables à d'autres cas (i). En effet, M. Cuvier, ayant examine les modifications qu'éprouvent dans les animaux sans vertèbres les organes de la circulation, de la respiration et des sensations , et ayant calculé les résultats nécessaires de ces modifications, en a déduit une division nom elle où ces animaux sont rangés suivant leurs véritables rap- ports (2). La classe des mollusques sur-tout, que Linnaeus (1) Leçons d'anatomie comparée, t. IV , leçon xxiv. (z) Celte distribution des animaux sans vertèbres , proposée pour la pre- mière fois à la Société d'histoire na- turelle de Paris, le 21 floréal an 3, dans un mémoire imprimé dans la Décade philosophique, perfectionnée dans le Tableau élémentaire et dans Ii s Leçons d'anatomie comparée de l'auteur, reparoitra bientôt sous un nouveau jour, et appuyée de grands développemens, dans le Traité ana- tomique des animaux sans vertèbres, qui est sous presse, avec beaucoup de planches. METHODES. i$ 7 et ses successeurs confondoient, sous le nom commun de vers , avec les zoophytes et autres animaux les plus simples, est distinguée et reportée à la tête des animaux sans ver- tèbres, qu'elle surpasse tous par une organisation beau- coup plus complète, et spécialement par l'existence d'un cœur et d'un cerveau plus ou moins compliqués. M. Cu- vier a également reconnu du sang rouge et une circulation particulière dans une classe entière .que Linna'us confon- doit avec les vers en général , et en particulier avec ceux des intestins ( i ). Ce fait justifie le titre d'animaux sans vertèbres proposé par M. Delamarck pour cette immense partie du règne animal , au lieu de celui d'animaux à sang blanc qu'on leur donnoit auparavant. M. Cuvier pense que les insectes n'ont pas de circulation , et que c'est pour cela que leurs trachées leur portent l'air par tout le corps (2). En général, la quantité de respiration produit sur le mouvement le même effet dans les ani- maux sans vertèbres que dans les autres. Les zoophytes n'ont ni cœur, ni vaisseaux, ni poumons, ni nerfs, ni cer- veau; M. Cuvier l'a montré en détail : il ne reste quelque embarras que pour les oursins , les astéries et les holo- thuries. M. Delamarck (3), qui a fait un ouvrage sur les animaux sans vertèbres , où il en étend immensément la connois- sance, sur-tout par une distribution toute nouvelle des mollusques à coquilles, a adopté, à quelques modifi- cations et additions près , les classes de M. Cuvier. (1) Bulletin des sciences, messidor an 10. (2) Mém. de la Société d'hist. nat. de Paris; Paris, an S, in-j..' ; p. 34. (3) Système des animaux sans ver- tèbres; Paris j 1S0 1 , 111-8.' i5 3 SCIENCES PHYSIQUES. MM. Duméril (i), Roissy (2), et plusieurs autres qui traitent de cette portion importante du règne animal , s'y conforment également en grande partie. 11 n'y a pas de doute que la méthode naturelle ne l'emporte bientôt sur toutes les autres, en zoologie comme en botanique. La zoologie est si immense , que chaque classe est en quelque sorte le partage d'écrivains particuliers , et toutes ont éprouvé de grandes améliorations dans cette période. MM. Geoffroy et Cuvier-fj) ont établi une distribution nouvelle parmi ies quadrupèdes, dont les principaux mo- tifs avoient été pressentis et employés avec habileté par M. Storr (4) : l'anatomie la confirme et la perfectionne journellement, et elle va bientôt trouver des caractères très-précis dans les observations de M. Frédéric Cuvier (5) sur les dents mâchelières. M, de la Cépède, considérant cette classe sous d'autres rapports, en a fait une division qui a sur-tout l'avantage d'être très -régulière et très-rigoureuse (6). Il en a donné une sur les oiseaux, fondée sur des principes analogues, et également régulière (7). M. Bechstein, dans son Histoire des oiseaux d'Allemagne (8), a fait quelques modifications à la méthode de M. Latham ; mais la classe des oiseaux , (1) Traité élémentaire d'histoire naturelle, et Zoologie analytique. (2) Histoire naturelle des mol- lusques, faisant suite au Buffon de Duffart.r. V. (3) Tableau élémentaire de l'his- toire naturelle des animaux; Paris , an 6 , in-8.° (4) Prodramus methodi mamma- lium ,■ Tubingue, 1786, in-4. (5) Annales du Muséum d'histoire naturelle, t.X, p. 10;, t. Xll etsuiv. (6) Mémoires de l'Institut, r. ///, p. 46g. (7) Ibid. p. 454. (8) En allemand ; t. I.", in-S.' MÉTHODES. 239 en gênerai , paroît peu susceptible d'être soumise à des caractères rigoureux. M. Brongniard a saisi dans la structure du cœur et dans celle des organes des sens et du mouvement , les vrais motifs de la division des reptiles en ordres et en genres (i). Daudin s'est borne à multiplier ceux-ci , peut-être sans nécessite'. M. de la Cépède, dans sa grande Histoire des poissons, est entré dans les détails les plus scrupuleux sur les tégu- mens des branchies , sur la disposition des nageoires , et sur tous les autres caractères propres à subdiviser les genres établis avant lui , auxquels il en a ajouté un grand nombre d'entièrement inconnus, les distribuant tous dans un grand tableau très-régulier où les tégumens des branchies forment un élément nouveau, que l'auteur a très-ingénieusement com- biné avec ceux que Linnœus avoit employés avant lui (2). Le nombre des cœurs et la disposition générale des or- ganes du mouvement ont fourni à M. Cuvier les familles naturelles de la grande classe des mollusques (3); l'ordre des testacées , fondé autrefois sur le caractère peu impor- tant de la coquille, est proscrit et dispersé dans plusieurs classes. M. Delamarck a établi avec autant de soin que de sagacité les genres des coquilles (4). Les crustacées , qu'Aristote avoit déjà mis dans une classe à part, se trouvoient confondus par Linnaeus dans ( 1 ) Mémoires présentés à l'Institut, t.I.",p. S S 7 . (2) Histoire naturelle des poissons, déjà citée. (3) Mémoire lu à la Société d'his- toire naturelle de Paris Te 1 1 prairial an 3,imprimé dans le Magasin ency- clopédique. (4) Dans le Système des animaux sans vertèbres , Paris, 1S01, 1 v. in-8,' ;4o SCIENCES PHYSIQUES, l'immense famille des insectes. MM. Cuvier et Delamarck. les en ont distingues par des caractères de premier ordre tires de leur circulation; ce dernier sépare même, sous le nom d'arac/mides , un certain nombre d'insectes sans ailes. Les vers à sang rouge, nommés aujourd'hui annclïdes par M. Delamarck , forment une famille caractérisée par une circulation particulière que M. Cuvier a fait connoitre, et par un système nerveux dont M. Mangili a donné la première description. De tous les animaux , les insectes sont ceux qui occupent le plus de naturalistes , à cause de leur nombre effrayant. Linnieus, qui les avoit assez bien circonscrits , les divi- soit en ordres d'après des caractères à-peu-près indiqués par Aristote, et tirés principalement du nombre et de la nature des ailes. Une partie de ces ordres est assez natu- relle; et le perfectionnement le plus essentiel qu'on y ait apporté depuis, est la séparation des orthoptères , due à de Geer, à M. Retzius et à M. Olivier. Cependant M. Fabricius imagina, en 1775. de les subdiviser comme les quadrupèdes , d'après les organes de la manducation; et par une patience infatigable, il est parvenu à appliquer ce principe aux ordres et aux genres,' en se bornant à y joindre le concours des antennes. L'en- tomologie a gagné par-là, non-seulement la connoissance positive de toutes les modifications d'un organe impor- tant, mais encore une foule de genres et de familles que l'on auroit probablement négligés, en ne considérant pas les insectes sous ce point de vue (1) : cependant il faut (1) Voye^ la liste des ouvrages de M. Fabricius, donnée à l'article de la Zoolugie. convenir METHODES. *4i convenir que les caractères trop minutieux employés par M. Fabricius l'ont très -souvent écarté des vrais rapports naturels des genres , sur-tout dans ses derniers ouvrages. Vers la fin du xvn. e siècle, le célèbre Swammerdam avoit indiqué une méthode encore toute différente de ces deux- là, prise de la métamorphose, et principale- ment de cet état intermédiaire appelé nymphe, par où il faut que le ver ou larve passe pour devenir insecte parfait. La vérité est qu'il faut combiner ces trois sortes de caractères pour arriver à quelque chose de naturel , et que l'on doit ici, comme dans toutes les autres classes, avoir égard, non pas à tout un organe considéré en masse, mais à l'influence spéciale de telle ou telle modification sur l'être qui l'éprouve. C'est ce que fait M. Latreille dans son Système des insectes , dont les trois premières parties viennent de paroître. Les plus petits détails d'organisation propres à faire distinguer les familles et les genres y sont exposés, et l'imagination s'étonne à la vue de cette prodigieuse suite d'êtres que le vulgaire aperçoit à peine, et auxquels la nature a prodigué cependant des variétés de formes et des propriétés plus remarquables peut-être qu'à tous les grands animaux (i). Les zoophytes ont été établis dans leurs limites actuelles par M. Cuvier ; mais M. Delamarck en sépare encore quelques genres d'une structure plus compliquée que les autres , qu'il nomme radiaïres. (i) Koyi'jdemcme l'indication des ouvrages de M. Latreille. Sciences physiques, H h . : coin parte, i{i SCIENCES PHYSIQUES. Tant Je travaux et des résultats si heureux dans la partie phil >sophique de la zoologie autorisent bien à dire qu'elle est en quelque sorte aujourd'hui une science Françoise. Appliquées un jour à toutes les espèces dans un ouvrage général, nos méthodes obtiendront bientôt une influence universelle. ProgrèsHel'a- C'est sur-tout à l'anutomie comparée que la zoologie doit son caractère actuel. L'exemple des botanistes avoit long-temps fait croire aux zoologistes qu'ils dévoient se borner aux caractères extérieurs : il avoit déjà fallu du courage à Linnxus pour prendre de ces caractères dans le nombre des dents; en- core, pour s'être borné aux dents antérieures, n'en avoit-il pas tiré tout l'avantage qu'elles offrent. C'est que presque tous les organes des végétaux sont en dehors ; ils n'ont d'estomac et d'intestins qu'à la surface de leurs racines, de poumon qu'à celle de leurs feuilles; la surface de leur cime aide beaucoup au mouvement de leurs fluides et leur tient lieu de cœur; tout leur système génératif est aussi visible au dehors et se montre dans la fleur; tandis que, dans les animaux , presque tout l'essentiel est en dedans, cœur, vaisseaux, nerfs, cerveau, intestins; et si on ne les dissèque, on ne peut expliquer ni leur diges- tion , ni leurs mouvemens , ni leurs sensations , ni leur degré d'intelligence. L'anatomie comparée, cultivée avec beaucoup d'ardeur jusqu'à la fin du xvn. e siècle, fut donc un peu négligée dans les deux premiers tiers du xviii. c Linnxus y contribua involontairement, en portant dans l'étude des animaux la ANATOMIE COMPARÉE. 243 marche des botanistes; mais Buffon , Daubenton, et après eux M. Pallas , lui opposèrent leur exemple , et rappe- lèrent l'importance de l'anatomie comparée en zoologie, en même temps que Haller prouvoit combien elle peut en avoir en physiologie. John Hunter en Angleterre, les deux Monro en Ecosse , Camper en Hollande , et Vicq-d'Azyr en France, furent ceux qui suivirent les premiers ces indications. Camper porta, pour ainsi dire en passant, le coup-d'œil du génie sur une foule d'objets intéressans, mais presque tous ses travaux ne furent que des ébauches ; Vicq-d'Azyr, plus assidu , fut arrêté par une mort prématurée au milieu de la plus brillante carrière : mais leurs travaux avoient inspiré un intérêt général, et l'Europe compte maintenant plusieurs savans qui s'oc- cupent, soit de disséquer les animaux qui n'ont pas en- core été examinés anatomiquement, soit d'employer l'ana- tomie à déterminer la nature des animaux et à expliquer leurs fonctions, soit enfin de faire réfléchir les rayons de l'anatomie comparée sur la physiologie générale (1). M. Everard Home, en Angleterre, a marché sur les traces de son maître Hunter ; il nous a fait connoître le ( 1 ) Le Traité des dents et les autres écrits de Hunter, insérés en partie dans les Transactions philoso- phiques; les Œuvres de Camper, re- cueillies en allemand par M. Herbeli, et en françois par M. Jansen, Paris, J val. in-8.° avec un atlas ; l'Abrégé d'anatomie comparée de Monro le père, traduit par M. Sue; l'Anatomie et la Physiologie des poissons de Monro le fils, en anglois, et traduites en allemand par M. Schneider; les Mémoires de Vicq-dAzyr, insérés par- mi ceux de l'Académie des sciences, et recueillis , mais incomplètement, par M. Moreau , Paris, j vol. in-8.'; son Recueil de descriptions anaio- miques d'animaux, commence pour l'Encyclopédie méthodique, et quel- ques Mémoires de M. Broussonnet, sont, enanatomie comparée, les meil- leurs écrits de la période qui a pré- cède immédiatement celle dont nous faisons l'histoire. Hh z 2U SCIENCES PHYSIQUES, premier l'organisation singulière de ces quadrupèdes de la Nouvelle-Hollande, qui semblent participer de la na- ture des oiseaux et de celle des reptiles, lis manquent de mamelles et de matrice; il sera du plus grand intérêt de connoître leur génération. Ses observations sur la matrice et la gestation du kanguroo, sur la dentition de l'éléphant, sur l'anatomie du taret , &c. sont pleines d'intérêt. Le Traité des dents, par M. Blake , contient aussi plusieurs faits nouveaux, applicables à l'anatomie compa- rée, et qui, joints à ceux qu'ont fait connoître MM. Tenon, Home et Cuvier, portent, à peu de chose près, cette branche de la science à sa perfection. Dans le même pays, M. Carlisle a fait la remarque intéressante, que, dans les quadrupèdes très - lents , tels que les paresseux , les artères des membres sont excessi- vement subdivisées à leur origine, et se réunissent ensuite pour se distribuer comme à l'ordinaire. M. Hatchett a soumis les os et les coquilles à des opérations chimiques analogues à celles que Hérissant leur avoit fait subir , et qui ont le mérite d'en expli- quer les apparences en faisant connoître leur structure intime (i). M. Townson a fait des observations et des expériences curieuses sur le mécanisme de la respiration des reptiles, qui ont été confirmées par celles de MM. Herold et Rafn, de Copenhague (2). (0 Les Mémoires de MM. Home, Carlisle et Hatchett , sont insérés dans les Transactions philosophiques. (2) Traités ci observations sur l'his- toire naturelle et la physiologie, par Kob. 1 ownson , en anglois ; Londres , •799' ANATOMIE COMPARÉE. z^ En général, l'anatomie comparée a été cultivée avec succès en Danemarck, ainsi que la zoologie; et l'on doit à MM. Abildgaardt et Viborg de bonnes remarques dans le premier genre comme dans le second (i). M. Neergaardt, Danois, résidant àGottingen, a publié d'excellentes observations sur les intestins des quadrupèdes et des oiseaux (2). En Hollande, M. Adrien Camper, continuant d'illus- trer un nom déjà célèbre, a publié une anatomie de 1 éléphant ( j) , et se dispose à en faire paraître une des cétacées. En Allemagne, M. Blumenbach a enrichi d'observations piquantes presque toutes les branches de la science. Ses comparaisons des animaux à sang chaud et à sang froid, ovipares et vivipares, en sont pleines (4). Il a comparé même entre elles les variétés de l'espèce humaine, et fixé leurs caractères distinctifs. M. Albers, deBremen, a beaucoup travaillé sur les pois- sons, les cétacées, les oiseaux, principalement sur leurs organes de la vue, et a donné une bonne anatomie du phoque (5). Il s'occupe en ce moment de publier, sur (1) Dans Tes Mémoires de la So- ciété royale et de la Société d'his- toire naturelle de Copenhague. (2) Anatomie et physiologie com- parées des organes de la digestion dans les quadrupèdes et les oiseaux, en allemand; Berlin, 1S06 , in-S.' (3) Paris , 1806 , grand in-folio. (4) Spécimen pliysiolcg'ue compa- rata animalium calidi sanguinis , "Gottingne, 1780; et Spécimen phy- siologie comparatœ animalium frigidi sanguinis, ibid. : Décades craniorum, recueil commencé en 1790; et De generis humani varietate naliva ; la troisième édition est de Gottingne, 1795, in-li : il y eu a une tra- duction Françoise, Paris, 1S06 , in-8.' (5) Matériaux pour l'anatomie et la physiologie des animaux, en alle- mand ; Uremcn , iSoz , in-4.' , 4 ô SCIENCES PHYSIQUES. l'anatomie des crétacées , un traité générai, qui ne peut être attendu qu'avec impatience. MM. Hedwig fils et Rudolphi (i) ont examiné avec soin les papilles des intestins. M. Fischer, aujourd'hui établi à Moscou, s'est occupé de la vessie natatoire des poissons et de l'os intermaxil- laire des quadrupèdes (2). Les bassins de ces derniers ont élé comparés par M. Autenrietb, qui, en général, a porté très-loin les rapprochcmens comparatifs des parties dans tout le règne animal. M. Wiedeman, professeur à Kiel , a donné, dans ses Archives zootomiques , des descriptions détaillées de l'os- téologie de la tcte de plusieurs quadrupèdes , et divers autres morceaux intéressans (3). M. Meckel a fait des recherches précieuses sur le thymus et les glandes surrénales des divers ani- maux (4). L'Italie, cette terre si éminemment classique pour l'ana- tomie, a produit encore dans cette période de grands tra- vaux en ce genre. Les excellens ouvrages de M. Scarpa et de Comparetti sur les organes de l'ouïe , de l'odorat et de la vue , ont presque complètement fait connoître les modifications va- riées de ces organes dans les diverses classes. M. Mangili (1) Mémoires d'anatomie et de physiologie, en allemand ; Berlin , 1S02, in -g.' (2) Sur les formes de l'os inter- maxillaire, en allemand; Leipsick, 1800 , in-8.° (3) Les Archives de la zoologie et de la zootomie, dont il a paru i[ vol. in 8.°, sont un recueil précieux pour l'anatomie comparée. (4) Mémoires d'anatomie et de physiologie humaines et comparu -, en allemand; Halle, 1806, in-8.' ANATOM1E COMPAREE, a démontré les nerfs dans quelques animaux où on ne les connoissoit pas. Nous avons de'jà parlé de ia superbe Histoire anatemique des testacées des mers de Naples, par M. Poli , et du grand travail de M. Moreschi sur ia rate. En France, M. Guvier a fait connoître d'une manière générale la structure des organes de la voix des oiseaux, et en a expliqué le mécanisme. MM. Bloch et Latham ont traité de quelques parties du même sujet, en Allemagne et en Angleterre. M. Cuvier a encore développé le mécanisme des jets d eau des cétacées et les causes qui rendent ces animaux muets : il a donné une comparaison des cerveaux de di- verses classes, et montré les rapports de leurs formes avec l'intelligence et même avec quelques-unes des habitudes particulières des animaux. Il a décrit en détail les organes de la circulation des mollusques et des vers à sang rouge: il a cherché à prouver que les insectes n'ont aucune cir- culation , et, pour y parvenir, il a décrit la structure de leurs viscères et celle de leurs organes sécrétoires. Ceux- ci sont toujours de longs tubes flottant dans le fluide nourricier dont ils extraient leurs sucs propres (i). M. Geoffroy a entrepris un grand travail, pour mon- trer l'analogie de toutes les parties du squelette dans toutes les classes d'animaux vertébrés, quelles que soient les modifications de leurs formes et de leurs connexions. On connoissoit, avant lui, les organes électriques de (i) Les Mémoires anatomiques de M.Cu\ier sont éparsdans le Journal de physique et dar.s !e Bulletin des sciences; mais on en trouve le ré- sumé dans ses Leçons d'anatomic: comparée. i\i SCIENCES PHYSIQUES. la torpille et du gyiflnote ; mais il a décrit le premier ceux du silure , poisson bien supérieur à la torpille pour la force de cette propriété. Ces organes , toujours disposés par couches, paraissent avoir du rapport avec la pile galvanique. H est piquant de savoir que les Arabes désignent ces animaux par le même mot que le tonnerre (i). M. Duméril a fait connoître ie mécanisme de l'articu- lation du genou et du jarret des oiseaux, qui leur permet de se tenir si long-temps sur un pied, et il a rempli de ses propres observations la partie de l'anatomie comparée de M. Cuvier dont il a été le rédacteur. M. Duvernoy en a fait autant pour la sienne, et il a publié séparément des observations sur l'existence de l'hymen dans tous les quadrupèdes, et d'autres sur les organes de la déglutition, considérés dans toutes les classes vertébrées. II n'existoit point, avant la période actuelle, d'ouvrage général sur l'anatomie comparée. Tous les écrits qui por- toient ce titre, comme ceux de Severinus, de Blasius , de Valentin, de Collins, de Monro, et celui que Vicq- d'Azyr avoit commencé pour l'Encyclopédie méthodique, n'étoient que des recueils de descriptions particulières. Les leçons de M. Cuvier, publiées par MM. Duméril et Duvernoy (2), en font aujourd'hui un où chaque organe est considéré successivement dans toute la série des ani- maux. II a fallu, pour cela, entreprendre un nombre consi- dérable d'observations et de dissections nouvelles ; mais la richesse des résultats , soit pour la connoissance des (1) Les Mémoires de M. Geoffroy I (2) Paris, ans 8 et 14, £ volumes sont dans les Annales du Muséum. J in-S.' animaux, ANATOMIE COMPAREE. 24? animaux, soit pour la théorie générale de leurs fonctions, dédommage amplement de ce travail. M. Blumenbach publioit en même temps, en Alle- magne , un traité moins étendu (1), mais qui aura le même genre d'utilité, c'est-à-dire qu'il servira de base à l'enseignement et de point de départ pour des recherches ultérieures , en même temps qu'il fournira d'abondans matériaux à la physiologie , qui , jusqu'à ces derniers temps, faisoitde l'anatomie comparée un usage un peu arbi- traire; en n'employant presque jamais que des faits isolés. Peut-être en abuse-t-on un peu aujourd'hui dans un autre sens, en rapprochant, d'une manière téméraire et sur des rapports examinés superficiellement , les classes et les organes les plus éloignés. C'est un reproche que l'on peut faire à quelques physiologistes Allemands: mais cette manière de voir les engage toujours à faire des observations; et les faits qu'ils auront découverts reste- ront, quand leurs idées systématiques seront passées. M. Girard, professeur à Alfort (2), a publié, pour les écoles vétérinaires , un traité particulier d'anatomie des animaux domestiques, très-utile pour ceux qui se livrent à ce genre de médecine. Outre son emploi physiologique, l'anatomie comparée en prend un très-grand pour la simple distinction des êtres. En effet, cette comparaison des organes a donné, pour chacun d'eux et pour toutes leurs parties , des ca- ractères tels qu'une seule de ces parties peut faire recon- noître la classe, le genre et souvent l'espèce de l'animal (i) Manuel d'anntonne comparée, *>n allemand; Gotting. iSuj, in-S.° (2) Anatomiedesanimaux domes- tiques; Paris, 1807, 2 vol. iu-S.' Sciences physiques, I i i 5 o SCIEN'CES PHYSIQUES, dont elle vient. Cela devoit nécessairement être ainsi : car tous les organes d'un mime animal forment un sys- tème unique dont toutes les parties se tiennent , agissent et réagissent les unes sur les autres ; et il ne peut y avoir de modifications dans l'une d'elles , qui n'en amènent d'analogues dans toutes. C'est sur ce principe qu'est fondée la méthode ima- ginée par M. Cuvier , pour reconnoître tin animal par un seul os, par une seule facette d'os; méthode qui lui a donné de si curieux résultats sur les animaux lossiles. Ainsi l'anatomie éclaire jusqu'à la théorie de la terre; ainsi toutes les sciences naturelles n'en forment réellement qu'une seule, dont les différentes branches ont des con- nexions plus ou moins directes, et s'éclaircissent mutuel- lement. ji!.tâ/:tie. Elles se réunissent toutes dans les deux arts ou SCIF.NŒS sciences pratiques de l'agriculture et de la médecine, qui ne sont que des applications générales des connoissances physiques aux plus pressans besoins de l'homme, et dont l'une nous apprend à propager et à entretenir les êtres dont nous nous servons , tandis que l'autre nous fait con- Tioître les maladies auxquelles ils sont sujets, ainsi que nous, et les moyens de les prévenir et de les guérir. Les êtres organisés sont donc le principal objet de la mé- decine et de l'agriculture ; mais toutes les substances natu- relles peuvent devenir leurs agens : la physiologie animale et végétale est leur principale doctrine auxiliaire; mais il ne leur est permis de négliger aucune tics doctrines qui fournissent à celle-là les données dont elle part. E APPLICATION. MÉDECINE. »;i La médecine sur-tout s'est fait, dans tous les temps, Médecine. honneur de l'appui que lui prêtent les sciences naturelles; et les hommes précieux qui l'exercent se sont toujours livrés avec ardeur à l'étude de ces sciences : il faut même reconnoître que c'est à eux qu'elles doivent, sans compa- raison , le plus grand nombre de leurs accroissemens. Peut-être n'aurions-nous encore ni chimie, ni botanique, ni anatomie, si les médecins ne les avoient cultivées, s ils ne les avoient enseignées dans leurs écoles, et si les Souverains ne les avoient encouragées, à cause de leurs rapports avec l'art de guérir. Aujourd'hui même que ces sciences, sorties du cercle delà faculté, et introduites dans la philosophie générale et dans l'éducation commune ,' exigent, à cause de leur immensité, des hommes qui s'y livrent presque entièrement, leur influence sur la médecine reste encore plus sensible que sur toutes les autres profes- sions ; et tout ce que nous avons dit de leurs progrès pourroit presque être compté au nombre des siens. Cependant, pour éviter les répétitions, nous ne consi- dérerons plus les parties de l'étude médicale que nous avons déjà envisagées dans des rapports plus généraux, et nous nous bornerons ici à tracer les progrès particu- liers de la connoissance des maladies et de l'art de les pré- venir ou d'y remédier. L'économie organique est tellement réglée, toutes les Pathologie. fonctions qui concourent à la maintenir, ont entre elles des rapports si étroits, que les maladies mêmes sont assu- jetties à une marche fixe , et que chacune d'elles a ses symptômes, ses périodes et sa durée, sur lesquels l'homme habile se méprend rarement. Ii z dicalcs 252 SCIENCES PHYSIQUES. Mais si la physiologie, qui considère l'être vivant dans son état régulier et ordinaire, est encore si loin d'être de- venue une science entièrement rationnelle , combien la pathologie, ou l'étude de ces irrégularités, qui, toutes constantes qu'elles sont dans leur marche, n'en troublent pas moins l'ordre commun des fonctions, sera-t-elle plus éloignée encore de cet idéal de perfection ! Nous voila donc revenus à cette obligation d'observer, de réduire nos observations en histoires comparables, et d'en tirer quelques règles d'analogie qui puissent nous taire prévoir les phénomènes , d'après ceux qui ont eu lieu dans des cas semblables. Théoriesraé- S'il étoit possible d'élever ces analogies à un degré de généralité tel qu'il en résultât un principe applicable à tous les cas , on auroit ce que l'on entend par les mots de théorie médicale ; mais, quelques efforts qu'aient laits depuis tant de siècles les hommes de génie qui ont exercé la médecine , aucune des doctrines qu'ils ont proposées sous ce titre, n'a pu encore obtenir un assentiment du- rable. Les jeunes gens les adoptent chaque fois avec en- thousiasme, parce qu'elles semblent abréger l'étude, et donner le hl d'un labyrinthe presque inextricable ; mais i:i plus courte expérience ne tarde point à les désabuser. Les conceptions des Stahl , des Hofman , des Boerhaave , desCulleii , des Brown , seront toujours considérées comme 1 s tentatives d'esprits supérieurs : elles feront honneur ta Jt mémoire de leurs auteurs , en donnant une haute idée de l'étendue des matières que leur génie pouvoit embrasser: mais ce seroit en vain que l'on croiroit y trouver des guides tirés dans l'exercice de l'art. MÉDECINE. 2 >3 La théorie médicale de Brown avoit des titres marqués au genre de succès dont nous avons parlé , par son extrême simplicité et par quelques changemens heureux qu'elle a introduits dans la pratique. La vie représentée comme une sorte de combat entre le corps vivant et les agens extérieurs ; la force vitale considérée comme une quantité déterminée dont la consommation lente ou rapide retarde ou accélère le terme de la vie, mais qui peut l'anéantir par sa surabondance, aussi-bien que par son épuisement; l'attention restreinte à l'intensité de l'ac- tion vitale, et détournée des modifications qu'on est tenté de lui supposer; la distribution des maladies et des mé- dicamens en deux classes opposées, selon que l'action vitale se trouve excitée ou ralentie ; toutes ces idées sembloient réduire l'art médical à un petit nombre de formules : aussi cette doctrine a-t-elle joui, pendant quelque temps , en Allemagne et en Italie , d'une faveur qui alloit jusqu'à la passion; mais il paroît qu'aujour- d hui ce qu'elle a d'ingénieux ne fait plus méconnoître l'injustice de l'exclusion qu'elle donne, pour ainsi dire, à l'état des organes et à la grande variété des causes extérieures qui peuvent influer sur les altérations des fonctions. Il en a été à peu près de même des modifications que quelques médecins, tels que MM. Rôschlaub , Joseph Franck, &c. ont essayé de lui faire subir, et qui ont donné lieu à autant de systèmes divers , que l'on a com- pris sous le titre général de. théorie de l'incitation (t). (i) Voyez 'e Magasin de l'art de | siècle , ou Histoire des découvertes, guérir, par Rôschlaub j le XVIII.' 1 théorie et systèmes, par til. Hechtr, î 5 i SCIENCES PHYSIQUES. Quant aux essais plu, nouveaux, tentes en Allemagne par les sectateurs de ce qu'on appelle, en ce pays-là, philosophie Je la nature, on peu! déjà en prendre une idée par ce que nous avons dit de leur physiologie. Ils se placent à un point de vue si élevé, que les détails leur échappent nécessairement; et la pratique de la méde- c ne n'offre que des détails et des excepiions : aussi ne par irssent-ils avoir obtenu qu'une influence momentanée sur l'exercice de l'art (i). Au reste, on peut remarquer ici qu'il y 7 de presque tous les médicamens, se complique si fort avec les divers états des malades , qu'une longue suite d observations peut seule parvenir à en mettre l'efficacité au rang des vérités démontrées (i). Ce n'en sont pas moins des instrumens de plus que l'art possède , et qui peuvent le servir quand ses moyens anciens l'abandonnent. On doit mettre aussi dans le nombre de ces secours que lui ont procurés les sciences physiques , l'établisse- ment en grand des eaux minérales artificielles. Sans rem- plir entièrement le but des eaux naturelles, elles en offrent cependant les principaux avantages, débarrassés de ces nombreux obstacles qu'opposent à leur emploi les dis- tances et les saisons. Un véritable progrès de l'art est encore d'avoir banni Matiez mo- de l'usage plusieurs drogues exotiques et rares qui n'avoient d ' cale * point d'avantage particulier, et la plupart de ces compo- sitions compliquées si célèbres dans les temps d'ignorance; d avoir simplifié et rendu plus constante, en vertu des nouvelles lumières de la chimie, la préparation d'un grand nombre de médicamens connus; d'avoir appliqué, d'après les règles de l'histoire naturelle, des caractères plus cer- tains aux substances médicamenteuses : mais il seroit dif- ficile d'assigner en particulier chacun des faits nouveaux (i)On conçoit qu'il a été impossi- ble, dans un ouvrage tel que celui-ci, d'entreprendre l'énumération de cette prodigieuse quantité de remèdes em- ployés et vantés dans cette période aussi-bien que dans toutes les autres. On ne pouvoit non plus analyser toutes les observations particulières publiées par les médecins ; mais on est obligé de renvoyer le lecteur aux journaux estimables que publient , sur lamédecine, MM. Leroux, Sedillot, Graperon , &c. , et aux Mémoires des Sociétés savantes. Il y a aussi dans l'étranger de grandes collections pé- riodiques de ce genre, parmi les- quelles on doit distinguer le Journal de M. Hufeland. LI z 268 SCIENCES PHYSIQUES, dont se compose cet ordre de recherches, et de nom- mer spécialement tous les médecins auxquels on les doit ; nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages dont MM. Alibert (i), Barbier (2), Schwiigué (3) et Swediaur (4) ont enrichi en France cette partie de l'art qu'on appelle matière médicale (5). Dans ces divers ouvrages, et dans ceux que quelques étrangers ont publiés sur le même sujet, les substances médicamenteuses sont classées d'après différens points de vue : les uns ont pris pour principe de distribution la famille naturelle d'où chaque substance est tirée; d'autres, la composition que l'analyse chimique a cru y démêler; d'autres encore, le système organique sur lequel elle exerce sa principale action ; enfin les médecins qui se sont attachés à la doctrine de Brown , ont principalement con- sidéré l'excitation ou l'arîoiblissement que chaque subs- tance paroît produire. A force de multiplier ainsi les aspects sous lesquels on a envisagé les médicamens, on n'a pu manquer d'en étendre la connoissance. Les changemens survenus dans le langage et la théorie chimiques en ont exigé d'analogues dans les codes phar- maceutiques : la ville de Nancy a donné la première en France l'exemple de les y introduire ; et le respectable M. Parmentier vient de le faire avec autant de succès (1) Nouveaux Élémens de théra- peutique et de matière médicale ; Paris, 1808 ,2 vol. in-8° (2) Principes généraux de phar- macologie; Pars, 18 ; , in-8," (3) Traité de matière médicale; 1805, 2. vol, in-j2, (4) Mat tria medica ; Paris, an 8, in- 12. (5) Les travaux modernes sur la matière médicale en Allemagne sont consignés, ou au moins rappelés, et les .source- indiquées dans les ouvragci de Al. Burdach. MÉDECINE. i6 7 que de zèle pour celle de Paris. Les pharmacopées des autres Etats ont également été mises au niveau des con- noissances actuelles (i). Au reste, il est une remarque essentielle à faire ici; c'est que la médecine n'est point, comme les autres sciences, toute entière dans les livres : aussi-bien que tous les arts pratiques, elle est différente dans chacun de ceux qui l'exercent ; et tous les livres ne seroient rien sans le génie et le talent particulier des individus. Aussi, pour avoir une histoire complète des progrès de la médecine, faudroit- il connoître tous les changemens introduits dans les pro- cédés de cette foule d'hommes utiles occupés de toute part à soulager l'humanité souffrante ; mais cette seule recherche exigeroit un temps et son exposition demanderait un es- pace qu'il nous est impossible de trouver dans un travail comme celui-ci : nous nous bornerons donc à indiquer quelques-uns des grands praticiens qui ont publié les re- cueils d'observations les plus importuns, tels que les Pierre Frank, les Reil , les Hufeland , les Qiiarin , les Formey,' parmi les Allemands ; les Heberden , les Fordyce , les Lettsom, les Gregory, les Duncan , parmi les Anglois; les Cotugno, les Cirillo, parmi les Italiens. Les meilleurs praticiens François ne peuvent être ignorés du chef suprême du Gouvernement ; et ce n'est pas à nous à donner notre voix dans un jugement qui est plus qu'aucun autre du ressort du public. Si l'on trouvoit notre énumération des principaux i) On trouvera dans la Pharmacie par MM. Rose, Tromsdorf, Buch- de M. Dorhirt l'indication de ci rui a été fait sur cet objet en Allemagne holz , &c. z 7 o SCIENCES PHYSIQUES, progrès de l'art de guérir bien sommaire en comparaison de la quantité' immense des ouvrages qui ont paru sur son ensemble et sur ses diverses parties, nous répondrions qu'en effet nous n'osons assurer que nous n'ayons pas omis de rappeler quelque pratique avantageuse consignée dans ces innombrables écrits , sur-tout dans ceux des étrangers : mais nous avons lieu de croire que nos omis- sions ne sont point proportionnées à la quantité de ces ouvrages, attendu que la médecine a encore cela de dif- férent des autres sciences naturelles, que l'on peut y être porté cà écrire par beaucoup d'autres motifs que celui * d'annoncer des vérités nouvelles. Chirurgie. La chirurgie , ou médecine opératoire, est dans le même cas; et ce seroit un travail au-dessus de nos forces que d'étudier assez profondément cette multitude de livres chirurgicaux qui ont paru depuis 1780, pour être en état de dire avec précision ce que chacun d'eux a ajouté d'utile et de certain aux procédés connus. II n'est pas même aisé d'assigner le moment où chaque procédé atteint sa per- fection ; l'observation les prépare quelquefois long-temps d'avance , la voix des hommes accrédités engage à les mettre en pratique , l'expérience et le temps seuls les consacrent. La guerre elle-même a contribué à augmenter le nombre ou la certitude de ces procédés; le caractère distinctif des plaies d'armes à feu a été mieux connu ; les cas où l'amputation devient nécessaire , et l'instant ou elle est le plus favorable, mieux déterminés; l'avantage de conserver le plus possible de chairs et de tégumens mieux constaté : les instrumens pour l'extraction des corps étrangers simplifiés; la suture abandonnée dans presque MEDECINE. 27i toutes les plaies simples ; les onguens bannis dans les plaies avec perte de substance. On doit compter sans doute aussi parmi les progrès de la chirurgie militaire, cette discipline active par la- quelle on est parvenu à rapprocher la promptitude des secours de celle des moyens de destruction , et à conser- ver quelques défenseurs de plus à la patrie, en inspirant à ceux qui les soignent un dévouement et un courage semblables aux leurs. Le Manuel de chirurgie des armées de M. Percy , les Observations de chirurgie faites en Egypte par M. Larrey , sont de beaux monumens des ser- vices rendus par l'art médical à cette classe respectable qui sacrifie son existence à la gloire et à la défense du Prince et de l'Etat. Les chirurgiens sédentaires profitent, pendant ce temps, de leur position plus tranquille, pour imaginer et donner à l'art des moyens encore plus sûrs et plus délicats. L'utilité de la trachéotomie pour enlever les corps étrangers de la trachée - artère , a été démontrée par M. Pelletan. M. Deschamps a fait voir qu'on peut lier certaines artères au-dessus d'un anévrisme , et les laisser s'oblitérer sans danger et sans récidive. Dans l'anévrisme faux, on est allé chercher l'artère blessée aux plus grandes profondeurs, et l'on a réussi à la lier avec des rubans et un instrument nouvellement imaginé. M. Scarpa a enrichi l'art d'un ouvrage général sur l'anévrisme, où il apprécie toutes les méthodes de le traiter (i). L'opération de la (i) Pavie , 1804, in-fol. en italien. I d'Erlang ; Zuric , 1808 , in - 4.' II y a une traduction Allemand M. Heurteloup vient d'en annoncer avec des additions, par M. Harles 1 une traduction Françoise. i-i SCIENCES PHYSIQUES, symphyse a été pratiquée heureusement par M. GirauJ. La création d'une pupille artificielle , quand la véritable est obstruée, est devenue une opération facile et sûre pour MM. Demours , Maunoîr, et, d'après leur exemple, pour la plupart des chirurgiens. MM. Himly et Cooper ont proposé même , et quelquefois pratiqué avec succès , la perforation du tympan dans certaines surdités. M. Guerin de Bordeaux a imaginé un instrument qui donne la plus grande précision à l'opération de la taille, et un autre qui facilite celle de la cataracte. M. Sabatier a montré la né- cessité du cautère actuel contre la rage, et désabusé des remèdes illusoires avec lesquels on se flattoit de prévenir ce mal affreux (i). En général, on doit dire que la chi- rurgie Françoise se maintient dans cette gloire dont une longue suite d'hommes de mérite l'a fait briller depuis plus d'un siècle , et que tout annonce que les maîtres qu'elle a perdus dans cette période ne manqueront point de suc- cesseurs (2). MM. Flajani , Pajola , en Italie; Cline , Home , Tell , en Angleterre ; Mursinna, Siebold , Richter, en Allemagne , et beaucoup d'autres , sans doute , sou- tiennent et étendent cet art dans leur pays. r . Nous le répétons, en effet, toutes ces découvertes, tous I 1 M_;nc - I micutmcdicai. ces procédés plus ou moins ingénieux, tous ces traitemens, (1) Mém. de l'Institut; Sciences richi dans le même intervalle. D'au- physiques, t. II , />. 24g. très ouvrages périodiques semblables (2) L'Allemagnepossède dans la Bi- ont été entrepris depuis par MM. Lo- bliothèque chirurgicale de M. Rich- der, Mursinna , Siebold et autres. ter un excellent recueil d'analyses Le Dictionnaire de chirurgie de des ouvrages chirurgicaux qui ont M. Bemstcin s'enrichit par des sup- paru depuis vingt ans, et des princi- plémens assez complets, qu'on publie pales découvertes dont l'art s'est en- de temps en temps. tous MÉDECINE. 2-3 tous ces remèdes plus ou moins efficaces ,' n'existent en quelque sorte pour l'art qu'autant que les individus sont habiles à les mettre en pratique; et, sous ce rapport, le perfectionnement de l'instruction intéresse plus essen- tiellement la médecine que les sciences purement théo- riques. La France peut se flatter d'avoir éprouvé en ce genre les améliorations les plus importantes, dans l'époque dont nous traçons l'histoire. On a cherché enfin à s'y rapprocher et même à y surpasser les exemples que don- noient depuis long-temps les universités de Pavie , de Halle, d'Edimbourg, de Vienne, &c. Trois grandes écoles y ont été fondées avec toutes les chaires et tous les secours matériels nécessaires pour l'enseignement le plus complet : les différentes parties de l'art qui peuvent bien être exercées séparément, mais dont les principes et l'enseigne- ment sont nécessairement les mêmes, y ont été réunies; la clinique sur -tout , cette instruction si importante qui se donne au lit des malades , et qui n'existoit point auparavant en France par autorité publique, y a été éta- blie et organisée sur le meilleur pied ; les élèves qui montrent le plus de dispositions sont exercés sous les yeux des maîtres, et les secondent dans leurs recherches pour les progrès de l'art; en un mot, on peut dire ; sans hésiter , que de toutes les parties de l'instruction publique, c'est peut-être à celle-ci qu'il y a le moins à désirer : elle deviendra parfaite, si l'on arrive à rendre les réceptions des médecins , et sur-tout celles des chi- rurgiens , un peu moins faciles ; et le moyen en est bien simple, car il suffit pour cela de ne pas faire dépendre, la fortune des examinateurs de leur indulgence. Sciences physiques. M tn i 7 4 SCIENCES PHYSIQUES. Les ouvrages élémentaires publics par quelques-uns des professeurs ne sont pas au moindre rang des moyens d'instruction : la nature de ee Rapport ne nous permet que de rappeler en peu de mots ceux où MM. Sabatier et Lassus ont consigne les résultats de leur longue et heureuse expérience dans la médecine opératoire ; celui que M. Riche, and a intitulé Nosographic chirurgicale (i), où il se montre un digne élève de l'un des plus grands maures que son art ait possédés, Dessault, qui a été enlevé encore dans sa force au commencement de notre période, mais dont la nombreuse école perpétue la gloire; le grand Traité de M. Baudeloque sur les accouchemens, qui a été traduit dans toutes les langues, ckc. Nous regrettons beau- coup de n'avoir pas de notions suffisantes des ouvrages du même genre publiés par les étrangers , afin de leur rendre la même justice. En Allemagne, sur-tout, où l'usage des livres élémentaires est plus commun que chez nous, il n'est presque aucune université dont les profes- seurs n'en aient publié d'excellens. S'il étoit de notre sujet de montrer à quel point les lumières des sciences, en se répandant, peuvent éclairer et diriger utilement l'administration, c'est ici sur-tout que nous aurions un beau champ. La précision donnée aux juge- mens de la médecine légale (2), les précautions indiquées par la médecine à la police pour prévenir les épidémies et pour arrêter les contagions, les secours préparés pour les (1) Paris , iSoj, z vol. in-8." (2) Les Allemands se sont occu- ;»'s avec beaucoup de zèle de la mé- decine légale ; plusieurs ouvrages de MM. Ludwig , Metzger , Pyl , Scherfet autres, en font foi. Mais la police médicale est sur-tout de- venue un objet d'elude particulière, MEDECINE. 275 noyés et pour les asphyxiés , la surveillance exercée sur la nourriture du peuple, le perfectionnement des hôpitaux de tous les genres, présenteroient un tableau consolant pour l'humanité. Il serait beau de montrer les Gouvernemens Européens s'occupant à l'envi d'appliquer au bien-être de leurs peuples les découvertes des savans; mais ce n'est point à nous à tracer ce tableau , et les découvertes elles- mêmes ou leur développement scientifique doivent seuls nous occuper. Nous ne nous étendrons pas même sur l'hygiène privée, et sur l'influence heureuse que les lu- mières générales de la physique et de la médecine ont exercée pour rendre plus salubres le genre de vie, le vête- ment, le logement, les alimens des citoyens de toutes les classes et de tous les âges ; quiconque comparera avec un peu de soin et d'impartialité notre vie privée à celle que nous menions il y a trente ans, n'en pourra méconnoîlre les avantages : mais ces effets heureux des sciences, dont l'action lente n'est pas toujours sentie par ceux mêmes qui en profitent le plus, ne sont pas de nature à être exposés en détail dans un ouvrage tel que celui-ci. Qu'il nous soit Seulement permis de rappeler l'immense et important travail de M. Tenon sur les hôpitaux , et les amélio- rations que les vues de ce chirurgien phifantrope ont produites dans ces retraites du malheur ; l'Hygiène de M. Halle , l'ingénieuse Macrobiotique de M. Hufeiand , et le grand Code de la santé et de la longévité du depuis que M. Frank l'a traitée dans un grand ouvrage. MM. Fodéré et Mahon ont ajouté aux connoissances sur cette matière en France. Le Manuel de M. SchmidtmuIIer, qui est le plus moderne, indique les li- vres auxquels on peut avoir recours pour chaque objet en particulier. M ni 2 Art \ctcri- ruire. z 7 6 SCIENCES PHYSIQUES, chevalier John Sinclair (i), ouvrages où toutes les con- noissances de la médecine sont employées pour enseigner aux hommes les moyens de se passer des médecins. La science nous prend en quelque sorte au berceau pour nous prémunir contre tous les dangers qui nous attendent; et les leçons données aux mères par M. Desessarts (2) , par M. Alfonse Leroy (3) , épargneront à beaucoup d'hommes une vie débile qu'une éducation imprudente auroit pu leur préparer. La médecine vétérinaire est encore une branche de l'art de guérir, dont l'objet est moins noble sans doute que celui de la médecine humaine , mais dont les principes sont les mêmes, et qui ne diffère dans son application qu'à cause des différences de structure et de régime des animaux, et de la plus grande simplicité de leur genre de vie. Elle vient de tirer un grand parti de cette analogie, en imaginant d'inoculer le claveau aux moutons. Cette idée, fondée sur la ressemblance du claveau et de la petite vérole, paroît avoir parfaitement réussi; et les nombreuses expériences de M. Huzard ont constaté que c'est un pré- servatif sur et à-peu-près sans danger. On a essayé la vaccine dans la même vue, mais sans avoir encore rien obtenu de décisif. Il n'est pas jusqu'aux végétaux qui n'aient leurs mala- dies, et leur médecine susceptible d'études et de vues tout- à-fait analogues à celles qui dirigent la médecine des êtres animés. ( 1 ) Edimbourg , iSoy , 4 vol. in-8.° «n anglois. (2) Traite de l'éducation corporelle des enfans, I." éJit. lyjp; 2.', tjgS. (3) Médecine maternelle; Parts, iSoj , 1 yol. in-S.' MÉDECINE. 177 Les recherches de M. Tessier sur les maladies des blés,' celles des botanistes qui ont constaté que la plupart de ces maladies sont dues à des champignons parasites, la certitude obtenue par des expériences répétées à l'infini , que la plus funeste, la carie du froment, a son remède infaillible dans l'opération du chantage, sont autant de résultats dus aux savans qui honorent notre période. La deuxième des sciences pratiques qui se rattachent Agricul- plus particulièrement aux sciences naturelles , c'est l'agri- culture. Comme la médecine , elle s'occupe des êtres vivans : mais elle les considère principalement dans l'état de santé; et son objet est sur-tout de multiplier, autant qu'il est possible, ceux d'entre eux qui nous sont utiles , ou, en d'autres termes, d'employer la force de la vie pour rassembler et retenir le plus possible d'élémens dans ces combinaisons que la vie seule peut produire, et qui sont nécessaires à notre nourriture , à nos vctemens ou aux autres besoins de notre société. En sa qualité de la plus indispensable et de la plus vaste de toutes les fabriques, elle peut être considérée sous un double point de vue, celui de la politique et celui de la doctrine ; et cette dernière elle-même est susceptible d'un double aspect : celui de l'étendue qu'elle a acquise, ou de l'ensemble des vérités qui en général ont été reconnues, et celui du plus ou moins d'extension que ces vérités ont obtenue parmi les cultivateurs. Sous le rapport de la politique, l'histoire de l'agriculture devroit exposer quel étoit son état avant la révolution , quelle influence ont eue sur elle l'abolition des droits féodaux , la division des grandes propriétés , la 2 7 î SCIEN'CES PHYSIQUES, guerre continentale et maritime, et les variations clans le s) sterne des contributions et dans celui des douanes; dans quelles provinces il s'est introduit des procédés plus avan- tageux , quelles causes y ont contribué; s'il se produit aujourd'hui plus ou moins de chaque denrée qu'autrefois, et si on l'emploie avec plus d'avantage aux besoins du peuple et de l'État. Mais tous ces objets, qui ne dépendent que des circonstances politiques ou morales , regardent l'administration, et non pas l'Institut; et quoique notre compagnie ne soit point étrangère à la propagation des découvertes agricoles, ses fonctions consistent sur- tout à les constater ou à les rendre plus nombreuses, et son de- voir, en ce moment, se borne à exposer l'histoire de celles qui appartiennent à l'époque h\ée par votre Majesté. En général , ces découvertes se rapporte ni à d^ux sortes ; introduction de nouvelles espèces et de nouvelles variétés, ou procédés nouveaux dans leur gouvernement. On peut, si l'on veut, en faire une troisième sorte, des nouvelles combinaisons de cultures diverses propres à tirer un meilleur parti d'un espace donné, et des procédés con- venables pour mettre en culture des terrains auparavant stériles. Cependant nous ne devons pas nous en tenir trop étroitement, en ce genre, à ce qui peut être appelé nouveau dans toute la rigueur du terme. Si quelques pratiques, auparavant concentrées dans certains cantons particuliers ou connues seulement dans îles pays éloignes, sont de- venues plus générales, il appartient à celte histoire des sciences de montrer comment les notions tirées de la chi- mie et de l'histoire naturelle ont lait sentir à nos compa- AGRICULTURE. 279 triotes l'avantage de ces pratiques, et les ont engagés aies étudier et à les introduire parmi nous. Nous avons déjà cité, à l'article du règne végétal, plu- Nouvelle es- sieurs plantes étrangères dont l'utilité s'est fait connoître r 'T nu "' '''" j . F . tes de vegetaux dans ces dernières années : nous en pourrions citer beau- introduits en coup d'autres qui, connues depuis long-temps, n'ont été a S , ' ir " ltlire - admises que depuis peu dans l'agriculture Françoise. La pistache de terre [arachis hypogaa] commence à se répandre dans le midi, où elle a été introduite par Gil- bert; sa semence, si singulière par sa position souterraine, donne une huile agréable. La patate douce de Malaga a été introduite, en ijSp, à Montpellier et à Toulouse , par M. Parmentier; celle d'Amérique, qui est plus agréable, a été cultivée depuis à Bordeaux par M. Villers, et a réussi dans nos départemens plus septentrionaux par les soins de M. Lelieur. Le topinambour [ helianthus tubero- sus ] , dont la racine a l'avantage de se conserver sous terre sans geler, s'emploie de plus en plus pour les bes- tiaux. Le navet de Suède, dit ruta-baga , plante qui réunit beaucoup d'utilités différentes , se répand généralement. Tout le monde se souvient des grandes expériences de M. Parmentier sur les pommes de terre, et des services rendus par ces racines dans les disettes dont nous fûmes menacés deux fois pendant la révolution : le goût s'en est répandu dès-lors, et les meilleures variétés se sont in- troduites par-tout. On s'est assuré de la possibilité de cul- tiver le coton herbacé dans quelques parties méridionales de la France, et de rendre ainsi nos fabriques un peu moins dépendantes de nos relations politiques. Le plior- mium tcihix commence à être cultivé dans les mêmes dépar- 2§o SCIENCES PHYSIQUES. remens, et fournira bientôt ies plus puissans de tous les cordages. La multiplication du taux acacia ou robinier a été très-considérable par-tout, et très-avantageuse à cause de la promptitude de son développement et de sa facilité à venir dans les plus mauvaises situations. Nous avons déjà parlé des arbres de l'Amérique septentrionale que l'on peut naturaliser parmi nous. Les essais en ce genre, dus aux soins de MM. Michaux et exécutés sous les aus- pices de l'administration des forets, sont déjà nombreux et promettent beaucoup; avec de l'ordre et de la patience, on enrichira la France d'une foule de bois de qualités di- verses, et dont le plus ou moins de rapidité à croître et de facilité à vivre dans des terrains variés offre les plus grands avantages. De toutes les opérations de plantation , la plus intéres- sante et la plus immédiatement utile est bien celle des pins maritimes pour la fixation des dunes : non-seulement elle met en valeur des terrains immenses, mais elle assure l'existence de villages , de cantons entiers, que les dunes menaçoient d'une destruction totale. On ne peut trop célé- brer le zèle de M. Bremontier, qui a le premier constaté les vrais moyens de rendre ce travail efficace, et qui a mis toute son activité à en presser l'exécution (i). Nouv/ La plus importante des races d'animaux que l'on peut considérer comme nouvelles en France , celle dont la maux dômes - fiques. multiplication a été la plus générale, c'est sans contredit celle des moutons d'Espagne à laine fine, appelés mérinos ; ils sont aujourd'hui répandus dans presque toutes nos (i) Mémoire sur [es dunes, an j. provinces. AGRICULTURE. 281 provinces. Déjà la laine qu'ils fournissent diminue sensi- blement pour nos fabriques de draps le besoin des laines étrangères; et les cultivateurs qui tirent un revenu double d'un troupeau qui n'exige pas une nourriture plus abondante ni plus chère, bénissent les Daubenton , les Tessier, les Gilbert, les Huzard, les Silvestre, dont les longs travaux, encouragés par le Gouvernement , leur ont procuré cette nouvelle source de prospérité. Les bœufs d'Italie, plus propres que les autres au tirage, les buffles, si utiles pour tirer parti des terrains maréca- geux , nous ont été procurés par les conquêtes de la pre- mière armée d'Italie. On commence à multiplier les vaches sans cornes, qui joignent à l'avantage de se blesser moins souvent entre elles, celui de fournir un lait aussi bon que copieux. Les soins donnés aux haras par le Gouvernement, les Soins non- instructions qui ont été publiées sous ses auspices par veai,x et études M. Huzard, ont déjà un effet très-sensible sur les races , es "P eces et ' des races ari- de nos chevaux. ciennes. Grâce aux observations des naturalistes, l'art, presque nouveau en France , de recueillir le miel sans détruire les abeilles, commence à se répandre et aura de l'influence sur cette branche importante d'économie. En tout genre , les connoissances plus exactes sur la manière de conduire chaque espèce, et sur la quantité et la qualité des produits de chaque variété, sont au moins aussi précieuses à acquérir que des espèces ou des races entièrement nouvelles. La comparaison des différentes cé- réales par M. Tessier, celle des diverses variétés de vignes, de leurs rapports avec les terrains et l'exposition , et de Sciences physiques. N n ciclle! . t8i SCIENCES PHYSIQUES. leur influence sur la qualité du vin, par M. Bosc(i), mé- ritent donc un rang distingué parmi les travaux utiles de cette période. Perfectionne- Mais la partie la plus transcendante de l'agriculture consiste à trouver la combinaison et la succession d'es- Icmens; multi- , , . . plicaiion des pèces la plus avantageuse; à déterminer avec précision, prairie artifi- dans chaque circonstance , quelle partie de terrain doit être consacrée à chaque culture, et la proportion relative des animaux et des grains que l'on doit chercher à obte- nir. C'est dans cette proportion que consiste le problème des assolemens et des prairies artificielles; problème dont la solution , pour être parfaite, exi^e, pour ainsi dire, la réunion de toutes les sciences naturelles : aussi est-ce sur ce point que l'agriculture a fait, dans cette période, les progrès les plus marqués. L'ouvrage de Gilbert (2) avoit déjà démontré, avant le commencement de notre époque, l'avantagé d'étendre la culture des prairies artificielles; et dès-lors les expériences ont été multipliées; des hommes habiles ont réussi à faire entrer ces prairies dans l'ordre de leurs récoltes successives, et l'art des assolemens a fait un grand pas vers sa perfection. Les bons exemples de ce genre ont été particulièrement donnés par MM. Yvart, Mallet, Pictet, Barbançois, Fremin, Jumilhac, Rosnay, De\ illiers, Fera-Rouville, Sageret, &c. Les principes de cet art ont été établis dans un ouvrage que M. Yvart (3) a publié sur ce sujet, après avoir obtenu l'approbation de la (1) Plan pour la détermination et la classification des diverses variétés de la vigne cultivée en France; / 1 . /. (2) Traité des prairies artificielles; 1 vol. in-S." , lyFç- (3) Essai sur les assolemens. AGRICULTURE. 2S3 classe; et les résultats heureux de ces découvertes se sont principalement répandus par le zèle des sociétés d'agri- culture. Les jachères ont diminué par-tout, les bestiaux se sont multipliés; l'art des engrais s'est perfectionné, la pou- drette en a fourni un nouveau; le plâtre a été mieux em- ployé aux amendemens ; et l'usage si utile d'enfouir des végétaux vivans , semés à cet effet , commence à être adopté dans plusieurs cantons. Nous devons mettre au premier rang des travaux utiles qui ont contribué à répandre le goût et les connoissances positives de l'agriculture , les cours publics d'économie rurale qui ont été faits dans cette période, et pour la pre- mière fois en France, par MM. Silvestre et Coquebert- Montbret, et celui que M. Yvart professe depuis deux années à l'école vétérinaire d'Alfort. Ce seroit en vain que nous essaierions de nommer tous les hommes zélés qui ont contribué par leurs écrits et par leurs exemples à disséminer l'instruction agricole dans notre pays; encore moins ceux qui ont rendu des services semblables aux pays étrangers. Qu'il nous suffise de citer ici les Mémoires de la Société d'agriculture de Paris (1), composés d'observations intéressantes sur toutes les parties de l'agronomie , et dans lesquels M. Silvestre , secrétaire de cette société, en exposant chaque année l'état des progrès de l'agriculture Françoise, leur a donné encore une nou- velle impulsion; la partie d'agriculture de la Bibliothèque Britannique, rédigée par M. C. Pictet, de Genève, et les Annales de l'agriculture Françoise de notre confrère (1) // vol. in-8.' N n 3 284 SCIENCES PHYSIQUES. M. Tessier, comme les recueils qui ont le plus contribué à cette œuvre si utile dans la partie de l'agriculture. Les instructions populaires surdivers sujets spéciaux, publiées par ordre du Gouvernement, et rédigées par MM. Par- mentier, Cels, Gilbert, Huzard , Tessier, Vilmorin, Yvart, Chabert, Nysten ; l'Instruction pour les bergers de feu Daubenton (i), celle de M. Huzard sur les haras (2); l'ou- vrage de M. Silvestre sur les moyens de perfectionner les arts économiques ; les écrits de M. Lasteyrie sur les mou- tons (_■}), les constructions rurales (4) , le cotonnier (5) ; ceux de M. Dumont-Courset , sur le jardinage (6); de M. Maurice, sur les engrais; les Voyages agronomiques de M. François de Neufchâteau (7); ceux de M. Depère (8); l'ouvrage sur les desséchemens, de M. Cbassiron (p); les Traités des bois et des irrigations , par M. de Pertbuis (10); la partie d'agriculture de l'Encyclopédie méthodique ; la aiouvelle édition du Dictionnaire de Rozier , et celle du Théâtre d'agriculture , d'Olivier de Serres : voilà les ou- vrages qui se présentent le plus avantageusement à notre mémoire. Mais de dire positivement, comme nous l'avons fait pour (6) Le Botaniste cultivateur; 4vol. in-8.', iSoz. (7) / vol. in-j..' , 1806. (8) Manuel d'agriculture pratique, 1806. (9) Lettre aux cultivateurs François sur les desséchemens; an p. (to) Traité de l'aménagement et de la restauration des bois et forets de la France; an u. Mémoire sur l'amélioration des prairies artificielles et sur leur irrigation; 1806. (i)Troisièmeédition,/ vol. in-S.% an 10. (2) 1 vol. in- 8.° , an 10. (3) Histoire de l'introduction des moutons à laine fine d'Espagne; i vol. in-8." , an u. (4) Traduction du Traité de cons- truction rurale publié par le bureau d'agriculture de Londres ; 1 vol. in-8.', an 10. (5) Du cotonnier et de sa culture; / vol. in-8.", 1S08. AGRICULTURE. • 285 les sciences théoriques , ce que chacun de ces auteurs a fourni de nouveau à l'agriculture, c'est ce qui nous seroit impossible. Ici, comme en médecine, comme en chirur- gie, les procédés se propagent lentement; leur utilité se constate plus lentement encore : ce n'est point par sa nouveauté qu'une découverte se recommande : faire passer une pratique d'un canton dans un autre, est souvent une chose plus utile que ne pourroient l'être les conceptions les plus profondes, les efforts les plus soutenus de l'es- prit ; et dans ces transmigrations de races , d'instrumens , d'opérations, dans cette communication qui s'en fait entre des gens peu instruits , plus désireux de profits que de gloire, le nom du véritable inventeur se perd et disparoît le plus souvent. La même observation s'applique à la tech- nologie, la troisième de nos sciences pratiques, et celle par laquelle nous terminerons ce Rapport. Elle embrasse tous les arts, c'est-à-dire, toutes les Technolo- modifications que nous savons donner aux productions gie, ou cou- naturelles, pour les accommoder à nos besoins, depuis les altérations les plus simples, que leur facilité et leur néces- sité journalière font ranger dans l'économie domestique ou rurale, jusqu'aux fabrications les plus étendues et les plus délicates. L'histoire détaillée de leurs progrès exigeroit des recherches, que notre genre de vie et les moyens qui sont à notre disposition ne nous permettent pas de rendre com- plètes. Ce n'est ni dans les livres, quelque nombreux qu'ils soient, ni dans le cabinet, que l'on peut s'en instruire. Il faudroit parcourir les ateliers, suivre les manipulations des ouvriers ; s'entretenir avec les chefs , souvent leur noissance des arî: etmctîcrs. iZ6 SCILNCES PIIYSIQL'LS. arracher des secrets d'où dépend leur fortune : et même, après plusieurs années , combien n'ignoreroit-on pas encore de pratiques, cachées ou concentrées dans quelques ateliers particuliers, ou qui, des pays étrangers, n'auroient point pénétré jusque chez nous! Il faut donc, en technologie, comme en médecine, comme en agriculture, nous borner à une revue rapide des principaux objets qui sont parvenus à notre connois- sance, et les considérer non-seulement en tant qu'ils se- roient nouveaux en eux-mêmes , mais avoir encore égard à ceux qui sont au moins nouveaux pour la France , et qui n'y ont été propagés que dans ces derniers temps. Aussi-bien c'est au goût des sciences devenu plus général, c'est aux lumières devenues plus communes parmi les manufacturiers, que l'on doit cet intérêt qu'ils ont mis à s'instruire, à se procurer la connoissance de ces pratiques étrangères ou peu connues, et cette justesse avec laquelle ils ont pu les apprécier. Cette énumération nous présente d'ailleurs encore, dans sa rapidité, un tableau assez remarquable et assez digne de l'attention du Chef auguste de l'Etat. Ainsi la physique a